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samedi 5 juin 2021

Collections, éditions 2 : Rivages Noir & Co

 Alors que pour d'autres collections, ou maisons d'édition, j'ai le clair souvenir du premier volume que j'ai eu entre les mains, là, impossible de me rappeler quoi que ce soit. Ni titre précis, ni même auteur. C'est quand je suis revenue au polar dans ma vie de lectrice, en entrant dans la vie active, que j'ai commencé à explorer Rivages Noir. Je ne ferai pas la distinction ici avec Rivages Thriller, la collection grand format d'alors, même si je reste dingue de la maquette originelle du format poche, le côté mat, la trame de la photographie, le côté vintage et hommage des couvertures. Alors pourquoi Rivages Noir dans les collections de ma life? Je vous le dis tout de suite, je ne vous servirai pas l'habituel argument de la qualité des traductions ; même si j'entends bien que la collection a rompu avec certains usages, je suis plus nuancée dans mes constats sur cet aspect de Rivages Noir et surtout, à l'époque de ma découverte, à la fin des années 1990, ce n'était pas une préoccupation pour moi. Rivages Noir s'est imprimé de manière plus affective dans ma découverte du noir. Je dois à la collection des tsunamis littéraires et émotionnels, tout simplement.

Il y a bien sûr eu des chocs du côté des USA, et je jette ici pêle-mêle quelques titres ou noms, tout en étant persuadée que je vais en oublier : la série des Kenzie et Gennaro (à qui je dois mon pseudo) de Dennis Lehane. Il m'est impossible de retranscrire l'émotion ressentie à la lecture de Un dernier verre avant la guerre et les suivants (au bout de quelques volumes la série s'est essoufflée). Alors oui bien sûr, depuis Lehane a écrit son grand roman américain, on considère qu'il a pris une autre dimension. Mais pour moi, il avait plus d'acuité avec ces romans-là, ou avec Mystic River.  Et vous ai-je dit comme j'aimais Booba, délicieux psychopathe? 



Grâce à Pascal Dessaint, j'ai lu mon premier James Lee Burke, Dans la brume électrique avec les morts confédérés (je continue à préférer le titre "long"). Il me l'avait conseillé lors d'une discussion en marge de Livre Paris (en 2001, 2002?) et je me souviens l'avoir lu dans un train qui me menait à Lyon, par un printemps brûlant; j'en ai le clair souvenir car alors, il y avait encore une ligne Bordeaux Lyon passant par Limoges, et l'on prenait alors un très vieux train aux sièges orange en skaï, dépourvu de climatisation, qui collait bien aux cuisses, un cauchemar. J'ai relu plusieurs fois ce roman précis, et je l'aime à chaque fois. 



Toujours côté ricain, de fabuleux romans et auteurs : Craig Holden pour Les quatre coins de la nuit, une claque dans la tronche, un roman inoubliable (récemment réédité, je dis ça je dis rien). Jack O'Connell, créateur d'une ville folle et d'un univers qui ne ressemble à aucun autre. Ellroy pour Le Dahlia noir, lui aussi lu plusieurs fois, alors même que j'ai lu peu de romans de l'auteur. 



Mais alors qu'on parle toujours des grands auteur américains de la collection, j'y ai fait de fabuleuses découvertes côté français. Pascal Dessaint évidemment, probablement en 1999 avec Du bruit sous le silence. J'ai lu puis relu Pascal Dessaint et alors que certains auteurs ne "tiennent" pas la distance ou la relecture, lui reste parmi mes favoris. Hugues Pagan : j'ai déjà raconté comme j'ai découvert son univers sombre, très sombre, par une soirée d'hiver dans le silence d'une maison de campagne. Très impressionnée, j'ai lu tous ses romans. Les premiers romans noirs de Michel Quint, avant que des médias à moitié incultes, à moitié snobs, feignent de croire qu'il n'avait rien écrit avant Effroyables jardins. Dominique Manotti, déjà une de mes préférées. Et puis les Chroniques de Manchette, une référence à travers les années, inégalable. 



Je n'oublie pas les autres, les Alicia Gimenez Bartlett, les Wessel Ebersohn, et tous les autres, mais vous n'allez pas me lire pendant des heures. 

Rivages Noir a changé bien des choses dans le paysage du genre en France : la collection a aujourd'hui un catalogue de classiques, classiques amenés par la collection, ou classiques "récupérés" et retraduits, dans une logique de patrimonialisation du polar qui permet de redécouvrir des titres fondamentaux. Je trouve qu'elle connaît ces derniers temps une nouvelle vigueur, continue de chercher, d'ouvrir nos horizons. Je me suis habituée au grand format, et son identité graphique, qui ne renie pas la fabuleuse charte d'antan. Mais je reste émue par les couvertures du poche dans lequel j'ai découvert tant de fabuleux auteurs. 


vendredi 1 janvier 2021

Bilan 2020 et perspectives

Je voulais, comme je l'ai déjà fait, vous proposer un bilan avec mes meilleures lectures de l'année, mais j'ai renoncé. Je n'y arrivais tout simplement pas, car il y a eu énormément de superbes romans cette année, rendant arbitraire toute sélection. Et je crois que je ne me sentais pas de distribuer des bons points, car telle était mon impression. Bizarre, car je prends grand plaisir à lire les sélections sur les blogs et autres sites, sans avoir ce sentiment.  

J'ai donc procédé (et je l'avais fait l'an dernier) en regardant quels pays avaient dominé mes lectures, quelles langues, quels genres aussi.

Je précise d'emblée que je ne tiens ici aucun compte de mes lectures graphiques (bandes dessinées) ni de mes lectures de classiques hors-roman (poésie, par exemple, ou Les Caractères de La Bruyère).

Comme l'an dernier, la France (auxquels s'ajoutent auteurs belges et suisses, je le précise) domine largement mes lectures. Mais cette année, ce sont les USA qui viennent en deuxième, et j'en suis la première surprise. L'Italie (❤️) arrive ensuite. 

Côté aires linguistiques, logiquement, le français et l'anglais sont en tête. 

Et si vous rattachez comme il se doit la France à l'Europe, vous constatez que mes lectures sont très très majoritairement européennes. 

Enfin, quelques chiffres bruts : j'ai lu 129 livres, et là-dedans un peu plus de 60% des livres achetés en 2020 (une centaine de livres achetés). Oui, j'ai lu (ou relu) des titres achetés avant 2020, parfois bien avant...

Pour la plupart ce sont des polars ou des romans noirs, avec une poignée de romans ne relevant d'aucun genre. Je pense avoir lu moins de littérature de jeunesse que d'habitude. Il y a quelques titres relevant des littératures de l'imaginaire, et une poignée de thrillers. 

2021 s'annonce bien, il y a des romans que j'attends avec gourmandise. Mais mon stock reste très conséquent, et nombre de romans n'ont pas encore trouvé leur moment dans mes lectures. Mes souhaits (et non mes résolutions, car on ne les tient jamais):

- veiller à plus de diversité dans les genres lus : l'année 2020 a été dominée par le roman noir, 2021 le sera sans doute aussi (team roman noir forever), mais je trouve que j'ai fait peu d'incursions dans d'autres formes littéraires, et c'est dommage;

- m'efforcer de varier les aires culturelles : il me semble que j'ai été moins curieuse de territoires (notamment dans le noir) que d'habitude, et c'est sans doute dû à la dominante française de mes lectures;  

- faire un effort pour alterner nouveautés et livres acquis dans les mois voire les années passées; 

- raisonner un peu mes achats, parce que cela ne sert pas à grand-chose d'acheter des dizaines de romans que je n'ai pas le temps de lire ensuite, ou plutôt, cela ne crée que de la frustration; 

En janvier, j'ai repéré d'ores et déjà 6 titres, 6 nouveautés. Ce serait bien que je m'y tienne, que je n'aille pas au-delà, d'autant que je sais que j'aurai un mois un peu difficile côté lecture : beaucoup de boulot et une opération (bénigne) à la mi-janvier, qui aura des conséquences sur ma capacité à lire. 

Une chose est certaine, j'aborde 2021 avec une envie intacte de lire, peut-être même renforcée, car voyez-vous, en ces temps troublés, incertains, souvent angoissants, lire est à la fois un moyen de comprendre le monde et de s'en extraire, de faire de salutaires pas de côté, et je ne compte pas me priver de cet immense plaisir, de ce refuge indispensable. Je lirai ce que je veux, en me méfiant plus que jamais de mon snobisme ou de mon élitisme, si possible. 

Je souhaite à tous ceux qui passeront par là une année douce, pleine d'éblouissements littéraires, et je ne prends pas grand-risque en vous disant qu'assurément, 2021 tiendra de ce côté-là toutes ses promesses.


samedi 4 juillet 2020

Un bilan pour juin 2020


Le mois de juin est placé sous les auspices du seul polar : roman noir essentiellement, polar pour de rire, forme borderline du noir aussi. 
Le moins "roman noir" fut L'enfer commence avec elle de John O'Hara (éditions de l'Olivier), chroniqué en ces pages. 
Le polar pour de rire fut Derniers mètres jusqu'au cimetière, de Antti Tuimainen, sympathique lecture qui ne m'a cependant pas plus emballée que ça (peut-être n'étais-je pas d'humeur). 

Côté roman noir, que du bon, du très bon, de l'excellent. 
Si vous voulez un roman noir qui exhume un sale moment de l'Histoire, lisez Aux vagabonds l'immensité, de Pierre Hanot, à La Manufacture de Livres. J'en ai pensé la même chose que Jean-Marc Laherrère, allez donc voir sa chronique ici (clic). 
Si vous avez envie de roman noir avec beaucoup d'humanité, du girl power et de la noirceur tout de même, lisez William Boyle et L'amitié est un cadeau à se faire, chez Gallmeister, c'est un bijou. 

J'aurais bien du mal à dégager un roman parmi les suivants, car tous m'ont sidérée par leur beauté, leur force, leur regard sur notre monde : 
Autopsie des ombres de Xavier Boissel, chez Inculte, dont je vous ai parlé : une écriture superbe, une vision tragique. 
Zippo de Valentine Imhof, au Rouergue noir, dérangeant et magnifique. 
Et deux pépites chez Inculte, dont je vais vous reparler dans les jours à venir : King County Sheriff de Mitch Cullin, un uppercut paru il y a quelques années, et un OVNI littéraire ; un des deux titres qui lancent la collection Noir chez Inculte, Nous errons dans la nuit dévorées par le feu, de Jules Grant, qu'il faut absolument découvrir notamment pour en finir avec les conneries machistes (véhiculées aussi par certaines femmes) sur la fragilité féminine et les demoiselles en détresse. 

Le mois de juillet démarre moins fort, mais je vais changer ça. 



lundi 1 juin 2020

Un bilan pour mai 2020

Image empruntée à Goodwill Librarian

Pour une fois, j'ai fini un roman pile le soir du dernier jour du mois, ce qui est bien commode. Alors, qu'est-ce que ça donne pour le mois de mai, qui fut le mois du déconfinement? Ben à peu près la même chose que pour avril, en tout cas en nombre de volumes lus. Il faut dire qu'entre boulot et allergies, je ne me suis tant déconfinée que cela, et j'ai donc lu comme d'hab. J'ai lu 12 romans, et pas que du polar/noir. 

J'ai fait une incursion en littérature ado/YA, avec Les aventures d'une lady rebelle de Makenzie Lee, un très chouette roman d'aventures.
J'ai lu des nouvelles de Lauren Groff, Floride, et j'ai beaucoup aimé : sans doute lirai-je un de ces jours Les furies. 

J'ai fait une incursion dans les littératures SFFF avec Cendres de Johanna Marines, qui m'a fait passer un très bon moment dans un univers steampunk.
Enfin, je vous ai parlé d'Autochtones de Maria Galina, chez Agullo, roman étonnant et fascinant, qui m'a permis de découvrir cette romancière. 


Côté polar et roman noir, j'ai fait de superbes lectures: 
De belles découvertes (parfois tardives mais je ne suis pas rapide, vous le savez), du côté des premiers romans, avec Les militantes de Claire Raphaël, au Rouergue, ou Ces montagnes à jamais de Joe Wilkins, chez Gallmeister; j'ai enfin lu Trouver l'enfant de Rene Denfeld, chez Rivages Noir, et Le sourire du scorpion de Patrice Gain (Le Mot et le Reste).
J'ai poursuivi l'oeuvre d'Andrea G. Pinketts, avec L'absence de l'absinthe, élégant et désespéré, et il faudra un jour que je consacre un billet à cet auteur hélas disparu que j'aime tant. J'ai lu avec un immense plaisir le classique mais très bon Banditi d'Antoine Albertini (JC Lattès), qui prend la suite de Malamorte (lu le mois précédent). 
Dans les confirmations, s'il en était besoin, j'ai dévoré Doux comme la mort de Laurent Guillaume (La Manufacture de Livres), et pris une grande baffe avec Marseille 73 de Dominique Manotti (Equinox Les Arènes). 

Croyez-moi, dans toutes ces lectures noires du mois, il m'est très difficile de hiérarchiser, de dégager LE coup de coeur. Alors je vais procéder autrement et distinguer ceux qui m'ont plus encore que les autres emportée :
- si vous voulez lire un grand roman politique, lisez le Manotti, qui sort dans quelques jours. 
- si vous voulez être pris aux tripes par du noir tragique et somptueux, lisez le Gain, le Denfeld ou le Wilkins. 
- si vous voulez un roman qui allie efficacité narrative, précision de l'écriture, ancrage politique et géo-politique, et lecture jubilatoire avec personnages à la fois tragiques et "surhumains" au sens où l'entendait Eco, lisez Doux comme la mort de L. Guillaume. 





samedi 4 avril 2020

Bilan pour mars 2020

By Bomdesignz

Ce mois de mars a été fructueux, pour plusieurs raisons : 
- de nombreuses sorties en roman noir et polar, parce que Quais du polar (snif) a sur les parutions de fiction criminelle le même effet que le festival d'Angoulême sur la BD... Donc beaucoup d'acquisitions pour moi.
- une semaine de vacances pour moi à la charnière de février et de mars, où j'ai soufflé et lu.
- le confinement : si pour moi le travail ne s'est pas interrompu (seulement adapté), je gagne du temps de lecture malgré tout, parce que je ne m'éparpille pas, que je ne me déplace pas. Certains jours (nous sommes le 4 avril au moment où je rédige ces lignes), je ne peux pas lire, parce que je suis trop fatiguée ou parce que je suis trop angoissée, mais les faits sont là : je lis pas mal. 

Et quel mois de lecture, quasiment que du très bon, et pas mal d'exceptionnel! 15 romans lus. 
Je ne suis sortie des polars et romans noirs que pour un roman Young Adult (pour le boulot) et pour un "paranormal romance". Je n'en avais pas lu depuis des siècles, et La piste des éclairs de Rebecca Roanhorse m'a offert un bon moment de détente, sur fond de chamanisme, avec une ambiance un peu Mad Max. 
Pour le reste, rien d'autre que du noir et du polar, avec des facettes très différentes.
Trois romans noirs à la lisière du genre, que d'aucuns pourront lire sans avoir le sentiment de lire de la littérature de genre: le superbe Vanda de Marion Brunet, le sympathique Sugar Run de Mesha Maren, l'entêtant et magnifique Inconstance des souvenirs tropicaux de Nathalie Peyrebonne (billet prévu en post-déconfinement). 
Du polar plus classique, parfois imparfait - Fragile est la nuit de Angelo Petrella - ou proche de l'énigme - Le dévouement du suspect X de Keigo Higashino - sans parler du très très bon Mort à Florence de Marco Vichi, et de l'excellent - La Cité des rêves de Wojciech Chmielarz. 
Du noir très politique, avec la clôture magistrale de la trilogie de Frédéric Paulin, La Fabrique de la terreur.
Du noir féroce et jubilatoire avec Joueuse de Benoît Philippon, Richesse oblige d'Hannelore Cayre et Fin de siècle de Sébastien Gendron.
Du noir en forme d'hommage ou de pas de côté avec Chevrolet Impala de Michèle Astrud et Du rififi à Wall Street de Vlad Eisinger (Antoine Bello). 

Mon top 5 du mois : 
La Fabrique de la terreur de Frédéric Paulin
Inconstance des souvenirs tropicaux de Nathalie Peyrebonne
La Cité des rêves de Wojciech Chmielarz
Joueuse de Benoît Philippon
Vanda de Marion Brunet

mercredi 18 mars 2020

Blog en stand by

Je me pose beaucoup de questions ces jours-ci : mon rythme de lecture reste soutenu, mais faut-il publier des billets alors que, hormis les achats de livres numériques, les acquisitions de livres ne sont plus possibles? Il y a bien sûr le plaisir de partager avec vous mes plaisirs de lecture, mais si je me fie à ma propre façon de faire (moi moi moi 😱), je sais que j'aime pouvoir acheter les livres que vous me donnez envie de lire. Et modestement, j'essaie de donner envie de lire et d'ACHETER des livres.  Donc je crois que je vais suspendre la publication des billets, tout en communiquant (via Facebook peut-être ou ici même) sur ce que je lis. Et les billets continueront d'être rédigés, ils seront mis en ligne quand ce truc sera derrière nous. J'ai ainsi rédigé le billet sur Fin de siècle de Sébastien Gendron, qui devra avoir la chance qu'il mérite auprès des lecteurs et je m'apprête à rédiger celui sur ma toute dernière lecture en date, Joueuse de Benoît Philippon.  
Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. 
❤️
Photo by Sincerely Media on Unsplash

lundi 9 décembre 2019

Mon florilège 2019

Image empruntée ici

Alors d'abord entendons-nous bien : mon florilège n'engage que moi, il est subjectif et assumé comme tel, et je ne fais ni distinction ni préférence entre ce qui est du polar, du roman noir ou du roman. Donc ne venez pas me chercher des poux dans la tête avec ça, je vous livre simplement les titres que j'ai lus en 2019 (la plupart parus en 2019 mais certains sortis avant, là aussi, ne venez pas m'enquiquiner) et qui m'ont secouée, ravie, enchantée, bouleversée. 
Allez c'est parti (aucun classement dans ce qui suit).

Les parutions 2019:  
1° Frédéric Paulin, (La guerre est une ruse) Prémices de la chute, Agullo, 2019.
Le choc de l'année, je crois bien, les deux premiers volumes d'un ensemble qui en comptera trois, lus quasiment d'affilée. La puissance de l'écriture et de la vision, alliée à un sens du romanesque incroyable. 

2° Pia Petersen, Paradigma, Equinox, 2019.
Une autre claque de l'année, une vision terrifiante et superbe à la fois : quand le roman noir entre en résonance avec l'actualité sociale, et même si on déplace le propos géographiquement, on reste pantois. C'est un des plus beaux romans noirs que j'aie lus, et pas seulement en 2019.

3° Tiffany McDaniel, L’été où tout a fondu, Joëlle Losfeld, 2019.
Le roman que j'ai le plus conseillé aux abords de l'été, quand les gens me demandaient une idée de lecture pour les vacances. 😈 Z'ont pas dû être déçus, côté lecture de plage... Mais hé ho! je suis pas là pour vous conseiller des lectures mignonnes, faut demander ça à quelqu'un d'autre. 

4° Ernesto Mallo, La conspiration des médiocres, Rivages/Noir, 2019.
Comme la vie est bizarre. A sa sortie, j'avais boudé le premier roman de Mallo paru en France chez Rivages Noir, et sur la foi d'un billet de Jean-Marc Laherrère, j'ai foncé sur celui-ci, une sorte de prequel. Et bon sang de bonsoir, quelle lecture! Ernesto Mallo allie la noirceur sociale et politique à l'émotion romanesque, on en sort pantelant... J'ai aussitôt lu le premier volume, que j'ai cette fois aimé, et je compte bien poursuivre. 

5° Ron Rash, Un silence brutal, Gallimard La Noire, 2019.
Ron Rash n'était pas une découverte mais une confirmation, et de taille. Un silence brutal est une merveille, où l'on retrouve un Ron Rash en grande forme : évocation de la nature, des relations sociales, poésie, tout y est. 

6° Arpad Soltesz, Il était une fois dans l’est, Agullo, 2019.
Encore une claque, pour la rentrée littéraire cette fois. Une plongée dans la noirceur d'un pays pas vraiment libéré de ses démons, une écriture sans concession qui happe pour ne plus vous lâcher jusqu'au bout, une virtuosité dans la construction... 

7° Jordi Ledesma, Ce que la mort nous laisse, Asphalte, 2019. 
Je repense à ce roman, plusieurs semaines après sa lecture. J'y repense pour l'intrigue, ses tragédies, ses drames absurdes, j'y repense pour les atmosphères, si fortes et sombres, pour ce mélange de lumière et de noirceur, j'y repense pour l'écriture... 

8° Franck Bouysse, Né d'aucune femme, La Manufacture de Livres, 2019. 
Ouais bon, pas original mais que voulez-vous, je ne vais pas prétendre à l'originalité juste par principe. Ce fut une sacrée expérience de lecture que ce roman, un éblouissement face à des personnages féminins somptueux et déchirants, avec une écriture d'une justesse et d'une poésie renversantes.

9° Joe Meno, La crête des damnés, Agullo, 2019. 
Une madeleine au goût amer, un portrait sur le vif d'une génération ou d'une certaine jeunesse, et toujours l'écriture solaire de Joe Meno, qui illumine même la plus profonde noirceur. 

10° Caryl Ferey, Paz, Gallimard Série Noire, 2019.
Le retour d'un Caryl Ferey noir à souhait, qui parle d'un pays qu'il connaît bien. Dès le début on est mis au parfum, et ça ne sent pas la rose. C'est brutal, c'est noir, c'est tragique, j'adore.

Punaise que c'est dur d'extraire 10 livres d'une année 2019 si riche... Pardon pour tous ceux qui ne sont pas là, dans cette sélection, et qui pourraient y être... 

Et deux rattrapages...
Maurizio De Giovanni chez Rivages Noir pour le commissaire Ricciardi, une splendeur dont je continue à me délecter puisque je viens de commencer Le Noël du Commissaire Ricciardi. 



Villiam Klimacek, Bratislava 69, été brûlant, Agullo, 2018.
Une merveille que ce roman, dont je sais que je le relirai et que je continuerai à l'offrir. Ce qui me vient à l'esprit plusieurs mois après ma lecture, c'est le mélange d'humanité et de tendresse, en dépit des souffrances infligées par une période difficile de l'Histoire.

Voilà! Il y aura peut-être d'autres lectures somptueuses en 2019, mais dans ce cas je modifierai mon billet, et j'ajouterai...

dimanche 6 octobre 2019

Les mois de septembre sont meurtriers (pour la lecture)

Roissy CDG, 29/09/2019

Je crois que mon mois de septembre a ressemblé à cela (NB : c'est le terminal 1 de Roissy CDG, quand on arrive à la zone des contrôles pour embarquement): un long tunnel, avec des tapis roulant qui vous interdisent toute pause, tout demi-tour. 
Mon rythme de lecture s'en est énormément ressenti, et je n'avais nulle énergie pour le blog, désolée. Je vais reprendre bientôt, promis. 

lundi 26 août 2019

Rentrée littéraire

J'ai tenu bon jusqu'ici et ne me suis guère laissée tenter par des nouveautés, privilégiant les livres accumulés ces derniers mois, parfois ces dernières années. Néanmoins, que ce soit par les billets des uns ou des autres, par les critiques de la presse, ou simplement par la séduction de noms connus, la rentrée littéraire commence à sérieusement me démanger. 
Je ne parlerai pas ici des envies de polar et de roman noir, mais à la Série noire ou chez Gallmeister, pour ne citer qu'eux, il y a des titres formidables, que je lirai assurément. 

Au premier rang, au firmament, l'un de mes auteurs favoris, découvert à l'âge de 13 ans et qui ne m'a jamais quittée : Patrick Modiano, qui publiera en octobre chez Gallimard Encre sympathique. Oh comme j'ai hâte! En attendant, j'ai plongé dans Dimanches d'août, un des rares Modiano qui m'ait échappé jusqu'ici (et qui attendait son tour dans mon stock). 

Un autre de mes auteurs favoris est Jean-Philippe Toussaint, qui publiera La clé USB (Editions de Minuit) : là encore, je suis impatiente. 

Parmi les valeurs sures, le nouveau Roman Slocombe, La débâcle (Robert Laffont), dans lequel l'auteur continue d'explorer la sombre période de la Seconde Guerre mondiale. 

Sur la foi des impressions de lecture de personnes en qui j'ai toute confiance, je me laisserai peut-être tenter par le nouveau Nathacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit (Gallimard), et qui sait? j'aurai peut-être le courage de lire La fabrique des salauds de Chris Kraus (Belfond). 



Et puis les trois titres suivants me font très envie, alors je me laisserai peut-être tenter...

Que lirai-je finalement de tout cela? nul ne le sait!
A suivre, donc...





mercredi 31 juillet 2019

Circé de Madeline Miller



Présentation éditeur
Fruit des amours d’un dieu et d’une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l’Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu’elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu’elle est sensible. En l’exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l’immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse…

Ce que j'en pense
C'est curieux, comme on découvre parfois un livre... J'étais sur le quai de la gare dans ma ville, en attente de mon train pour la capitale, quand mon oeil a été attiré par le livre que commençait une jeune femme à quelques mètres de moi. La curiosité n'étant pas le moindre de mes défauts, j'ai fini par déchiffrer le titre, et arrivée à bon port, j'ai acheté le livre. Oui, je sais, je suis bizarre. Comme une envie de récit mythologique... 
Je me suis accrochée sur le premier quart, pas plus passionnée que cela. Et puis Circé est exilée sur son île, et là j'ai été accrochée. Se dessine un beau portrait féminin, une Circé seule, perpétuellement trahie, et follement puissante. Madeline Miller réussit à nous faire vibrer à des épisodes pourtant bien connus, en leur donnant de l'ampleur et une dimension émotionnelle moderne. Les dieux apparaissent dans toute leur cruauté, enfants gâtés parfois inconséquents et ivres de pouvoir. Ulysse ne sort pas grandi de ce roman: avide de gloire et de légende, c'est un formidable embobineur, mais il fait surtout souffrir ceux qui l'entourent : Pénélope, Télémaque (magnifique personnage), et bien sûr Circé. 
En somme, j'ai bien fait de céder à ma curiosité, j'ai ainsi fait un pas de côté par rapport à mes lectures habituelles et je ne le regrette pas. 

Madeline Miller, Circé (Circe), Pocket, 2019. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Auche. Précédemment paru chez Rue Fromentin Editeur (2018).

dimanche 23 juin 2019

Bilan mi-parcours 2019

Image empruntée ici

Je reprends l'idée à Electra, dont vous pouvez lire le billet ici. 

Combien de livres avez-vous lu cette année ?
54, sans les BD. Pas trop de temps mort, une certaine régularité, même s’il y a une accélération en ce mois de juin. 

Quel est le livre que vous avez préféré en 2019 ?
Difficile question. Je réponds éventuellement par des noms d’auteurs, parce que j’ai parfois lu plusieurs de leurs titres en 2019 : 
Frédéric Paulin, La guerre est une ruseet Prémices de la chute, une claque monumentale. 
Pia Petersen, Paradigma, autre claque.
Wojciech Chmielarz, les trois titres parus en France, Pyromane, La ferme aux poupées, La Colombienne.
Valerio Varesi, La pension de la via Saffi.
Maurizio De Giovanni, Le printemps du commissaire Ricciardi.
Je m’arrête là mais je pourrais continuer, trop dur !

Quelle fut votre plus grosse déception de l’année ?
Deux livres lus en ce début 2019 m’ont ennuyée mais je n’en attendais rien, je ne peux donc pas parler de déception.

Quel auteur avez-vous découvert cette année que vous adorez ?
Frédéric Paulin, Wojciech Chmielarz, Marco Vechi. 

Quelle est la lecture qui fut une excellente surprise pour vous ?
Rui Zink, Le terroriste joyeux, puisque je n’avais pas accroché à L’installation de la peur.

Quelles sont vos parutions les plus attendues ? 
Il était une fois dans l’est de Arpad Soltesz (pardon pour les accents manquants). 

Quels sont vos meilleurs moments littéraires ?
La rencontre avec Antoine Chainas lors de l’édition 2019 de Vins noirs. 

mercredi 26 décembre 2018

2019: quelques perspectives de lecture


Je ne me livrerai pas à l'exercice de bilan annuel, car j'ai trop peu été présente sur ce blog. Et comme par ailleurs je n'ai guère trouvé 2018 réjouissante dans sa globalité (hors lecture), je vais me tourner vers 2019. Certes, j'ignore ce que cette année nous réserve, et peut-être sera-t-elle pire que 2018, mais je sais déjà qu'elle nous prépare de belles choses côté parutions. 
J'ai un retard phénoménal dans mes lectures et de nombreux romans sont restés en attente. J'ai pourtant eu un rythme de lecture honorable, mais d'une part, je ne lis jamais autant que je voudrais, d'autre part j'achète taaaant de livres... 
Je pourrais bien sûr prendre la résolution de restreindre mes achats, mais écrire ces mots suffit à me faire rire. D'ailleurs, pourquoi m'imposerais-je une résolution qui m'ennuie et que je sais ne pas devoir tenir? 
Nan, je vais continuer à acheter des livres, et je salive déjà en apercevant les nouveautés à paraître en ce début d'année. 
Mais je me réjouis aussi d'avoir quelques splendeurs dans mon stock. Commençons par là. 
Il y a des séries qui m'attendent, que je veux reprendre ou poursuivre, du côté de Alicia Gimenez Bartlett, de Petros Markaris, de Dror Mishani. J'ai eu un tel plaisir à relire les Giorgio Scerbanenco... Et je veux aussi découvrir enfin Valerio Varesi.
Dans les romans noirs remarqués de 2018, je compte bien faire un sort à Greg Iles et Brasier noir, à Benjamin Myers pour Dégradation, à Carlos Zanon et Taxi, à Benjamin Whitmer et Evasion, à Thomas Mullen et Darktown, et j'en oublie tant... 


Pour 2019, ça démarre très fort chez Actes Noirs. Le nouveau Victor Arbol me tente bien: Par-delà la pluie 

Mais je suis aussi intriguée par la nouveauté argentine que voici : 

Et la couverture du deuxième Greg Iles n'est-elle pas à tomber?


En Série Noire, vous le savez, c'est le Thomas Cantaloube qui me rend impatiente, mais je vois aussi sur le site qu'en mars, il y aura un nouveau roman d'Elsa Marpeau, Son autre mort. 


Chez Rivages/Noir (ou Thriller), c'est évidemment le nouveau Hervé Le Corre qui fait l'évènement, mais aussi la (re?) traduction d'un Jim Thompson. Ceci dit, Trouver l'enfant, de Rene Denfeld, me semble fort sympathique. 

Le 10 janvier sortira Né d'aucune femme de Franck Bouysse (La Manufacture de Livres), et je compte bien aller au lancement à Page et Plume. 


Chez Albin Michel, il y aura un nouveau Sophie Hénaff, je ne résiste pas! Ce sera pour février, patience...

Toujours en février et dans un style bien différent, Sébastien Raizer et Confession japonaise au Mercure de France.


Mais il y a aussi des nouveautés intrigantes chez Agullo, Gallmeister, Asphalte, Equinox, et même Sonatine, paraît-il.

Bref, j'ai hâte, 2019 s'annonce comme une belle année de lectures... 



dimanche 2 décembre 2018

Un bilan pour novembre 2018


Oups, on dirait qu'en dépit des promesses que je me fais, je ne parviens pas à écrire et à poster des billets... Alors, pour sauver l'honneur, un bilan du mois de novembre, en attendant plus précis. 

Quelques bandes dessinées, éclectiques mais toutes à la hauteur de mes attentes. Deux albums m'ont été offerts pour mon anniversaire, les autres sont des achats d'occasion.
J'ai récemment acheté (d'occasion) le tome 7 de Lou, de Julien Neel. J'ai énormément aimé cette série jeunesse, mais le tome 6 m'avait déconcertée et j'y avais trouvé le dessin, par moments, horrible. Je ne m'étais donc pas jetée sur le tome 7... On y retrouve une orientation SF, mais sans les choix graphiques qui m'avaient horrifiée dans le précédent album. J'ai eu plaisir à retrouver Mortebouse, Lou, ses copines et ses copains, j'ai passé un excellent moment. 
Comme j'aime les séries jeunesse mais que j'ai du mal à en trouver qui me conviennent, j'ai essayé, au gré d'un achat d'occasion, Sixtine, L'or des Aztèques (t.01) de Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac (éditions de la Gouttière). J'ai a-do-ré! J'aime l'univers, le graphisme, les personnages, mention spéciale aux pirates fantômes. Assurément, le tome 2 rejoindra bientôt mon stock. 
Je ne vous reparle pas de China Girl, de J.-F. et Maryse Charles, je lui ai consacré un billet. C'était un cadeau d'anniversaire, il a fait mouche.
D'occasion, enfin, j'ai trouvé un album qui me faisait de l'oeil depuis sa sortie au printemps, Gramercy Park de T. de Fombelle et C. Cailleaux, un récit noir assez classique côté scénario, mais éblouissant au niveau graphique. Et je dis "classique" mais n'allez pas croire que ça a gâché mon plaisir, j'ai trouvé ça très bien et émouvant. 
Enfin, un gros coup de coeur pour Royal City (t.01) de Jeff Lemire, autre cadeau d'anniversaire, une histoire qui mêle chronique familiale, sociale et fantastique, le tout avec une force graphique qui n'est pas étonnante de la part de l'excellent Jeff Lemire. Une famille disloquée, un passé qui ne passe pas, la désindustrialisation d'une petite ville américaine, des trajectoires individuelles tissées, chacune à leur manière, d'échecs et de difficultés à vivre. Inutile de préciser que je vais me jeter sur le tome 2 sans attendre. 

5 BD lues, je suis très heureuse, car je n'en lis pas autant que j'aimerais. Je dois dire qu'un trajet en train, calme et par une matinée ensoleillée, m'a donné le temps de lire trois des albums mentionnés. 

Côté romans, 10 titres lus et à mon grand regret, deux abandons. Commençons par là. J'ai calé au milieu de Tortues à l'infini, de John Green acheté à sa sortie mais pas encore ouvert. J'ai aimé le début, mais je me suis ennuyée à environ 1/4 du roman, et j'ai renoncé au milieu. Je sais très bien pourquoi : l'impression que Green écrit toujours la même chose, qu'il lance des pistes au début sans en suivre aucune à fond, une impression de surplace. Histoire de savoir si ça venait de moi ou du roman, j'ai lu les cinquante dernières pages, et vous savez quoi? Je n'avais pas l'impression d'avoir manqué grand-chose. Grosse déception, donc. Et puis, de manière incompréhensible, j'ai calé sur le dernier Colin Niel, Sur le ciel effondré. Je n'arrive pas à savoir pourquoi : le roman me plaît, les personnages m'accrochent, le propos et l'atmosphère sont ce qui me plaît dans le roman noir, et l'écriture est très belle. Et pourtant, rien à faire, j'avais l'impression de ne pas avancer dans ma lecture, cela me semblait interminable, et la mort dans l'âme, j'ai renoncé. Mais contrairement au John Green, j'y reviendrai, assurément. 
Il faut dire que ces deux lectures sont survenues en fin de mois et ont précédé une panne de lecture qui a duré près d'une semaine, l'horreur absolue... 

Mais sinon, bon mois de lecture. Des lectures jeunesse fort sympathiques, Eric Senabre et Le Vallon du sommeil sans fin; Axl Cendres et son Coeur battant; Patrick Bard et son Et mes yeux se sont fermés... 
Trois romans qui m'ont bien embarquée : Taqawan d'E. Plamondon et Le Sillon de V. Manteau, avec une préférence pour le second. J'ai également aimé 33 tours de D. Chariandy, découvert grâce à Electra, proche pour moi d'un roman noir.
Un scud, la novella de Sébastien Raizer, 3 minutes, 7 secondes, auquel je repense très souvent. 
Et trois très bons romans : Ecorces vives d'Alexandre Lenot, surprenant et très bien mené, un premier roman plus que prometteur. William Boyle et Le Témoin solitaire, très beau roman, noir et surprenant, qui m'a touchée. Et enfin, Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, une splendeur de roman noir et social, que j'ai bouffé en deux jours, qui m'a emportée, bouleversée, interpelée. 

Donc c'est un excellent mois... en dépit de mes deux renoncements. 

Après ma panne de lecture de quelques jours, qui me faisait enrager car je commençais des livres en n'arrivant pas à poursuivre au-delà d'un chapitre... 3 ou 4 ont défilé comme ça. Mais ce samedi, j'ai pris Les Mystères de Larispem, de Lucie Pierrat-Pajot, le tome 1, acheté à sa sortie. Et le miracle survint : je l'ai dévoré et je n'ai qu'une envie, lire le tome 2. La panne de lecture est-elle finie? Je l'espère... 
Allez, c'est parti pour décembre, mois que je n'aime pas : fait pas beau, fait sombre, Noël arrive (🤢)... Il est donc urgent de se faire plaisir en lisant!!!!





samedi 10 novembre 2018

Lectures d'octobre 2018

On se rapproche, on se rapproche...

François Médeline, Tuer Jupiter, La manufacture de livres
Autre sensation de la rentrée, malin et fort. 

DOA, Lykaia, Gallimard
"Après avoir dévoré en un week-end le monumental (dans tous les sens du terme) Chainas, je viens de passer celui-ci en compagnie d'un autre très grand du roman noir à mes yeux, DOA. Je n'avais rien lu sur le roman avant d'entamer ma lecture (je savais juste qu'il évoquait l'univers du BDSM) et je n'ai rien lu/entendu en commençant ces lignes, ni chronique, ni critique, ni interview. Je veux rester saisie par ma lecture en toute subjectivité. 
Première remarque, la plus évidente: difficile de lâcher le bouquin quand on a plongé dedans. Lykaïa m'a happée tout de suite, et pourtant la scène d'ouverture est insoutenable. Mais la beauté de l'écriture est stupéfiante, une mélopée vénéneuse qui redonne tout son sens à l'expression les "fleurs du mal". Certes, il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter certaines scènes: celle du début et celle de la fin (dans l'appartement vénitien) m'ont pétrifiée d'horreur et de dégoût. J'ai pensé à Bataille, plus qu'à Sade. Cependant, je n'ai jamais songé à poser définitivement le livre (juste le temps de remettre mon estomac à l'endroit). J'étais tombée dès le début sous le charme - même si le terme semble totalement niais ici - des protagonistes. Le roman alterne les points de vue de deux personnages : la Fille, qui ouvre le récit, dans une narration à la troisième personne, et le Loup, à la première personne. Je les ai aimés tous les deux d'emblée, et peut-être est-ce un contresens, mais j'ai lu Lykaïa comme une histoire d'amour entre ces deux-là, et cet amour est déchirant, bouleversant. 
DOA surprendra sans doute ceux qui l'ont découvert avec Pukhtu, mais j'y retrouve pourtant son univers. Est-ce un roman noir? A mes yeux, assurément. Pour ceux qui chercheraient des codes et des thématiques, regardez-bien: il y a bien déviance criminelle et même meurtre. Mais là n'est pas l'essence du roman noir, n'est-ce pas? Je ne sais pas si le cul est politique (pour moi, oui, d'ailleurs, everything is political, isn't it?), mais le roman et les trajectoires des personnages interrogent le rapport à l'autre, à soi, à la norme. Il y a dans Lykaïa une inquiétude sadienne. Sade n'était pas le chantre de la libération des pulsions, me semble-t-il (et encore moins de la révolution). Il exprimait une inquiétude fondamentale: qu'advient-il quand on libère les pulsions? Du sang, de la souffrance, de la mort, l'aliénation de l'autre et à l'autre. Oh! on en jouit, c'est vrai. Le Loup et la Fille ne peuvent bientôt plus se passer l'un de l'autre, leurs pratiques sexuelles, aussi consenties soient-elles, restent un rapport d'aliénation autant que de libération. Et puis il y a dans le roman ce jeu de masques, qui signifie tant. Le roman ne pouvait se terminer qu'à Venise, ville des masques, des faux-semblants et de la corruption, ville des touristes et des perches à selfie. Les adeptes du BDSM n'échappent pas à la mise en spectacle des corps et du sexe, le roman s'ouvre sur une performance et à Venise, on applaudit aussi une mise en scène sexuelle. On se regarde jouir, on se regarde souffrir. J'insiste sur la forme pronominale : il est peu question de voyeurisme dans le roman, plutôt du rapport à soi à travers l'autre. 
Le final de Lykaïa est tragique et somptueux, le Loup achève de se perdre, paradoxalement, dans une rédemption que l'on espérait un peu. 
En conclusion, si vous voulez être émoustillé ou frémir devant des scènes de cul hors norme, passez votre chemin : allez sur les sites dédiés à cela sur le net, ce sera plus dans le sujet, croyez-moi. Mais si vous voulez être bousculé, bouleversé par des personnages magnifiques et sidérée par une écriture somptueuse et jamais dans la recherche de l'effet, prenez le risque et lisez Lykaïa. 
Pour finir : mention spéciale à l'objet lui-même, somptueux écrin noir. Chapeau, Gallimard!"

André Héléna, Les flics ont toujours raison, Les salauds ont la vie dure, Le festival des macchabées, Le goût du sang, 10/18
Petite plongée dans les débuts du roman noir français. Héléna est avec Meckert/Amila et Malet le père du roman noir français. Si la misogynie est assez pénible, il faut lire le portrait sans concession de la France de l'Occupation que livre l'auteur. Un réquisoire contre la peine du mort dans Le goût du sang. Très bon...

David Lagercrantz, La fille qui rendait coup sur coup, Actes Sud, Actes Noirs
Pff... 

Joe Lansdale, Honky Tonk Samouraïs, Denoël
Du roman divertissant de grande qualité. Jubilatoire, on castagne, les dialogues claquent, fan forever...

Serge Quadruppani, Sur l'île de Lucifer, La Réserve sauvage
Moins fort que Loups solitaires mais bien plaisant, féroce et politique toujours, le nouveau Quadruppani, à lire!

Jacky Schwartzmann, Pension complète, Seuil 
"J'avais déjà ri avec Demain c'est loin, mais Pension complète est encore meilleur, à mon sens. Pas facile, la comédie noire, et en France, ils ne sont pas si nombreux à exceller dans ce registre. Pour moi, Jacky Schwartzmann est le meilleur, je ne trouve jamais le trait forcé (la recherche du bon mot à tout prix peut m'agacer très vite), et son humour n'est jamais condescendant, ce qui n'est pas facile. J'ai tout de suite aimé Dino et Lucienne, tout de suite cru en leur histoire d'amour, et si j'ai trouvé la peinture au vitriol du Luxembourg irrésistible, c'est quand le personnage arrive au camping que j'ai commencé à rire tout haut, et nom de Zeus ça fait du bien. Evidemment, les enfants des années 80 comme moi visualisent tout de suite Charles en Higgins, et l'image ne m'a plus lâchée. 
Comme dans le précédent opus, ça claque, ça fuse, l'auteur a le sens de la formule, comme dirait l'autre, et mine de rien, il égratigne au passage les travers de notre époque (le tourisme humanitaire, que j'ai ri!), la norme sociale. Mais il s'agit avant tout de s'amuser dans ce roman noir où "l'enfer, c'est les autres". Et Charles a sa manière bien à lui de surmonter cela.
Rythme parfait, rapidité, fluidité : j'ai lu le roman en une fois ou presque (j'avais lu les premières pages la nuit précédente), on ne s'ennuie pas une seconde et le dénouement, mazette! le dénouement... chut....
Voilà, c'est Pension complète de Jacky Schwartzmann, c'est au Seuil dans la collection Cadre Noir."

Gabrielle Filteau-Chiba, Encabanée, XYZ
Court roman qui fait un bien fou quand nos contemporains nous fatiguent, une réclusion volontaire, un retour à l'essentiel. Magnifique. 

Sylvain Kermici, Requiem pour Miranda, Les Arènes Equinox
Déconcertée par ce roman, très bien écrit, très bien mené, mais dont je ne saisis pas l'enjeu. Documenter le mal? Je partage complètement la perplexité de Jean-Marc Laherrère. 


Un petit ralentissement en septembre 2018

Nicole Krauss, Forêt obscure, Editions de l'Olivier
Roman de la rentrée littéraire. J'aime tous les romans de Nicole Krauss, et celui-ci m'a emmenée. 

Janet Evanovich, Y a pas 18 solutions, Fleuve Noir
Je ne me lasse pas de cette série de polars pour de rire, de sa galerie de personnages. Comme Darynda Jones, une récréation dont je n'ai même pas honte. 

Boris Quercia, Les rues de Santiago, Asphalte
Il patientait dans mon stock depuis sa sortie, imaginez... J'ai tant aimé que les deux autres patientent dans mon stock. 

David Lagercrantz, Ce qui ne me tue pas, Actes Sud, Actes Noirs
4ème tome de Millenium. Voilà, quoi. Pas une infamie, mais très très dispensable. 

Antoine Chainas, Empire des chimères, Gallimard Série noire. 
J'en ai dit le plus grand bien: "Chainas, à mes yeux, est l'un des plus grands auteurs (de noir) actuellement. Chaque nouveau roman prend en puissance par rapport au précédent, et Empire des chimères m'a un peu scié les pattes, sachant que Pur, il y a quelques années, m'avait déjà éblouie. 
J'avais dit que j'avais quelques réserves, je commence par là, puisqu'en réalité c'est UNE réserve, très ponctuelle. En commençant le roman je me suis dit "nom de zeus que ce type écrit bien!" Mais je dois dire que par instants, certes fugitifs, certains traits d'écriture m'ont paru un peu affectés. Mais foin de cette minuscule réserve, elle ne pèse rien par rapport au séisme qu'est le roman. J'ai commencé le roman vendredi soir et à la fin du week-end c'était plié. Etant donné que ce n'est pas exactement une novella, je le signale... Pas question de s'endormir sur le Chainas, impossible même.
Par quoi commencer pour expliquer ce que j'ai ressenti? Le roman a quelque chose d'insaisissable : il peint cette France des périphéries, ces lieux entre ville et campagne (mais plutôt campagne quand même), où un contrôle social s'exerce sans relâche. Il se lance sur la piste d'une disparition de fillette, sans ressembler ni de près ni de loin à ces thrillers (les "trileurs", spéciale dédicace à Stefanie Delestré) qui brillent sur les étals des libraires (j'ai rien contre, hein, m'insultez pas, c'est juste que je n'aime pas ça). Il évoque la guerre d'Algérie, ou non, attendez, les années 1980. Il bifurque vers une magouille immobilière tout en peignant l'univers des industries culturelles de masse. Il est tout cela et rien à la fois, rien de monolithique et pourtant tout est parfaitement cohérent. 
Et ce caractère protéiforme est servi par une construction redoutable. Nous suivons plusieurs personnages, parfois à des milliers de kilomètres, mais reliés malgré tout. Chacun a un point de vue, construit avec une précision qui nous les donne à voir, à ressentir, si je puis dire. Pour ma part, j'ai été touchée par Jérôme et Cindy plus que par les autres, mais chaque voix ou plutôt chaque point de vue est singulier. La construction virtuose mène à un dénouement qui laisse bouche bée, pas parce qu'il y aurait des retournements abracadabrants, mais parce qu'il confirme la maîtrise totale de l'auteur, sa capacité à nous accompagner jusqu'au bout sans jamais nous avoir égarés. 
La scène sacrificielle (chut!), par le feu, est l'une des plus puissantes qu'il m'ait été donné de lire depuis des siècles. J'ai retrouvé certains motifs habituels chez Chainas, notamment le rapport au corps, au corps souffrant, corps individuel et corps social. Et il y a ce recours au fantastique, ou bien est-ce de la science-fiction? Je ne sais pas. Roman noir, SF, fantastique, Empire des chimères est un roman total éblouissant. 
Maintenant vous faites ce que vous voulez, mais si j'étais vous, je saurais quoi lire."


Les lectures de l'été 2018

Il y a eu des lectures pour le boulot, d'autres liées à mes destinations de vacances... Du polar et du noir essentiellement. 

Giorgio Scerbanenco, Les enfants du massacre, Les Milanais tuent le samedi, Rivages Noir
L'un de mes auteurs préférés. Une relecture, dont l'émotion et la force restent intactes. Un très très grand, Scerbanenco. 

Stieg Larsson, Millenium (les trois tomes), Actes Sud, Actes noirs
A l'époque du phénomène, Millenium ne m'avait pas du tout séduite, trop thriller, pas assez noir. Il a fallu que je m'y remette pour le boulot et cette fois, j'ai abordé la trilogie différemment; comme un grand roman populaire, et pas comme un roman noir. Et ça m'a embarquée, grâce à Lisbeth Salander essentiellement, avatar XXIè siècle du Surhomme de la littérature populaire du XIXè siècle. 

William Boyle, Tout est brisé, Gallmeister
Pépite noire qui patientait depuis sa sortie dans mon stock, pur bonheur en même temps que déchirement. Du noir comme j'aime...

Nelly Arcan, Folle, Seuil
A travers le récit d'une rupture, un discours très fort sur l'aliénation féminine, qui prend une résonance particulière depuis le suicide de Nelly Arcan. Un choc, une révélation. 

Andrea G. Pinketts, Le vice de l'agneau, Le sens de la formule, Rivages Noir
Le deuxième était une relecture. Un bonheur inouï, mélange d'humour et de noirceur. J'adore!

Olivier Norek, Entre deux mondes, Michel Lafon
Excellent roman qui s'empare d'un scandale de nos sociétés européennes et plus largement occidentales. Aucun angélisme, aucun manichéisme, superbe. 

Fredric Brown, Martiens go home!, Denoël, Présence du futur
Relecture d'un roman qui a fait mes délices quand j'étais collégienne. J'avais oublié une bonne partie de l'histoire. Féroce, brillant. 

Simenon, Monsieur Gallet, décédé, Au rendez-vous des Terre-Neuvas, Le livre de poche
Simenon, encore et toujours, mais dans l'ordre, ai-je décidé. Je suis fan. 

Dror Mishani, Une disparition inquiétante, Seuil
Du polar israëlien, des personnages formidables, une intrigue sombre, j'ai beaucoup aimé. 
Le second volume patiente dans mon stock. 

Ryu Murakami, Miso Soup, Picquier
Fort, cruel, violent, dérangeant. TRES BIEN!

Petros Markaris, Le justicier d'Athènes, Seuil
J'aime Charitos, j'aime cette auto-dérision, l'acuité du regard. Le suivant est dans mon stock. 

Augustin Martinez, Monteperdido, Actes Sud, Actes Noirs
Dieu que j'ai aimé ce roman! A sa manière du rural noir, une atmosphère bien poisseuse, des personnages complexes et torturés, le portrait d'une communauté isolée. Magnifique.