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mercredi 28 décembre 2016

Le Club de Michel Pagel



Présentation éditeur
Longtemps, ils avaient été CINQ.
François, Claude, Mick, Annie et Dagobert, quatre enfants et un chien, ont autrefois formé un Club et vécu bien des aventures extraordinaires. Trente ans plus tard, le chien est mort depuis longtemps quand trois membres du Club, devenus adultes, séparés par la vie, sont invités parle quatrième à l’endroit même où ils passaient leurs vacances dans leur enfance.
Bientôt, alors que la maison est isolée par d’importantes chutes de neige, la vieille mère de Claude est assassinée... Mick est-il le responsable, comme semble le penser François ? À moins qu’un assassin se dissimule dans les environs enneigés ? Et pourquoi Claude se retrouve-t-elle régulièrement projetée sur un rivage anglais, à la rencontre d’enfants et d’un chien ressemblant singulièrement à ceux qu’ils étaient autrefois, elle et ses cousins ?
Dans un huis clos étouffant, écrit comme un thriller, une fable magistrale sur l’imaginaire de l’enfance, nos peurs, nos doutes.

Ce que j’en pense
J’ai abordé ce court roman de Michel Pagel avec gourmandise, même si je n’ai pas été une inconditionnelle du Club des Cinq étant enfant. J’aimais l’idée de retrouver malgré tout des personnages de mon enfance, ces aventures de la Rose (ou de la Verte pour d’autres séries) qui avaient façonné mon goût pour les séries et pour la lecture plus généralement. Et puis le nom de Michel Pagel m’inspirait confiance : nul risque de niaiserie avec cet auteur de SF, de fantasy ou bien encore de fantastique, qui connaît bien la culture populaire…
Et puis c’était alléchant de retrouver quelques décennies plus tard ces jeunes héros. Qu’avaient-ils bien pu devenir ?
Evidemment, Michel Pagel s’appuie sur leurs traits de caractère et leurs façons d’être pour modeler les adultes qu’ils sont devenus. N’attendez pas de surprise, et si je n’en dis pas plus à ce sujet, c’est seulement pour que vous échafaudiez vos hypothèses et pour que vous puissiez constater à quel point elles se confirment…
Je n’émets cependant nulle réserve à ce sujet : l’essentiel est ailleurs. Nous sommes bien ici dans un genre de l’imaginaire, entre fantastique et SF, avec des petits côtés thriller. Michel Pagel tire intelligemment parti de l’existence de deux « clubs », celui de la langue originale, l’anglais, et d’un pays, l’Angleterre, et celui de la traduction française. Il exploite aussi avec force le souvenir très puissant chez nos personnages d’un passé prestigieux, couché sur le papier, pour le bonheur des plus jeunes. Ils savent ce qu’ils ont été, ce qu’ils représentent. Et c’est ce fil que va tirer Michel Pagel : que sont les héros devenus ? qu’arrivent-ils à des héros de fiction, de papier, quand ils deviennent des êtres ordinaires de chair et de sang ? Comment fait-on le deuil de cette enfance-là ? Et avec brio, il nous montre des personnages douloureusement conscients de cette condition. Je n’en dis pas plus, tout est là.
Et puis au-delà de ce jeu et de cette réflexion sur les liens entre fiction et réalité, il y a un autre aspect que j’ai beaucoup aimé et qui m’a énormément touchée. Chacun des personnages a fait l’expérience de devenir adulte et vit au moment où s’ouvre le roman une autre étape : celle du vieillissement, de la perte, et il y a des lignes et des pages bouleversantes de justesse.
Vous l’aurez compris, ce court roman est un vrai coup de cœur, je vous le recommande chaudement.


Michel Pagel, Le Club, Les Moutons électriques, 2016. Disponible en ebook.

samedi 2 janvier 2016

Les Brillants de Marcus Sakey


Présentation (éditeur)
Dans le Wyoming, une petite fille perçoit en un clin d’œil les secrets les plus sombres de tout un chacun. À New York, un homme décrypte les fluctuations des marchés financiers et engrange 300 milliards de rofit en une semaine. À Chicago, une femme maîtrise le don d’invisibilité en sachant d’instinct se placer là où personne ne regarde. On les appelle les «Brillants», et depuis les années 1980 1 % de la population naît avec ces capacités aussi exceptionnelles qu’inexplicables. Nick Cooper est l’un d’eux : agent fédéral, il a un don hors du commun pour traquer les terroristes. Sa nouvelle cible est l’homme le plus dangereux d’Amérique, un Brillant qui fait couler le sang et tente de provoquer une guerre civile entre surdoués et normaux. Mais pour l’arrêter, Cooper va devoir remettre en cause tout ce en quoi il croit, quitte à trahir les siens.

Ce que j’en pense
J’aurais aimé être embarquée par ce livre et je suis un peu déçue. Je ne doute pas qu’on puisse se laisser emporter mais j’attendais bien plus. 
J’ai eu le sentiment d’avoir lu cette histoire de nombreuses fois; on est ici dans un type d’intrigue, de personnages et même de questionnement rencontrés dans la science-fiction, dans les comics, et aussi dans les séries télévisées qui explorent ces univers-là (je n’ai pu m’empêcher de penser à la première saison de Heroes, la seule que j’aie vue, à dire vrai). Par conséquent, je n’ai nullement été surprise, pas une seule fois: je ne peux en dire plus sans spoiler, mais disons que la révélation sur le Grand Méchant m’a un peu fatiguée, trop convenu, tout ça. Et croyez-moi, je suis bon public et prompte à me laisser surprendre. Je vais en faire hurler certains mais je trouve la réflexion de la trilogie Hunger Games (les romans) bien plus forte et dérangeante. Bon, ce n’est qu’un premier tome, me direz-vous. 
J’ai eu plaisir à cheminer avec les personnages, même si je trouve Cooper un peu niais, au final, et sa relation avec Shannon ou Quinn vue et revue aussi… Seuls quelques personnages très secondaires m’ont intéressée. Cooper pourrait être plus torturé, plus violent aussi, cela lui donnerait de la profondeur. 
Pour autant, tout cela est de belle facture, et si vous n’êtes pas familier de ce type d’intrigues, vous aurez grand plaisir à lire Les Brillants, l’auteur faisant preuve d’un grand savoir-faire, à défaut de faire preuve d’originalité. C’est bizarre, le manque d’originalité ne me dérange pas forcément, mais ici, il m’a ennuyée, peut-être parce que l’action est tout de même primordiale dans ce genre de récit. 
Lirai-je le tome 2? Peut-être, mais pas sûr…


Marcus Sakey, Les Brillants (Brilliance), tome 1, Gallimard Série Noire, 2015. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sébastien Raizer. Publication originale: 2013. Disponible en ebook.

lundi 21 avril 2014

Dark City d'Alex Proyas


Présentation
Tout commence dans une salle de bain. On y voit un homme sur le front duquel perle une goutte de sang, dans une baignoire. Une lampe vacille, l'homme se réveille. Confusion et incompréhension sont alors son lot lorsqu'il s'aperçoit qu'il est dans un étrange hôtel et qu'il est recherché pour des meurtres dont il n'a aucun souvenir. 
(extrait de la fiche wikipédia du film)

Mon avis
Cela fait des années que je me promets de voir ce film : pourquoi ai-je tant attendu, mystère… Je pense en tout cas que je le reverrai. Qu’est-ce qui m’a plu ? A peu près tout…
1° Nous sommes dans un univers science-fictionnel qui a quelque chose de dystopique, ce qui n’est pas pour me déplaire. On y retrouve en tout cas des éléments de la dystopie : une cité régie par une armada d’individus (venus d’ailleurs) « clonesques » et effrayants, qui asservissent l’humanité à des fins scientifiques. Le pouvoir est tyrannique, absolu. Face à ces « étrangers », un homme, notre héros, John Murdoch. Il est le grain de sable qui, bien involontairement, va enrayer la machine : il n’est pas comme les autres humains, il résiste aux expérimentations, il pose donc problème et il va falloir l’éliminer. Au final, il pourrait bien faire vaciller le pouvoir établi. Cela va donner lieu à une scène d’affrontement extraordinaire…

2° L’univers esthétique d’Alex Proyas est sublime. On est dans la belle période de Proyas, qui n’a certes pas démérité depuis, mais dont l’univers a pu être, parfois, digéré par les codes des blockbusters hollywoodiens (cf. I, Robot, au demeurant un bon film). Cette cité aux allures de ville américaine des années 50, plongée dans une nuit perpétuelle (Dark City), crépusculaire, est d’une beauté saisissante. Le film se pare d’une ambiance de film noir de la grande époque du genre, en maniant d’ailleurs certains codes (le flic, la série de crimes, la belle épouse aux allures de femme fatale, etc.). Le film est bardé d’effets spéciaux, mais sans l’effet de surenchère qui m’étourdit parfois dans certains blockbusters. Et pour tout vous dire, pour la non-spécialiste que je suis, sur cet aspect technologique, le film n’a pas pris une ride, alors qu’il date de 1998, tout de même. Quand je revois certains films ou séries de cette époque-là, les effets spéciaux me font hurler de rire : là, pas du tout.

3° Les acteurs sont excellents. Rufus Sewell, dont c’était le premier grand rôle, est parfait dans la peau de ce fugitif amnésique et rétif aux expériences menées sur les humains. Kiefer Sutherland est très convaincant dans son costume de savant asservi – mais pas trop – et boitillant, bien loin des emplois survitaminés et testéronés (Jack Bauer, si tu m’entends…). Jennifer Connelly est magnifique, alliant l’innocence d’une très jeune femme (elle a l’air d’avoir 18 ans !) et le magnétisme d’une femme fatale. Enfin, que dire de William Hurt, fantastique dans le rôle du flic, comme d’habitude…


4° Surtout, il y a dans Dark City ce romantisme flamboyant du Alex Proyas première manière, un romantisme que j’aime : à partir d’un thème de SF quasi-dickien, la mémoire, les souvenirs, la personnalité, il nous propose un film éblouissant et bouleversant. Les « étrangers » n’ont rien compris, ils n’ont pas cherché au bon endroit, comme le leur dit John à la fin : ils voulaient percer le secret de l’humanité : qui sommes-nous ? que sommes-nous ? qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains dotés d’une âme ? qu’est-ce que l’âme ? La scène de rencontre finale, dans un monde débarrassé des ténèbres, est d’une beauté folle, d’un romantisme échevelé, sans mièvrerie aucune…
Le film a été en son temps un échec commercial terrible, ce que je ne m’explique pas. Reste la possibilité de le découvrir en DVD (ou en BluRay), heureusement…

Pour qui ?
Pour tous les amateurs de SF mais aussi pour tous les romantiques pas nunuches. Et pour les gens qui aiment le cinéma, tout simplement.

Alex Proyas, Dark City, produit par Mystery Clock Cinema et New Line Cinema (USA/Australie), 1998. Disponible en DVD (Metropolitan Vidéo).


jeudi 20 mars 2014

Icônes de Margaret Stohl


Présentation (éditeur)
Tout a changé depuis le jour du Jour. Le jour où les fenêtres ont explosé. Le jour où l’électricité a été coupée. Le jour où la famille de Doloria a été frappée par la mort. Le jour où la Terre a perdu une guerre dont elle ignorait qu’elle était en cours. Depuis, Dol vit une existence simple à la campagne, à l’abri des Icônes et de leur terrifiant pouvoir. Mais elle ne pourra pas se cacher éternellement de la vérité. Elle est différente. Elle a survécu. Pourquoi ? Dol et son ami de toujours, Ro, sont arrêtés et emmenés à l’Ambassade, au large de la cité tentaculaire autrefois appelée Cité des Anges. 

Mon avis
Je n’ouvrais pas Icônes sans préventions. Si je ne suis pas une grande lectrice de dystopies, le peu que je connaissais du genre dans le secteur jeunesse (ados/young adult) me semblait un peu convenu, au sens où les auteurs jeunesse ont parfois tendance à reproduire des schémas vus et revus dans le secteur ados, en particulier du côté anglo-saxon. En même temps, j’avais lu il y a quelques années quelques dystopies jeunesse intéressantes, comme Memory Park de Fabrice Colin.
Je dois préciser aussi que de Margaret Stohl, je ne connaissais que le premier tome de Sublimes Créatures, écrit avec K. Garcia, volume sympathique dont je pouvais concevoir la séduction sur de jeunes lecteurs.
Qu’en est-il d’Icônes, donc ? Evidemment, je ne vais pas vous dire que j’ai vibré à la lecture, mais je pense que tout simplement, j’ai passé l’âge. Les personnages ne me touchent pas, non parce qu’ils ne sont pas touchants, mais parce que je ne peux m’identifier à eux, trop vieille pour ça. Néanmoins, aucun ne m’a exaspérée (Bella, si tu nous entends…), et le triangle amoureux ne m’a pas consternée. Cela fonctionne. Tout au plus puis-je reprocher, pour le moment, un certain manichéisme, assez habituel dans le peu que je connais de la dystopie jeunesse, avec tout de même Lucas qui est plus ambivalent.
L’intrigue est bien fichue dans ce premier volume, sans temps mort, je ne me suis pas ennuyée, sans avoir non plus l’impression d’être étourdie par des accélérations intempestives.  
Icônes est également une dystopie qui lorgne du côté de l’univers super-héroïque, car les personnages des Enfants-Icônes ont tous une caractéristique particulière, liée à leurs émotions, dont on ne connaît pas toujours les limites, mais qui s’apparentent à un pouvoir hors du commun, voire un super-pouvoir. On retrouve aussi ce questionnement sur l’adolescent élu, « seul » (cela vaut aussi pour un groupe de personnages) à pouvoir faire basculer les choses, ce qui croise me semble-t-il le questionnement sur « grands pouvoirs grandes responsabilités » de l’univers super-héroïque tel qu’il s’est déployé ces dernières décennies. C’est un aspect que j’ai trouvé rudement intéressant.
Je précise que Icônes, sans être mièvre, ne se complaît pas dans un déchaînement de violence : c’est sombre, jamais gore. Voilà pour ceux qui auraient des craintes pour leurs chères têtes blondes/brunes/rousses.
Enfin, grâces soient rendues au traducteur, Luc Rigoureau, je trouve Icônes très bien écrit. Il y a des beaux moments, et l’écriture ne s’égare jamais dans l’emphase, n’est jamais pompeuse, tout en étant très belle.
Icônes me semble donc une lecture hautement recommandable, et je lirai sans aucun doute le volume suivant, puisque, comme souvent, si j’ai bien compris, Icônes est prévu pour être une trilogie. Le deuxième volume sortira en anglais en juillet prochain (Idols).

Margaret Stohl, Icônes (Icons), Hachette/Black Moon, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Luc Rigoureau. Publication originale : 2013.