samedi 11 janvier 2020

Mictlán de Sébastien Rutés


Présentation éditeur
À l’approche des élections, le Gouverneur – candidat à sa propre réélection – tente de maquiller l’explosion de la criminalité. Les morgues de l’État débordent de corps anonymes que l’on escamote en les transférant dans un camion frigorifique. Le tombeau roulant est conduit, à travers le désert, par Vieux et Gros, deux hommes au passé sombre que tout oppose. Leur consigne est claire : le camion doit rester en mouvement. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans autre arrêt autorisé que pour les nécessaires pleins de carburant. Si les deux hommes dérogent à la règle, ils le savent, ils iront rejoindre la cargaison. Partageant la minuscule cabine, se relayant au volant, Vieux et Gros se dévoilent peu à peu l’un à l’autre dans la sécurité relative de leur dépendance mutuelle. La route, semée d’embûches, les conduira-t-elle au légendaire Mictlán, le lieu des morts où les défunts accèdent, enfin, à l’oubli?

Ce que j'en pense
Sébastien Rutés, dont j'avais beaucoup aimé le roman La vespasienne, s'empare à nouveau, mais dans un autre pays, bien lointain, d'un fait réel, un camion frigorifique abandonné avec à son bord 157 cadavres anonymes, dont le pouvoir ne savait plus quoi faire pour cause de morgues pleines (ha ha). Il en tire un argument criminel pour brosser un portrait au vitriol d'un pays livré à la violence des puissants, j'ai failli écrire à la puissance des violents. Ces forces deviennent allégoriques et sont désignées par des noms qui ne donnent aucune identité, seulement une fonction : le Commandant, le Gouverneur, le Patron (ce dernier pour Gros). La tragédie peut se déployer. Je sais que certains trouvent l'intrigue prévisible. Dans le roman noir, connaître d'avance l'issue, parfois livrée dans un premier chapitre (ce qui n'est pas le cas ici), ne m'a jamais empêchée d'embarquer et d'aimer. Ce qui nous tient ici, ce n'est pas l'issue de l'intrigue, car (SPOILER ALERT), la mort est au bout du chemin, c'est évident, pour Vieux et Gros. Comment pourrait-il en être autrement? Les forces en présence sont inégales, doux euphémisme... Face au pouvoir absolu que représente l'alliance corrompue du politique et de l'armée, il n'est aucune résistance possible. 
En revanche, ce que Rutés offre à ses deux personnages, les seuls qui soient incarnés physiquement, en dehors de quelques silhouettes fugitives, c'est la rédemption, et la rédemption ne vient pas seulement par la mort mais par les morts. C'est là que pour moi le roman prend toute sa force, et que l'écriture de l'auteur peut servir le propos, tragique et superbe à la fois. Les premières pages m'ont d'abord épatée, je l'avoue, par leur souffle. Rien de nouveau dans le procédé, saisir le monologue intérieur d'un personnage, mais quelle puissance ! La phrase, longue, très longue, s'enroule, claque, rebondit, et voilà, en quelques pages, Gros existe. Nul besoin de description, nulle caractérisation par la voix surplombante d'un narrateur. Gros est une voix (puis Vieux aussi), il est la voix de ceux qui sont les grands perdants de ce système qui broie les individus, les lance à toute vitesse dans une odyssée mortifère. Plus on avance dans le roman, plus ces voix, auxquelles s'ajouteront peu à peu celles des morts, prennent de force, et les moments de pure poésie se multiplient, quand la rédemption est en route, et que Gros et Vieux décident de résister aux injonctions. Je n'en dis pas plus, car même si l'on sait très vite que tout ça va mal se finir, je vous laisse découvrir le final, que j'ai trouvé déchirant. Ce que Sébastien Rutés fait, par la beauté de l'écriture, presque incantatoire à la fin, consiste tout simplement à rendre une voix à ceux qui en sont privés, à ceux qui ne sont que des anonymes parmi les 157 corps (et pour un peu, le roman faisait 157 pages). 

Sébastien Rutès, Mictlán, Gallimard La Noire, 2020.

jeudi 9 janvier 2020

Bilan 2019 avec retard + envies 2020

Je sais, je ne suis pas rapide... Comme je suis en retard et que personne n'attend plus ce genre de billet, je vais essayer de faire vite. 
En 2019, j'ai lu 116 livres (je ne compte pas les BD). Je trouve que ce n'est pas si mal, en tout cas je suis dans les chiffres habituels. Il y a eu en outre quelques abandons, mais pas tant que ça, je suis du genre obstiné. Il y a nombre de lectures dont je ne vous ai pas parlé, soit parce qu'elles ne m'ont pas plu (mais c'est finalement rare, je suis bon public), soit parce que je les ai faites pour le travail et que ce n'était pas de vrais choix. Cela n'empêche d'ailleurs pas les excellentes surprises. 
Vous l'avez compris, les fêtes ne sont pas synonymes pour moi de tablées familiales ni de fiestas, et de même que j'ai passé ma soirée du 31 à lire avec ravissement, je me suis amusée à faire quelques statistiques. #booknerd
Cela m'a réservé quelques surprises. Par exemples, les USA occupent moins de place dans mes lectures qu'auparavant avec 16 titres seulement. Ils sont devancés par l'Italie (18 titres): eh oui, de Camilleri à Varesi en passant par De Giovanni (et j'en passe), les auteurs italiens ont été très présents en 2019 pour moi, et il n'y a rien eu à jeter. Néanmoins, les lectures italiennes arrivent très loin derrière les lectures françaises (60 titres). Ensuite, ex-aequo, la Pologne et la Grande-Bretagne. Eh oui, la Pologne, grâce aux éditions Agullo. 
Si je synthétise un peu plus, 16 pays sont représentés dans mes lectures. La France arrive loin devant, mais si je raisonne différemment, eh bien disons que mes lectures sont très européennes: 93 sur 116 livres sont made in Europe. 
Deux éditeurs sont plus représentés que les autres : à égalité Rivages Noir et Agullo, suivis de la Série Noire (+ La Noire) et d'Equinox. Mais à ma grande surprise, Gallmeister n'est guère présent cette année, et je le regrette : va falloir que ça change!

Ainsi, mes souhaits pour 2020 : retourner davantage vers Gallmeister, trop délaissé cette année. Poursuivre pour Agullo et Rivages, mais aussi pour Seuil Cadre noir ou Equinox. Augmenter la part de la Série Noire et de la Noire, ainsi que de Joëlle Losfeld. Aller davantage vers Métailié. 

Et tant que j'y suis, mes envies dans les premières sorties de 2020:

- déjà en stock, couvés des yeux :


- en ligne de mire de manière prioritaire:


- mais d'autres titres me font de l'oeil:


Tout cela ne préjuge en rien de mes achats à venir (comme je vous ai dit, faut que je me calme en janvier), souvent imprévisibles!
Mais 2020 commence très bien... 



vendredi 3 janvier 2020

Sadorski et l'ange du péché de Romain Slocombe


Présentation éditeur
Paris, mars 1943. Une femme est arrêtée dans un bistrot du 10e arrondissement. Elle aurait franchi la ligne de démarcation munie de faux papiers, pour un trafic de métaux précieux. L’inspecteur principal adjoint Léon Sadorski voit dans cette enquête une parfaite occasion de s’enrichir. Mais il a d’autres soucis, notamment protéger Julie, la lycéenne juive réfugiée chez lui depuis la rafle du Vél’d’Hiv.
C’est alors qu’une affaire de lettre anonyme et d’adultère le conduit sur les plateaux du cinéma français de l’Occupation : parmi les jeunes actrices d’un drame tourné dans un couvent de dominicaines, l’inspecteur va rencontrer son « Ange du péché » et se transformer en criminel…


Ce que j'en pense

Encore un roman acheté à sa sortie et que je n'avais pas ouvert... Il faut dire qu'avec ses 700 pages, Sadorski et l'ange du péché était imposant. Je l'ai lu sans savoir que c'était le dernier volume d'une trilogie, je pensais que Slocombe allait mener son personnage jusqu'à la Libération, et je faisais déjà des hypothèses sur le devenir de cet abject spécimen. Mais passons, cela ne change rien à ma lecture. 
D'abord, ne soyez pas effrayé par les 700 pages. Elles passent comme une lettre à la poste, plus que dans le deuxième volume, je trouve. Le rythme est soutenu, peut-être parce qu'en 1943, même si la Libération est encore loin, les choses s'accélèrent: l'armée nazie connaît de nombreux revers, et son attitude dans la France occupée s'en ressent, et le régime pétainiste sent aussi le vent tourner. Pas de temps mort dans ce volume, que j'avais hâte de retrouver. 
Ensuite, attendez-vous à une lecture éprouvante, et c'est ce qui fait la force de l'écriture de Romain Slocombe. Il aborde cette période de manière précise, crue et bien sûr, comme toujours, très documentée (les précisions et références bibliographiques qui suivent le texte en témoignent). Je n'avais jamais rien lu, dans une fiction, d'aussi précis sur Drancy: c'est effroyable, évidemment, mais l'auteur fait aussi oeuvre de mémoire, et c'est salutaire. Je ne lis pas les témoignages, documents et autres ouvrages d'historiens, la fiction me permet en revanche d'avoir les idées en place sur cette période terrible. Par les temps qui courent, c'est une bonne chose. Je repensais à ce que dit Dominique Manotti, historienne et romancière : qui lit encore les historiens du XIXè siècle? plus grand-monde. Mais on lit encore les romanciers de l'époque. La fiction a cette puissance. 
Et l'on retrouve dans ce troisième volume l'horreur bureaucratique de la Collaboration, l'abjection policière, médicale (les médecins qui "repèrent" des juifs...), mais aussi ordinaire, avec cette passion française pour la délation. Rien n'est épargné au lecteur, surtout pas les scènes de torture dans les bureaux de la police française. Il y a plus, avec ce nazi qui évoque les camps d'extermination et les chambres à gaz, les fours crématoires. C'est insoutenable, c'est à lire absolument. 
Sadorski, dans son abjection, reste tristement humain, avec ses contradictions, ses appétits, ses élans fugitifs (et toujours intéressés) d'humanité.
Il y a des scènes déchirantes dans ce troisième volume, qui concernent les deux femmes que Sadorski veut "sauver". Je ne peux en dire plus mais Slocombe rend palpable l'horreur de la guerre (le bombardement sur l'hippodrome) et de la déportation (le convoi à Drancy). 
Je comprends que Slocombe en finisse avec cette série : éprouvante à lire, elle doit être ô combien terrible à écrire. Mais c'est l'une des oeuvres les plus fortes que j'aie lues sur l'Occupation. Certes on est loin d'un feel-good book, mais vous et moi, on ne lit pas seulement pour se faire du bien, n'est-ce pas? 

Romain Slocombe, Sadorski et l'ange du péché, Robert Laffont (La bête noire), 2018. 

jeudi 2 janvier 2020

Dry Bones de Craig Johnson


Présentation éditeur
La découverte d’un énorme T.rex parfaitement conservé est une excellente surprise pour le comté d’Absaroka. En revanche, la découverte du corps du rancher cheyenne Danny Lone Elk, propriétaire des terres où gît le dinosaure, est une sacrée mauvaise nouvelle pour le shérif du coin, Walt Longmire. D’autant que les ossements du monstre préféré d’Hollywood sont estimés à des millions de dollars, ce qui crée bien des complications juridiques. Lorsque le FBI s’en mêle, Walt a peu de temps pour découvrir à qui profite la mort de Danny. Il fait donc appel à ses fidèles amis, le vieux shérif Lucian Connally et l’infatigable Indien Henry Standing Bear, et se lance dans une poursuite périlleuse et imprévisible.

Ce que j'en pense
Je l'ai attendu avec impatience, ce nouveau Craig Johnson, je l'ai acheté dès sa sortie, mais je l'ai gardé précieusement, pour un moment où je serais à la fois disponible (rare ces derniers mois) et en quête d'un peu de douceur. Parce qu'on ne gâche pas une telle lecture. Il a donc fallu que j'attende Noël, que je n'aime guère, mais qui du même coup est synonyme de morosité ET de disponibilité. J'avais accumulé les lectures sombres, et c'était le moment pour retrouver Walt Longmire. 
Et c'est un très bon cru: j'ai passé un excellent moment. Au-delà de la structure désormais classique dans la série, il y a les thématiques chères à l'auteur, traitées sans manichéisme, sans simplisme, sans misérabilisme : les droits des Cheyennes sur leurs terres sont ici abordés à travers une intrigue solide, autour de la découverte d'un fossile de T-Rex, et d'un corps, celui du propriétaire des terres sur lesquelles ont été découverts les restes de la bestiole. Cela va attiser les convoitises, qu'elles soient financières ou non : certains représentants de l'Etat vont essayer de tirer leur épingle du jeu, jouant les paons devant les médias, imaginant pouvoir manipuler Walt (ha! ha! ha!). Il va leur en cuire. 
La nature, imposante, magnifique et effrayante, est bel et bien présente, et comme toujours, on trouve dans Dry Bones quelques beaux morceaux de bravoure, Longmire se retrouvant plus d'une fois en mauvaise posture face à des éléments déchainés. 
Ce volume réserve des surprises, dont je ne dirai rien pour préserver le plaisir de lecture, mais sachez que j'ai sursauté d'effroi, glacée par ce qui arrive à Walt et aux siens.
C'est qu'il y a aussi le plaisir de retrouver des personnages que l'on aime, qui sont désormais familiers au point que l'on croit les connaître "pour de vrai". On vibre pour eux, et Dry Bones à cet égard ne manque pas de force. Même dans les situations ordinaires, c'est un bonheur inouï de retrouver Walt, la Nation Cheyenne, et tous les autres. Les dialogues sont ciselés, et les situations offrent de beaux moments d'humour et d'émotion. Mention spéciale à ce bon vieux Lucian, que j'adore. 
En refermant le volume, je me suis dit que de nombreuses choses restaient en suspens, et aussi qu'il allait falloir faire preuve de patience jusqu'à la parution du prochain volume. Mais j'avais aussi le sourire aux lèvres, comme toujours quand je referme un Craig Johnson. 

Craig Johnson, Dry Bones (Dry Bones), Gallmeister, 2019. Traduit de l'anglais (USA) par Sophie Aslanides.

dimanche 22 décembre 2019

Lou après tout, tome 1, de Jérôme Leroy


Présentation de l'éditeur
Une odyssée pré- et postapocalyptique d’un réalisme extrême. Fascinant, remuant, vibrant.
Lorsque la civilisation s’est effondrée, le monde allait mal depuis longtemps. Bouleversements climatiques, émeutes, épidémies inquiétantes et dictatures... c’était un monde en bout de course, où l’on faisait semblant de vivre normalement. Le Grand Effondrement était inévitable, mais nul n’aurait pu imaginer ce qui allait suivre.
Quinze ans plus tard, Lou et Guillaume font partie des survivants. Elle est adolescente, lui a une trentaine d’années. Il l’a recueillie quand elle était toute petite. Réfugiés dans une ancienne villa perchée sur un mont des Flandres, ils savent que le danger peut surgir à tout instant.

Ce que j'en pense
Je suis embêtée. Mon avis est partagé sur ce premier tome. C'est que j'aime énormément les romans de Jérôme Leroy, son écriture, son ton, sa vision du monde. Un peu tard dans la saison est une de mes plus fortes lectures de ces dernières années. Et je dois le préciser aussi avant tout malentendu, je lirai le tome 2 de Lou après tout
Je vais donc commencer par ce que je n'ai pas aimé. Eh bien le récit en forme d'analepse, de flashback, de Guillaume, de sa prime enfance à la rencontre avec Lou (je ne précise pas davantage pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas lu le roman). J'ai trouvé ce récit un peu convenu, prévisible aussi, et... gonflant pour être franche. Je comprends l'intention, surtout pour un jeune lectorat (Lou après tout est à mettre entre les mains des minots dès 13 ans), mais pour l'adulte que je suis, le propos sur l'évolution politique, idéologique, technologique, était un peu lourd et démonstratif, les personnages aussi, les situations itou. Ce n'est que mon ressenti, hein, mais je n'ai retrouvé de l'intérêt qu'au moment où Guillaume rencontre Lou, donc à la fin. Je sais que ce n'est pas forcément ce que Jérôme Leroy a fait ou voulu faire, mais j'ai trouvé qu'il y avait un côté "roman à thèse" et ça m'a agacée et lassée à la fois. 
En revanche, le roman est bon dans son aspect roman d'aventures (apo et post-apo), je ne sais pas non plus si le terme convient, et j'ai aimé la noirceur, pas de concession, pas de facilité, on n'est pas là pour réconforter le lecteur, même s'il est jeune. Je trouve cela réussi et j'ai envie de savoir ce qui arrivera ensuite à Lou. Je suis heureuse qu'il ait fait ce qu'il a fait de Guillaume, ça nous évite des facilités romanesques qui auraient été, il faut le dire, embarrassantes... 
Et puis il faut saluer la singularité de la démarche de Jérôme Leroy. Il n'est pas de ceux qui scindent complètement leur oeuvre, les romans pour les adultes d'un côté, ceux pour la jeunesse de l'autre. Depuis quelques années, il tisse des liens, construit une oeuvre cohérente, avec en perspective la Douceur, que l'on retrouvera, j'en suis certaine, dans le dernier tome de Lou après tout. 
Donc n'oubliez pas : mes réserves sont sans doute liées à ma vision d'adulte, et elles me sont sans doute propres. 

Jérôme Leroy, Lou après tout, tome 1: Le Grand Effondrement, Syros, 2019.

Edit du 24 décembre : j'ai enchaîné avec le tome 2, sur lequel je n'ai aucune réserve. Difficile à lâcher, riche en surprises, il permet de suivre Lou dans la Communauté, et Jérôme Leroy déjoue les attentes, refuse les facilités. Vivement le tome 3!



samedi 14 décembre 2019

Les Brigades du Steam d'Etienne Barillier et de Cécile Duquenne


Présentation éditeur
1910. Un mystérieux complot frappe la France en plein cœur.  Solange Chardon de Tonnerre, l'un des meilleurs éléments de la treizième Brigade mobile d'Aix-en-Provence, perd un ami et un bras. En convalescence dans une clinique secrète, elle doit affronter les fantômes du passé comme les assassins du présent. Auguste Genovesi, jeune recrue et nouveau coéquipier, se retrouve plongé avec elle dans une infernale course contre la montre... un véritable bras de fer entre la France et la Prusse.
L'honneur du pays et sa raison d'être sont en jeu. Heureusement, les deux agents peuvent compter sur les prodiges de la science pour affronter les manigances de l'ennemi, ainsi que sur le soutien du Tigre lui-même : Clemenceau... 


Ce que j'en pense
Je n'avais rien lu de Cécile Duquenne jusqu'à ce jour et pourtant, Les Foulards rouges sont dans mon stock depuis longtemps. Etienne Barillier est LE spécialiste en France du steampunk, et il a aussi publié sur Philip K. Dick et sur Fantômas : j'étais donc ravie de le découvrir en auteur de fiction. 
Et diantre! je me suis régalée avec Les Brigades du Steam, roman steampunk et hommage talentueux à la littérature populaire. J'ai aimé que l'action se déroule à Aix-en-Provence, ça nous change d'une capitale déjà vue de nombreuses fois dans des uchronies ou des romans steampunk. C'est une lecture jubilatoire de bout en bout, encore plus pour qui a fréquenté les romanciers populaires du XIXè siècle et de la Belle Epoque, et pour qui a biberonné aux Brigades du Tigre, grand souvenir télévisuel de mon enfance. Les clins d'oeil sont nombreux à toute cette culture populaire, maniée avec humour et révérence. Quant aux personnages, je les ai adoptés très vite, Auguste et ses maladresses de novice, Solange et son fichu caractère et son côté super-héroïne (en vérité, humaine augmentée, comme on dit). Mais il y a tous les personnages secondaires, qui nous remettent la Commune en tête, l'atmosphère des cafés, et jusqu'au Tigre lui-même! L'action est sans temps mort, ça claque, ça captive son lecteur, qui en redemande. Car oui, je n'espère qu'une chose : retrouver Auguste et Solange dans de nouvelles aventures (avec la voiture du Tigre, hein?). 

Etienne Barillier et Cécile Duquenne, Les Brigades du Steam, ActuSF Editions, 2019. 


lundi 9 décembre 2019

Mon florilège 2019

Image empruntée ici

Alors d'abord entendons-nous bien : mon florilège n'engage que moi, il est subjectif et assumé comme tel, et je ne fais ni distinction ni préférence entre ce qui est du polar, du roman noir ou du roman. Donc ne venez pas me chercher des poux dans la tête avec ça, je vous livre simplement les titres que j'ai lus en 2019 (la plupart parus en 2019 mais certains sortis avant, là aussi, ne venez pas m'enquiquiner) et qui m'ont secouée, ravie, enchantée, bouleversée. 
Allez c'est parti (aucun classement dans ce qui suit).

Les parutions 2019:  
1° Frédéric Paulin, (La guerre est une ruse) Prémices de la chute, Agullo, 2019.
Le choc de l'année, je crois bien, les deux premiers volumes d'un ensemble qui en comptera trois, lus quasiment d'affilée. La puissance de l'écriture et de la vision, alliée à un sens du romanesque incroyable. 

2° Pia Petersen, Paradigma, Equinox, 2019.
Une autre claque de l'année, une vision terrifiante et superbe à la fois : quand le roman noir entre en résonance avec l'actualité sociale, et même si on déplace le propos géographiquement, on reste pantois. C'est un des plus beaux romans noirs que j'aie lus, et pas seulement en 2019.

3° Tiffany McDaniel, L’été où tout a fondu, Joëlle Losfeld, 2019.
Le roman que j'ai le plus conseillé aux abords de l'été, quand les gens me demandaient une idée de lecture pour les vacances. 😈 Z'ont pas dû être déçus, côté lecture de plage... Mais hé ho! je suis pas là pour vous conseiller des lectures mignonnes, faut demander ça à quelqu'un d'autre. 

4° Ernesto Mallo, La conspiration des médiocres, Rivages/Noir, 2019.
Comme la vie est bizarre. A sa sortie, j'avais boudé le premier roman de Mallo paru en France chez Rivages Noir, et sur la foi d'un billet de Jean-Marc Laherrère, j'ai foncé sur celui-ci, une sorte de prequel. Et bon sang de bonsoir, quelle lecture! Ernesto Mallo allie la noirceur sociale et politique à l'émotion romanesque, on en sort pantelant... J'ai aussitôt lu le premier volume, que j'ai cette fois aimé, et je compte bien poursuivre. 

5° Ron Rash, Un silence brutal, Gallimard La Noire, 2019.
Ron Rash n'était pas une découverte mais une confirmation, et de taille. Un silence brutal est une merveille, où l'on retrouve un Ron Rash en grande forme : évocation de la nature, des relations sociales, poésie, tout y est. 

6° Arpad Soltesz, Il était une fois dans l’est, Agullo, 2019.
Encore une claque, pour la rentrée littéraire cette fois. Une plongée dans la noirceur d'un pays pas vraiment libéré de ses démons, une écriture sans concession qui happe pour ne plus vous lâcher jusqu'au bout, une virtuosité dans la construction... 

7° Jordi Ledesma, Ce que la mort nous laisse, Asphalte, 2019. 
Je repense à ce roman, plusieurs semaines après sa lecture. J'y repense pour l'intrigue, ses tragédies, ses drames absurdes, j'y repense pour les atmosphères, si fortes et sombres, pour ce mélange de lumière et de noirceur, j'y repense pour l'écriture... 

8° Franck Bouysse, Né d'aucune femme, La Manufacture de Livres, 2019. 
Ouais bon, pas original mais que voulez-vous, je ne vais pas prétendre à l'originalité juste par principe. Ce fut une sacrée expérience de lecture que ce roman, un éblouissement face à des personnages féminins somptueux et déchirants, avec une écriture d'une justesse et d'une poésie renversantes.

9° Joe Meno, La crête des damnés, Agullo, 2019. 
Une madeleine au goût amer, un portrait sur le vif d'une génération ou d'une certaine jeunesse, et toujours l'écriture solaire de Joe Meno, qui illumine même la plus profonde noirceur. 

10° Caryl Ferey, Paz, Gallimard Série Noire, 2019.
Le retour d'un Caryl Ferey noir à souhait, qui parle d'un pays qu'il connaît bien. Dès le début on est mis au parfum, et ça ne sent pas la rose. C'est brutal, c'est noir, c'est tragique, j'adore.

Punaise que c'est dur d'extraire 10 livres d'une année 2019 si riche... Pardon pour tous ceux qui ne sont pas là, dans cette sélection, et qui pourraient y être... 

Et deux rattrapages...
Maurizio De Giovanni chez Rivages Noir pour le commissaire Ricciardi, une splendeur dont je continue à me délecter puisque je viens de commencer Le Noël du Commissaire Ricciardi. 



Villiam Klimacek, Bratislava 69, été brûlant, Agullo, 2018.
Une merveille que ce roman, dont je sais que je le relirai et que je continuerai à l'offrir. Ce qui me vient à l'esprit plusieurs mois après ma lecture, c'est le mélange d'humanité et de tendresse, en dépit des souffrances infligées par une période difficile de l'Histoire.

Voilà! Il y aura peut-être d'autres lectures somptueuses en 2019, mais dans ce cas je modifierai mon billet, et j'ajouterai...