Présentation
Le héros est Furgul : c’est un chien.
Pas n’importe quel chien : le fils de l’extraordinaire Keeva, lévrier
à la rapidité incomparable, et d’Argal, légende parmi les chiens, chien libre et
hors du commun. Mais Furgul, comme sa mère, est prisonnier d'ignobles humains, qui
les maltraitent et les font concourir dans des courses de chiens qui leur
rapportent beaucoup d’argent. Mais Furgul n’aura même pas cette destinée, lui
qui n’est pas un pur lévrier : il est condamné à mort par sa naissance
impure. C’est pourquoi sa mère lui enjoint de s’enfuir. C’est cette périlleuse
conquête de la liberté qui nous est relatée.
Mon
avis
Je n’ai pas lu les polars de Tim Willocks,
et je n’aurais sans doute pas eu l’envie de lire ce roman sans l’excellente
libraire du rayon jeunesse de ma librairie favorite. A priori, pas envie de
lire des histoires de chiens… Je n’attendais rien, j’étais simplement curieuse,
d’autant que la libraire m’avait dit être aussi peu convaincue que je l’étais
avant de se laisser happer par le roman. Eh bien j’ai subi le même sort !
C’est un roman atypique, qui réussit à nous faire adhérer à… la personnalité
canine (si je puis dire !), à nous la rendre compréhensible sans pour
autant en faire des « hommes à quatre pattes ». Non, ce sont bien des
chiens, et Tim Willocks nous fait penser chien, parler chien, observer le monde
avec des yeux de chien. C’est étonnant, mais ça marche ! Prodige de
l’écriture… On y croit, donc, et on vibre, on s’émeut. Le récit est sombre
(c’est Tim Willocks, pas le rigolo du coin), il y a des moments assez durs et
violents (l’élevage de lévriers, l’échappée de Furgul et de ses sœurs, le
chenil), mais il y a aussi des moments drôles, plutôt vers la fin du roman. Je
pense en particulier à l’inénarrable paire de schnauzers, Cogg et Baz,
sortes de Dupont et Dupond canins, qui m’ont fait hurler de rire. Le récit est
remarquablement bien écrit (et donc traduit), très bien construit, et Tim
Willocks sait rythmer son récit, de sorte qu’on a du mal à lâcher le bouquin…
Pour
qui ?
Doglands montre à quel point la frontière est
fragile entre littérature pour adolescents et littérature pour adultes. Côté
adolescents, attention, le roman est sombre, je le disais, et comporte des
scènes qui, sans être trash, pourront sembler trop dures à des âmes trop
tendres. Le roman reste assez sombre, même s’il n’a rien de désespérant. Les
lecteurs adultes y trouveront aussi leur compte : les lecteurs de Tim
Willocks, et les autres (je le répète, je n’avais rien lu de l’auteur
auparavant). C’est fort, tragique, poétique et beau : et ça, quel que soit
l’âge, on aime, non ?
Le
mot de la fin
Tim Willocks, Doglands (Doglands),
Syros, 2012 (16,90 €). Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand.
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