jeudi 10 janvier 2013

La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis de Francis Dannemark



Présentation (quatrième de couverture)
Chaque mercredi soir, qu'il neige ou qu'il vente, Max accueille dans sa maison huit femmes et son vieil ami Jean-François, grand amateur de comédies de l'âge d'or du cinéma américain et animateur passionné de leur ciné-club. Leur bonheur ? Se laisser emporter ensemble par la magie de ces films qui rendent plus léger le cours des jours. Mais aussi parler, et de quoi sinon de l'amour, qui leur a parfois joué des tours amers, mais dont ils attendent, sans trop oser le dire, et parfois même sans le savoir, le grand retour. Les semaines passent et Max s'inquiète : pourra-t-il conserver cette vieille maison pleine de charme mais dont il est incapable de payer les réparations qui s'imposent ? Et qui est Felisa, la dernière venue du groupe ? Une folle ou une fée ? Toujours est-il que, peu à peu, tandis que l'on se dirige vers l'été, la vie de chacun va changer de couleur.

Mon avis
Je suis très partagée et ne saurais dire ce qui, du positif ou du négatif, l’emporte (enfin, si, c'est le négatif). Cependant, comme le livre a sur moi un effet secondaire que je juge très positif, je vais commencer par ce que je n’ai pas aimé pour terminer sur ce qui m’a plu.
Je le dis tout net : je ne trouve pas ce roman très bien écrit ; il y a à mes yeux des maladresses dans l’écriture, une forme d’affectation dans le style, des phrases qui m’ont semblé terriblement scolaires, lourdes, sans parler de certains dialogues qui manquent de naturel. Rien cependant qui m’ait fait tomber le livre des mains…
Le roman ne m’a pas embarquée comme je l’aurais cru, à cause de ses personnages ; ils me sont restés étrangers, indifférents, aucun ne m’était particulièrement sympathique – ni antipathiques – et je n’ai pas réussi à m’identifier. Je comprends le parti-pris pour ainsi dire anti-romanesque, ou anti-héroïque, mais dans ce cas précis, je ne le goûte pas. Pire, j’ai trouvé certaines pages très prévisibles, certains personnages assez convenus. Je n’ai pas été émue une seule fois.
Enfin, et c’est là bien sujectif, j’en conviens, je ne crois pas un instant à cette histoire enchantée, à ces personnages débordant de gentillesse, à cette générosité constante. C’est subjectif et sans doute un tantinet de mauvaise foi, car j’admets les mêmes éléments – je vais développer – dans de nombreux films, mais en littérature, ça coince un peu…
Vous savez, il y a au cinéma ce qu’on appelle des « feel-good movies », ces films qui font qu’on ressort de la projection avec un grand sourire, le cœur léger. L’étiquette est récente (et assez horrible, non ? genre anti-dépresseur sur pellicule) mais finalement, elle me semble assez bien correspondre à nombre de comédies américaines de l’âge d’or. Je pense par exemple à ces films qu’on range dans la case « contes de Noël », ou aux comédies romantiques, pour prendre un exemple plus contemporain. Bref, ces films ont un effet magique sur l’humeur, quitte à s’affranchir quelque peu du réalisme, voire en sombrant joyeusement dans une invraisemblance que le spectateur ravi pardonne sans hésiter. Il y a un peu de cela dans l’univers de Francis Dannemark, et c’est en cela qu’il rejoint, à mon sens, la cohorte de ces romanciers qui ont connu un grand succès et qui font du bien : Anna Gavalda est le premier nom qui me vient à l’esprit, Katherine Pancol en est un autre. Ces fictions consolatoires nous rassurent, réenchantent un monde dur, mettent en avant des valeurs positives qui permettent de surmonter les pires difficultés. Ce roman de Francis Dannemark est dans cette veine-là, et croyez-moi, j’aurais aimé aimer, j’aurais voulu me laisser prendre. Mais je suis restée complètement en dehors, et les invraisemblances, certes délibérées, m’ont irritée : le sommet a été atteint (attention spoiler !) avec cet entrepreneur généreux qui, comme par miracle, rénove la maison de fond en comble pour trois fois rien, parce qu’il se sent redevable envers l’un des personnages… Le pire, j’en suis consciente, c’est que j’admets de trucs bien plus invraisemblables dans des romans jeunesse (cf. Café givré) ou au cinéma (Frank Capra, si tu m’entends…) mais là, rien à faire.

Comment se fait-il que je sois allée au bout ? 
Parce que j'avais envie de ce rythme lent.
Parce que le roman se passe à Bruxelles: c'est peu perceptible, certes, mais comme j'y ai passé quelques jours au détour du jour de l'An, ça m'a fait plaisir. 
Parce que le roman est aussi un hommage à ce cinéma qui fait du bien, au cinéma tout court. Les personnages se rassemblent chaque semaine dans la maison et regardent un film soigneusement choisi par un cinéphile passionné. Le roman évoque donc une multitude de films, cela donne envie de passer ses journées à regarder des DVD… C’est un merveilleux effet de ce roman : j’ai envie de voir ou revoir des tas de films, pas forcément ceux qui sont dans le roman et dont le romancier donne la liste à la fin. J’ai repensé à mes jeunes années, durant lesquelles je suis beaucoup allée au cinéma, ces années passées à enregistrer des films à la télévision (et à me ruiner en cassettes VHS). Je me suis souvenue des ces heures passées, seule ou non, à regarder des œuvres immenses ou mineures, en oubliant tout, émerveillée, émue. Même si le temps me manque, je suis ressortie de ce roman avec la ferme intention de reprendre des habitudes en la matière, peut-être pas au cinéma (les contraintes horaires ne sont pas compatibles avec mon travail et la fatigue qu’il engendre) mais du côté des DVD. Et ça, ce n’est pas si mal, non ?

Pour qui ?
Pour des gens moins cyniques que moi, peut-être.

L’avis très positif d’Armalite, qui m’a donné envie de lire le roman, est ici.

Francis Dannemark, La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis, Robert Laffont, 2012.


lundi 7 janvier 2013

Fantômes de Maïté Bernard



Présentation
Un couple se marie dans le sud de la France, au comble du bonheur. Au petit matin, le marié s’est volatilisé avec toutes ses affaires. L’épouse délaissée va tenter de comprendre ce qui s’est passé : peu à peu les fantômes errants d’une guerre qui ne disait pas son nom surgissent.

Mon avis
J’ai trouvé ce roman un peu par hasard, au gré de mes pérégrinations bruxelloises de ces derniers jours. Je connaissais Maïté Bernard pour son Ava préfère les fantômes, mais s’il est ici question de Fantômes aussi, ils sont d’un genre bien différent.
Il n’est pas si rare que le roman noir français se tourne vers le passé, avec pour point d’ancrage le présent, et les périodes « préférées » des romanciers sont l’Occupation et la guerre d’Algérie. Concernant cette dernière, il est difficile de faire aussi fort que Didier Daeninckx et son Meurtres pour mémoire, qui éclipse parfois d’autres romans, très forts aussi. Quoi qu’il en soit, Maïté Bernard ne me semble pas avoir le même but que Daeninckx, qui faisait réellement œuvre de mémoire en portant à l’attention du grand public des faits que l’Etat français et l’Histoire officielle auraient préféré taire. Cependant, comme d’autres polareux qui ont travaillé sur ces périodes troubles où tous les protagonistes ont intérêt à garder des secrets, elle nous montre une guerre qui ne dit pas son nom, des acteurs qui s’opposent mais dont la trajectoire aurait pu être différente, des salauds qui ne sont pas si éloignés des « héros », des faits troublants. Les retournements même de l’intrigue sont au service de ce regard sur l’Histoire : les choses, les faits, les gens ne sont pas toujours ce qu’ils semblaient être de prime abord, et les certitudes des uns et des autres vacillent, parce qu’il n’est rien de plus complexe que le cours de l’Histoire, parce que les choix que l’on fait dans ces circonstances sont toujours douloureux et difficiles, parce que les idées – et les idéaux – ne résistent pas toujours à l’épreuve des faits. 
J’avoue ne pas avoir été convaincue par la totalité du roman, par le caractère quelque peu rocambolesque et précipité des événements qui se déroulent à l’époque contemporaine, mais cela n’a pas suffi à gâcher mon plaisir. Le début du roman est particulièrement réussi, Maïté Bernard parvient à instaurer d’emblée une tension narrative très forte. J’aime aussi son écriture, à la fois nerveuse et légère. Cela tient sans doute beaucoup à son héroïne, jeune femme d’une sensualité redoutable et soudainement fragilisée par la perte qu’elle subit et qu’elle ne comprend pas. Le point de vue est résolument féminin : le roman a été publié à une époque où la Série Noire, sous la houlette de Patrick Raynal, s’ouvrait aux femmes, ce qui nous a valu quelques belles découvertes.
Bref, j’ai aimé Fantômes, court roman qui se dévore d’une traite.

Pour qui ?
Pour les amateurs de romans noirs qui fouillent les sales dessous de l’Histoire.

Maïté Bernard, Fantômes, Gallimard/Série Noire, 2002.

vendredi 4 janvier 2013

Le Hobbit: Un voyage inattendu de Peter Jackson



Bon. J’ai vu le premier volet du Hobbit. (là, vous sentez que ça commence mal)
Je n’en avais pas envie, n’ayant pas lu le roman et n’ayant pas d’appétit particulier pour ce type de récit. Mon cher et tendre souhaitait le voir, et j’avais initialement prévu d’aller voir un autre film pendant ce temps. Mais notre Hobbit durant 2h50, la séance était « désynchronisée » des autres séances, et sauf à attendre une heure, pas moyen de voir autre chose (le cinéma ne projetait plus le dernier James Bond, quelle honte !). Je me suis laissée convaincre, après tout je n’avais pas d’envie frénétique de voir John Carter et j’avais passé un excellent moment.

Je n’ai pas d’avis sur l’adaptation en elle-même, n’ayant pas lu le roman (je vous dirai plus bas ce qu’en pense mon cher et tendre). Je me demandais comment on pouvait faire trois films – sans doute de trois heures chacun – d’un roman d’une longueur moyenne.

Comment dire ça ? Désolée pour ceux qui aiment, mais il n’y a pas cinquante manières de le dire.
J’ai détesté. Je me suis ennuyée comme rarement. A dire vrai, la dernière fois que je me suis autant ennuyée pendant un film, c’était devant Rambo 2, en 1985, alors que j’étais adolescente (sortie entre copains, et j’ai bien failli m’endormir).

Le titre est mensonger : rien d’inattendu dans ce voyage, bien au contraire…

J’ai trouvé le début (Bilbo âgé avec Frodon) ridicule et inutile. L’introduction qui met en place les éléments expliquant la quête est tout aussi inutile, pour ne pas dire contre-productive. Pour quelqu’un qui ne connaît pas l’argument – moi, donc – c’est un récit trop touffu, presque confus. Je me serais volontiers contentée d’avoir des éléments d’explication plus tard et/ou au fur et à mesure. Dans ce long début, on oscille entre trois époques, et selon moi, tout ça manque sacrément de fluidité.

Le tout est à la fois totalement mou et complètement hystérique, et certains faits sont effleurés, ou incompréhensibles. Ainsi, au début (si je puis dire pour un film d’une telle durée), Bilbo subit les nains toute la soirée, décline leur invitation à se joindre à eux, et à son réveil, il découvre, ravi, qu’ils ont quitté la maison. L’image d’après, il prend son baluchon et court les rejoindre. WTF ?! Surtout ne prenez pas la peine, messieurs les scénaristes, (c’est sûr, vous manquez de temps) de poser le personnage, dans sa double ascendance et sa double aspiration – au calme de la vie sédentaire et à une vie d’aventures, préférez l’incohérence, c’est tellement mieux !

Pour le reste, c’est à mon sens une succession de combats répétitifs et sans intérêt. Au bout d’un moment, je me disais : « allez, c’est reparti pour 5 minutes d’hystérie avec des trolls/gobelins/orques ». Je n’ai rien contre les scènes de combat mais celles-ci m’ont barbée pour deux raisons essentiellement : la surenchère technique finit par tourner à vide, il s’agit de faire toujours plus spectaculaire, toujours plus fort (pour la 3D notamment), mais au lieu de donner un souffle épique à ces scènes, Peter Jackson les rend simplement pompeuses (et je ne parle pas de la musique, pénible). Je n’ai vibré qu’une seule fois, lors du sauvetage final par les aigles : quelques minutes sur 170, croyez-moi, c’est peu. Surtout, les scènes de combat m’ont souvent semblé confuses : on ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe, faute de voir, on enchaîne les gros plans très rapides, ni vu ni connu je t’embrouille. Cela me fait penser à certaines comédies musicales récentes où l’on pallie le manque de métier des acteurs (en matière de danse) par un cadrage serré et un montage rapide. La seule autre scène que j’ai aimée est celle du Gollum : je la trouve superbe et très bien faite.

Deux autres choses qui m’ont horripilée : 1° l’humour lourdingue et bâclé. TRES lourdingue pendant le repas initial chez Bilbo, je ne peux croire que les nains de Tolkien soient aussi cradingues et mal dégrossis. TRES bâclé pendant la scène où Bilbo berne les trolls. 2° Ce qui m’amène à l’autre truc horripilant : Gandalf et ses interventions providentielles. Je ne doute pas qu’il joue ce rôle dans le roman (je n’en sais rien, en fait), mais dans le film, il y a un côté « deus ex machina » que je trouve peu subtil car systématique. Dans la scène que je viens de mentionner, par exemple, Bilbo n’a pas le temps de bien déployer sa ruse – Bilbo n’est pas un guerrier, au départ, mais il est rusé et maîtrise le verbe – pour se jouer des trolls, hop ! Gandalf arrive, fend la montagne pour que le jour pétrifie les trolls, et zou ! en avant vers de nouvelles aventures… Pas assez spectaculaire sans doute, Bilbo roulant les trolls dans la farine par la tchatche.

En tout cas, au bout d’une heure, j’ai eu le tort de regarder l’heure et j’ai eu un grand moment de désespoir en voyant le temps s’écouler si lentement.

Pour trouver une ultime note positive, je dirais que l’ensemble est très bien interprété, avec mention spéciale pour Martin Freeman (of course !), Hugo Weaving et l’immense Christopher Lee, dans une scène seulement mais Christopher Lee, quoi !

Ah ! j’allais oublier. Mon cher et tendre est ressorti de là consterné, ajoutant à mes griefs que ce n’était pas, selon lui, une bonne adaptation, en dépit de sa relative fidélité au roman de Tolkien.

Pour ma part, je lirai peut-être un jour le roman, mais il ne faut pas compter sur moi pour supporter les deux autres volets cinématographiques. C’est le dernier film que j’ai vu en 2012 : c’est triste, non ?

Je sais, je sais, certains vont me maudire, tous ceux qui ont aimé le film. Je suis la plupart du temps très bon public. Je revendique donc le droit, de temps en temps, de détester ce que tout le monde aime. Promis, je n’en ferai pas une habitude. Ne soyez pas trop méchants avec moi dans les commentaires, «my precious»… ;-)

 Le Hobbit: Un voyage inattendu (The Hobbit: An Unexpected Journey), film réalisé par Peter Jackson, production MGM, 2012.

mardi 1 janvier 2013

Bonne année 2013!!!!




Je vous souhaite à tous une très belle année 2013 : que cette année qui commence vous apporte joie, sérénité, et qu’elle vous permette de faire de belles découvertes littéraires !

J’aime cette image du Japon et de ses cerisiers en fleur : pour un peu on pourrait croire que ces arbres sont enneigés. Surtout, j’aime l’idée printanière qu’ils suggèrent…. Eh oui ! Lorsqu’arrive le 1er janvier, je songe à l’année nouvelle, au printemps qui arrive (et qui se fait souvent attendre), aux beaux jours… Tout recommence!

Et je ne résiste pas à cette belle œuvre nommée Babel, de l’artiste Jakob Gautel, actuellement visible à l’exposition Babel, au Palais des Beaux-Arts à Lille. Même si je déforme le propos de l’artiste (et de Babel), je me plais à imaginer ma PAL ainsi…



TRES BONNE ANNEE A TOUS !!!!