Présentation
En 2006, la BBC propose au public britannique une adaptation en quatre
épisodes d’environ 50 minutes chacun de Jane
Eyre, chef-d’œuvre de Charlotte Brontë maintes fois adapté sur les écrans.
Faut-il encore présenter les aventures de cette jeune héroïne?
Orpheline rejetée par sa tante qui l’envoie dans une école dont les conditions
de vie sont si dures que les fillettes y tombent comme des mouches, elle sera
éduquée pour devenir institutrice (ou gouvernante) et sera placée à Thornfield
Hall, chez Sir Rochester, pour éduquer la fillette française qu’il a ramenée,
bébé, de Paris, enfant d’une maîtresse parisienne, ballerine aux mœurs légères.
La suite, tout le monde la connaît, je crois : amours contrariées,
terribles secrets, folie destructrice, expiation et rédemption…
Mon avis
Le film sorti sur grand écran cet été m’a donné furieusement envie de
relire Jane Eyre, mais j’ai
finalement raté le film sans avoir le courage de relire le roman dans l’édition
de poche dont je dispose, aux caractères minuscules et bien tassés sur la page.
Le billet de Brize m’a pourtant confortée dans l’idée de replonger dans ce
récit dévoré pour la première fois alors que j’avais 13 ou 14 ans. On imagine
quel effet a ce roman quand on le lit à cet âge-là : j’ai gardé un
souvenir puissant des amours entre Jane et le ténébreux Rochester mais aussi
des très jeunes années de l’orpheline. Comme j’ai pleuré à la mort
d’Helen !
Quoi qu’il en soit, Brize m’a appris qu’Arte s’apprêtait à diffuser une
mini-série britannique, adaptation de Jane
Eyre par la BBC, datant de 2006. Je ne saurais dire si c’était la première
diffusion en France, mais peu importe : rendez-vous était pris.
Il m’est un peu difficile de juger précisément la qualité de
l’adaptation, car je n’ai pas le récit en tête dans les moindres détails, mais
il m’a semblé que c’était une version fidèle dans le scénario au roman de Charlotte
Brontë.
Je précise d’emblée quelles sont mes réserves, comme ça ce sera fait et
ce n’est pas l’essentiel…
Tout d’abord, et c’est sans doute injuste parce que cela relève du
ressenti, j’ai trouvé que le premier épisode passait un peu vite sur l’enfance
de Jane, sur les mauvais traitements dont elle est victime lorsqu’elle habite
chez sa tante : on voit bien la violence de la tante, le mépris de ses
cousines, mais dans mon souvenir, son cousin est également terrible avec
elle ; de même, on passe rapidement sur la dureté de l’école, et tout va
très (trop) vite, l’amitié avec Helen, le virage que prendra l’école après
l’hécatombe (très bien rendue par l’amoncellement de petits cercueils) pour
devenir une institution moins dure et plus formatrice. Cependant, je comprends
bien que là n’est pas l’essentiel (même si à mon avis c’est là que se forge le
caractère du personnage), et que je tiens à cette partie du roman parce que
j’en ai gardé un souvenir très fort émotionnellement… Le fait est que, dans le
roman, cela n’occupe pas tant de pages que cela…
Ensuite, je trouve également que l’idylle avec Rochester se noue trop
vite : c’est à la fois lié à la rapidité du scénario et au caractère à mon sens
trop immédiatement séduisant de ce Rochester-là. D’une part Toby Stephens, qui
l’incarne, est tout de même bien charmant, d’autre part il est moins rude et
caractériel que le Rochester original et noue très vite une relation de
complicité voire, par instants, de badinage avec Jane.
Reste l’immense plaisir que j’ai eu à regarder cette série, à retrouver
les personnages et le romanesque échevelé du roman de Charlotte Brontë. Avec le
recul, c’est-à-dire mon expérience de lectrice, j’ai été frappée de cela, de
l’utilisation de motifs romanesques maintes fois repris depuis, jusqu’à en
devenir de vrais clichés parfois, notamment sous des plumes médiocres. Mais là,
quel plaisir !
En dépit des réserves énoncées ci-dessus, j’ai trouvé le scénario bien
fichu, le découpage en quatre épisodes adéquat pour rythmer la narration. Les
quelques modifications que j’ai pu repérer (par exemple sur les séquelles de
l’incendie final chez Rochester, ou sur l’affection inconditionnelle que porte
Jane à la jeune Adèle) ne m’ont pas semblé gênantes. Par ailleurs, il y a un
beau travail sur la photographie, sur le choix des décors, des lumières, avec
des images d’une grande beauté. J’ai parfois regretté qu’on ne donne pas un caractère
plus gothique à l’atmosphère de certaines scènes, mais cela aurait peut-être
été malvenu. Le casting est très bien fait car il correspond à l’inflexion
que donne, selon moi, la série à l’histoire et aux personnages. Là où, dans mon
souvenir (mais était-ce l’effet de mes 13 ans ?), le roman reste tout de
même très chaste, la série insuffle une bonne dose de sensualité et de tension
sexuelle aux amours de Jane et de Rochester. Peut-être est-ce un effet du
casting : Toby Stephens est, je le disais, un très séduisant Rochester, et
Ruth Wilson amène à Jane un frémissement permanent : le désir est palpable
entre ces deux-là. Si certaines scènes ont choqué à l’époque de la parution du
roman (le moment où Rochester embrasse Jane, ou bien celui où il la prend sur
ses genoux), une dose de sensualité semble bien plus évidente aujourd’hui. Une
dernière chose : j’ai apprécié que le scénario parvienne, par la seule
force des scènes et des dialogues, à restituer ce que l’on considère comme la
dimension féministe et le propos social de Jane
Eyre…
Il est certain que je relirai un de ces jours le roman : j’ai
envie de me replonger dans l’univers de Charlotte Brontë (et je referais bien
un petit tour du côté de chez sa sœur, en relisant aussi Les Hauts de Hurlevent, tiens !), et puis j’aimerais voir si
certaines parentés, qui m’ont frappée en regardant la série, sont liées au
roman lui-même ou à l’adaptation. Je m’explique : certaines scènes,
certains personnages, certaines images m’ont fait penser à Tess d’Urberville, en tout cas à son adaptation par Roman Polanski
(là encore, la lecture du roman de Thomas Hardy est trop ancienne pour que je
sois péremptoire) : le côté un peu bigot de St. John m’a fait penser à
l’époux à la moralité si rigide de Tess (Angel), tout comme l’ensemble de
l’épisode où Jane a fui Thornfield Hall. Plus précisément encore, les images où
Jane erre (Jane Eyre/Jane erre, suis-je drôle…) dans les landes et où on la
voit couchée sur les pierres monumentales m’ont fait penser au moment où Tess
se réfugie sur le site de Stonehenge en attendant qu’on vienne l’arrêter.
J’enfonce des portes ouvertes, sans doute, en remarquant ces similitudes, mais
lorsque j’ai lu Jane Eyre à 13-14
ans, puis Tess vers 18 ans, je n’ai
pas fait ces rapprochements. Il y a pire : en lisant, lorsque j’étais
étudiante, Rebecca de Daphné du
Maurier, je n’ai pas vu à quel point le récit était proche de Jane Eyre : l’épouse enfermée, la
servante/gouvernante inquiétante, le feu, etc… C’est d’ailleurs probablement
l’influence du film d’Hitchcock (que je trouve magnifique) qui me fait
regretter que le Jane Eyre de 2006 ne
travaille pas davantage l’atmosphère gothique… Ah ! il faudrait que je
relise aussi Rebecca, tiens !
Bref, non seulement j’ai pris un immense plaisir à regarder cette série,
mais elle m’a donné envie de lire, au-delà de Jane Eyre ! J’ai hâte de savoir ce que Brize en a pensé,
puisqu’elle vient de relire le roman. Et vous qui avez regardé, avez-vous
aimé ?
Jane Eyre (épisodes 1 à 4), 2entertain (prod.), BBC, 2007.
Nota Bene : pour ceux qui auraient manqué la diffusion de la
mini-série sur Arte cette semaine, le site de la chaîne permet de les
revoir ; la série est également disponible dans une édition DVD anglaise
peu coûteuse (attention! sous-titres en anglais uniquement).
10 commentaires:
J'ai aperçu ton avis (pas encore lu, volontairement)... et foncé préparer mon billet (ben oui, j'avais rien fait, j'suis un peu paresseuse,moi) ! Mais du coup, je ne peux pas m'empêcher d'évoquer aussi la version ciné que j'avais vue avant et c'est un peu long, tout ça.
Bref, je reviens vers toi dès que j'aurai achevé la rédaction de mon brouillon. Je te lirai à ce moment-là, pour compléter éventuellement mon avis en rebondissant sur le tien, pour le cas où tu aurais abordé des aspects auxquels je n'avais pas pensé.
A bientôt !
Pas de problème! J'ai profité du week-end pour faire le billet, avant la folie de la semaine. Je serai très contente d'avoir aussi ton avis sur le film de cet été (j'ai vu qu'il était en vente en DVD sur amazon.co.uk)! A bientôt!
Perso, je vais avoir du mal avec Toby Stephens, aimé de La BBC, qui l'a embauché dans le rôle du prince débile d'une version amusante et décalée de Robin des bois...l'acteur y était parfait, mais on ne pouvait décemment pas tomber amoureuse de lui!!! Et puis il y a la belle version avec M.Fassbender, acteur au potentiel torride indéniable. Cela étant, il y a du bon à voir les différentes versions d'un roman que je porte aux nues, va falloir que je fasse un effort!
Je n'ai pas vu le Robin des Bois dont tu parles, mais je ne suis pas étonnée; il donne un côté "amusé" au personnage (dingue, non?), quand j'y réfléchis à la lueur de ce que tu dis... Moi je me demande si je ne vais pas commander la version ciné en Angleterre! En même temps je ne voudrais pas faire une overdose de Jane Eyre!
Pas regardé, mais à te lire, il est plus que temps que je me penche enfin sur Jane Eyre!
J'en suis ravie! Moi je pense que je vais le racheter en version numérique, l'édition que Brize a lue a l'air très bien. On va finir par toutes (re)lire Jane Eyre! Et on dira que la télé détourne de la lecture! :D
quel roman ! je le relis bien trop souvent...
Argh! Il faut vraiment que je le relise. Mais peut-on TROP relire Jane Eyre?... :-))
Pas vraiment, à chaque fois c'est une redécouverte matinée de nouvelles impressions, le bonheur de retrouver une famille de coeur, après tout Rochester est à chacune d'entre nous, et puis la lande anglaise est une merveille...il faut lire et relire ce roman que les adolescentes adulent: "C'est trop!" comme elles disent parfois...un jeune homme de 14 ans m'a dit il y a deux jours que lui le trouvait plutôt pas mal, alors si les gars s'y mettent, autant nous y remettre!!!
Je finis mon recueil de nouvelles et je file sur la lande anglaise, c'est décidé! Ce que tu dis sur le goût des adolescentes (et peut-être des adolescents!) est une bonne nouvelle, et en même temps, quand j'y pense, je ne suis pas très étonnée. L'autre jour, je feuilletais le roman pour écrire mon billet, et je me faisais la réflexion que c'était "facile" à lire, qu'il n'y avait pas de pesanteur (alors que certains romans du 19ème siècle, lus facilement à 20 ans, me tombent des mains)... Vive Jane Eyre!
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