dimanche 16 juin 2019

Glory Hole de Frédéric Jaccaud


Présentation de l'éditeur
C’est l’histoire de trois enfants, de leur promesse murmurée sous l’arbre d’un orphelinat de ne jamais se quitter. Mais les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. Treize ans plus tard, Jean découvre une photographie de Claire dans un magazine pornographique américain.
Le jeune homme veut la retrouver, et comprendre, à tout prix. Il entraîne Michel dans son obsession : direction Los Angeles, et ses anges déchus, où l’industrie du sexe prolifère. Pourquoi ne doutent-ils pas de la réalité de cette image corrompue ?

Ce que j'en pense
Equinox continue à tracer sa route, avec un auteur découvert jadis par Aurélien Masson à la Série Noire. Frédéric Jaccaud est l'un des auteurs de romans noirs les plus intéressants à mon humble avis, qui, comme Antoine Chainas ou dans un autre style DOA, repousse les limites du genre. Comme Chainas dans Empire des chimères, Jaccaud situe son intrigue au début des années 1980, dans un monde révolu et où s'amorcent les grands changements qui vont mener à ce que nous connaissons.
A travers Jean et Michel, à travers l'industrie du porno à Los Angeles, c'est le grand basculement dans la vacuité morale et intellectuelle de notre monde qui est saisie, d'une plume froide façon scalpel. C'est du Bret Easton Ellis (époque Moins que zéro) refroidi au Georges Bataille que nous lisons, le tout mâtiné de Ballard (Crash est cité de nombreuses fois par la jeunesse désoeuvrée que rencontrent nos deux personnages). 
La quête de l'équilibre (du bonheur?) originel, qui s'incarne dans la vaine poursuite de Claire, cramée avant eux aux spots californiens, pourrait donner un sens à l'itinéraire de Jean et de Michel. Mais il n'en est rien, et c'est une anti-quête que nous offre Jaccaud, glaçante et époustouflante tout à la fois. Pourtant, il y a de l'amour dans ce roman : le lien entre Michel et Jean est complexe, aliénation, amitié, amour en somme ; et puis il y a en filigranes l'amour pour Claire, cette photo qui subsiste et qui résiste à toutes les jaquettes de VHS peu reluisantes, la lueur d'un trio impossible à reconstituer mais qui persiste. 
Et c'est ainsi que le roman noir est grand.

Frédéric Jaccaud, Glory Hole, Equinox / Les Arènes, 2019.

samedi 15 juin 2019

Rita Falk et M.C. Beaton



Les romans noirs sont au coeur de mes lectures, vous le savez, mais il arrive que j'aie besoin de m'échapper de la noirceur, pour aller vers plus de légèreté. Ces derniers temps, j'ai éprouvé le besoin de lire des choses légères sans être mièvres, des romans qui me font sourire et rire. Je n'ai aucun problème à le dire : j'ai parfois besoin de sortir de la noirceur du monde, d'aller vers un pur divertissement qui ne recherche nullement le style ou l'innovation formelle. 
Je me suis donc tournée ces dernières semaines vers deux autrices qui ont comblé ce besoin, entre deux lectures fortes et sombres.
D'abord il y a eu Rita Falk et sa Choucroute maudite : j'ignore quel est le statut de cette romancière en Allemagne, mais ça sent le polar un peu régional, enraciné en Haute Bavière, avec recettes et tout le truc. Mais vu d'ici, édité au Mirobole, c'est exotique à souhait, et d'une drôlerie irrésistible. La Mémé est impayable avec sa manie de traquer les bonnes affaires, et j'ai éclaté plusieurs fois de rire sans me soucier de l'endroit où je me trouvais. Evidemment, Bretzel Blues a rejoint illico mon stock, pour les moments de morosité inopinés. C'est du polar déjanté juste ce qu'il faut, sans aucune prétention, bien ficelé, avec des personnages farfelus, des situations loufoques, et ça remplit à merveille son office: faire passer un excellent moment. 
Ensuite il y a eu M.C. Beaton et son Agatha Raisin. Je suis longtemps restée réfractaire à cette série qui rencontre depuis quelques années un énorme succès en France, sur un rythme de publication assez frénétique. La série a commencé à être publiée en anglais au début des années 1990, donc Albin Michel a du stock, si je puis dire, et peut alimenter les lecteurs français à ce rythme soutenu. J'étais réfractaire à ce que d'aucuns appellent le cosy mystery à l'anglaise, au succès phénoménal de la série (mon côté affreusement snob ressurgit malgré moi). Mais ma chère Miss Cornélia a su me convaincre : y a pas de mal à se faire du bien avec des sucreries, tant qu'on ne consomme pas que ça! Et je combats mon snobisme de littéraire autant que je peux. En ce vendredi, j'avais un trajet de 3h30 en train (et ces trajets ferroviaires me pèsent de plus en plus), j'étais claquée, j'avais besoin de légèreté après une semaine compliquée et une lecture éprouvante autant que passionnante (je vous en reparle vite). Donc, le tome 1 des aventures d'Agatha Raisin, La quiche fatale, sur ma liseuse depuis quelques temps déjà, me faisait de l'oeil. Et c'était parfait: je n'ai pas vu le temps passer, je me suis marrée comme une baleine sans me soucier des autres passagers, et le soir, j'ai acquis le tome 2 pour l'avoir sous la main. C'est drôle, pas mièvre, enlevé, et là encore, ça n'a pas d'autre prétention que de faire passer un bon moment. Agatha est suffisamment féroce pour plaire à l'asociale que je suis, les travers de nos contemporains (britanniques, mais qu'importe) épinglés avec la juste distance, et le contrat est parfaitement rempli. 
Alors oui, je peux d'un côté adorer des romanciers comme Antoine Chainas, Jean Echenoz ou Patrick Modiano (et je ne vous parlerai pas des classiques) et d'un autre côté me délecter de M.C. Beaton et Rita Falk. Mes lectures se suivent et ne se ressemblent pas (toujours). C'est comme ça.

Rita Falk, Choucroute maudite, Le Mirobole Editions, 2017. Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux. Disponible en numérique. Réédité en J'ai Lu. 
M.C. Beaton, La Quiche fatale (Agatha Raisin and the Quiche of Death), Albin Michel, 2016. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Esther Ménévis. Disponible en numérique. 

mardi 4 juin 2019

La Vie en Rose de Marin Ledun


Présentation éditeur
Ses parents partis parcourir la Polynésie, Rose – qui s’est installée avec le lieutenant Personne – se retrouve seule pour s’occuper de ses frères et sœurs. 
Coup sur coup, elle est confrontée au cambriolage de Popul’Hair – le salon de coiffure où elle fait la lecture –, à la découverte inopinée de sa grossesse et au meurtre de l’ex-petit ami de sa sœur. Bientôt, c’est le meilleur ami de Camille que Rose découvre poignardé. 
Entre deux nausées, deux crises existentielles et en marge de l’enquête parallèle qu’elle mène, Rose doit encore s’occuper du suivi scolaire de sa sœur, des peines de cœur de son frère aîné, des plaintes du directeur de l’hôpital où travaille Antoine qui organise des strip-pokers au service gériatrie, de lire Sacher-Masoch aux clientes de Vanessa…
Pendant ce temps, l’assassin continue de s’en prendre aux jeunes gens du lycée où Camille est scolarisée. Un matin, alors qu’elle est censée préparer chez une amie une marche de soutien à la dernière victime, Camille disparaît.


Ce que j'en pense
Ah ce que c'est bon de retrouver les Mabille-Pons! J'avais aimé le premier volume et celui-ci m'a comblée aussi. Qu'importe que Rose n'ait décidément pas les références ou la vision d'une jeune femme de 22 ans, on se sent bien avec elle et sa famille. Exit les parents cette fois-ci, place aux jeunes, place à Vanessa, pour une histoire déjantée et grave, drôle et effrayante tout à la fois. Car sous ses allures de comédie survitaminée, La vie en rose pose par petites touches des questions essentielles, des constats sévères aussi, sur les déterminismes sociaux qui frappent ces adolescents de plein fouet. Quels choix peut-on réellement faire? Comment sortir des impasses auxquelles notre appartenance sociale nous renvoie? Et les adultes dans tout ça? 
Mais tout cela se fait à un rythme trépidant, avec des dialogues jubilatoires, sans se prendre au sérieux. Et ça fait du bien, nom de nom. On sent en tant que lecteur à quel point Marin Ledun s'est amusé en créant ces situations rocambolesques, en ciselant les dialogues qui claquent. On en redemande. 
Alors, vivement le 3e volume!

Marin Ledun, La Vie en Rose, Gallimard, Série noire, 2019. 

dimanche 2 juin 2019

Paradigma de Pia Petersen


Présentation de l'éditeur
Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement.
Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique.
Tout est parti de Luna.
Mais qui est Luna ?
Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main.
Toutes ces énergies convergent vers la déflagration et l’utopie.
Un livre total et nécessaire.
Et c’est aussi une histoire d’amour, évidemment.


Ce que j'en pense
Grande baffe dans la tronche que ce Paradigma de Pia Petersen. Les premières pages sont saisissantes, extraordinaires de puissance: le chaos, le massacre, la fin. Je ne comprenais pas les tenants et les aboutissants mais j'étais happée par cette vision post-violence. Et puis le récit reprend, avant le massacre, dans une évocation qui m'a parfois fait penser au Cosmopolis de Don DeLillo. Une vision fragmentée selon plusieurs points de vue permet de saisir une Los Angeles même pas futuriste, puisqu'on comprend que Trump est le président en exercice. Mais c'est une ville qui exacerbe tous les clivages sociaux qui est peinte, avec sa violence terrible, ses quartiers de pauvres et ses villas de riches. Car le travail est devenu une denrée rare et ne permet pas toujours de vivre décemment dans un monde où quelques uns se sont appropriés pour en faire commerce les ressources naturelles. Une majeure partie de la population est sans abri, sans protection aucune, tandis qu'une infinité de puissants s'empiffre et se protège à grands renforts de milices privées. Les tensions ne sont pas seulement raciales, elles sont sociales, et les forces de l'ordre sont promptes à tirer sur les pauvres: @poorlivesmatter Le roman va saisir cette société à son point de rupture, quand les pauvres vont se regrouper et user à leur profit de la société du spectacle dont Hollywood est le parangon. 
Le récit se développe selon divers points de vue, reprend en arrière, forme un kaléidoscope incroyable de maîtrise narrative et de force. N'attendez pas une action trépidante à grands coups de retournements de situation: c'est à une implosion que nous assistons, mais vous verrez, on sort de cette lecture étrangement apaisé, ou peut-être même galvanisé. J'ai découvert Pia Petersen avec ce roman et je compte bien la suivre désormais : elle a une voix et une vision, tout ce que j'aime dans le noir.  

Pia Petersen, Paradigma, Les Arènes, Equinox, 2019. Disponible en numérique.

jeudi 30 mai 2019

Nos derniers festins de Chantal Pelletier


Présentation éditeur
Juin 2044. La prohibition alimentaire règne dans l'Hexagone, mafias du camembert et trafics de foie gras prospèrent, les partisans intégristes de régimes ennemis s'affrontent dans de violentes manifestations. Pour festoyer, on s'approvisionne au marché noir, on participe aux agapes de sociétés secrètes, on compte ses points sur son permis de table. 
Débarquant dans une Provence caniculaire, un contrôleur alimentaire, intimidé par sa cheffe goinfre et décomplexée, tente d'élucider le meurtre d'un jeune cuisinier dans un restaurant clandestin. Parallèlement, une ex-militaire au passé douloureux se bat pour sauvegarder son restaurant gastronomique et se réconcilier avec sa fille, dont la ferme est elle aussi en danger, comme toute la région. 
Tous liés au cuisinier assassiné, ils prennent ensemble la mesure de la menace.


Ce que j'en pense
Il y a d'abord le plaisir de retrouver Chantal Pelletier, après des années, à la Série noire. J'aimais ses polars malins, sa façon pétillante de saisir l'époque. Il y a ensuite le bonheur de déguster un court polar qui nous renvoie à nos questions, à nos travers, à notre bêtise aussi. Futuriste, ces Derniers festins? Hélas, à peine... Chaos climatique, imbécillité étatique, folies militantes, tout y est. Et ça fait peur. Est-on si loin de ce permis à point pour s'alimenter? Nos gouvernements ne rêvent-ils pas déjà de restreindre ou d'interdire l'accès aux soins pour ceux qui ont abusé de plaisirs toxiques? N'a-t-on pas déjà des attentats de tel ou tel groupuscule ? J'étais incapable de m'identifier à tel ou tel personnage, chacun me renvoyait à mes questions: manger moins de viande et de poissons, consommer local dès que possible, raisonné ou bio, délaisser l'agro-alimentaire autant que faire se peut, oui, mon alimentation a bien changé en quelques années et le roman entre en résonance avec mes questions et mes choix... Oui, mais le bonheur d'utiliser des épices qui viennent de loin et qui changent un plat, oui mais la volupté de saucer un jus de viande, oui mais l'explosion de la mangue ou d'un autre fruit venu du bout du monde en bouche... Car enfin, il y a dans Nos derniers festins cette sensualité incroyable de la bonne chère, du partage autour d'un plat préparé avec soin : livre hédoniste, roman gourmand, ode à la vie. 
Chantal Pelletier fait un retour gagnant. L'intrigue policière n'est pas ce qui l'intéresse le plus, même si on retrouve là cet appétit du gain terriblement humain qui pousse au pire. C'est aussi en cela que Nos derniers festins est un roman noir, dans cette capacité à dresser un constat social - et politique - impitoyable sur nos erreurs et notre folie humaine. Et dans le monde que nous réserve Chantal Pelletier, si je puis dire, la manie de tout règlementer, légiférer, interdire, est tout juste tempérée par la sensualité. Et c'est tout de même une belle façon de nous alerter que de le faire avec cette gourmandise! 

Chantal Pelletier, Nos derniers festins, Gallimard, Série Noire, 2019. Disponible en numérique.

samedi 11 mai 2019

La Colombienne de Wojciech Chmielarz



Présentation éditeur
La Colombie, plein été. Un groupe de Polonais choisis pour tourner une publicité Coca-Cola passe les vacances de sa vie dans un hôtel de luxe au bord de l’océan. Tous frais payés.
Mais bientôt, le séjour vire au cauchemar : la pub est annulée, et la facture est salée… Pour rembourser leur dette et récupérer leur passeport, les touristes insouciants se voient proposer par les Colombiens une offre difficile à refuser. Et le paradis se transforme en enfer.
Tout le monde ne reviendra pas de ce voyage…
Varsovie, un samedi à l’aube. Le corps d’un homme d’affaires est retrouvé pendu au pont de Gdansk – le ventre déchiré, les mains attachées derrière le dos et une cacahuète à la main. L’inspecteur Mortka, de retour à Varsovie après ses quelques mois de purgatoire, est chargé de l’enquête. Rapidement, le Kub flaire une sale histoire de blanchiment d’argent qui le mènera sur
la piste de réseaux internationaux dont les tentacules s’immiscent jusqu’au coeur de la vie financière polonaise.

Ce que j'en pense
Ah que c'est bon de retrouver le Kub! Je l'avais laissé il y a quelques semaines suspendu à une nouvelle médicale et "exilé", je le retrouve à Varsovie mais toujours plein d'angoisse quant au diagnostic attendu. Le roman s'ouvre pourtant loin de la Pologne, en Colombie, avec une bande de jeunes Polonais gogos qui vont se retrouver sous la coupe de trafiquants, mules d'un jour. Pour mon plus grand bonheur, nous revenons vite en Pologne, et le Kub se trouve plongé dans une enquête compliquée à souhait, qui m'a tenue en haleine jusqu'aux dernières pages.
Oh que j'aime ce personnage! Et comme c'est malin de le flanquer d'une enquêtrice, qui sert de révélateur au sexisme ambiant, et qui nous réserve aussi de belles surprises. Ce que j'aime avec Chmielarz, c'est qu'il n'assène jamais rien, aucun discours moralisateur, à l'image du Kub il est légèrement en retrait, et c'est beaucoup plus efficace que n'importe quel discours à la noix.
Et quelle maîtrise dans la construction narrative! Chmielarz confirme sa maîtrise de livre en livre, c'est remarquable. On ne s'ennuie pas, il n'y a pas d'artifice, on est à la fois dans un polar assez classique et dans un récit qui détourne habilement les codes, bref c'est un régal.
Enfin, bien entendu, il y a cette photographie de la société polonaise urbaine, et cela me plaît énormément. Les contradictions de cette société, l'entrée brutale dans la modernité libérale, les reliques du passé, la difficulté à vivre aujourd'hui, tout est brossé à petites touches. Car comme toujours, l'auteur nous embarque sur une apparemment classique histoire de trafic de drogue, mais au-delà et en dépit de cela, ce qui l'intéresse, c'est la criminalité financière.
Le titre français est très malin, vous verrez pourquoi en allant au bout du roman.
Et je me dis que les éditions Agullo font décidément un travail qui me plaît, permettant à ces voix du polar de parvenir jusqu'à nous. L'inconvénient, c'est que maintenant, je dois attendre un moment avant de retrouver le Kub.


Wojciech Chmielarz, La Colombienne (Przejecie*), Agullo, 2018. Traduit du polonais par Erik Veaux. Disponible en numérique.
* pardon pour l'approximation graphique...

La pension de la via Saffi de Valerio Varesi



Présentation éditeur
À quelques jours de Noël, alors que la morsure du froid envahit Parme, Ghitta Tagliavini, la vieille propriétaire d’une pension du centre-ville est retrouvée assassinée dans son appartement. L’enquête est confiée au commissaire Soneri mais cette affaire fait ressurgir un drame enfoui : c’est dans cette pension pour étudiants de la via Saffi qu’il rencontra jadis sa femme, Ada, tragiquement disparue peu après leur mariage.
En s’enfonçant dans le brouillard épais comme on traverserait un miroir, Soneri va découvrir un univers bien plus sordide que ses souvenirs. L’aimable logeuse se révèle être une femme sans scrupules, enrichie par la pratique d’avortements clandestins et derrière la modeste pension, se cache en réalité un monde vivant de haine et de chantage, frayant avec le cynisme de cercles politiques corrompus.
Pour trouver l’assassin, le commissaire devra se confronter à l’épreuve du temps et à la vérité sur la vie et la mort d’Ada. Car qui est cet homme qui pose à côté d’elle sur cette photographie jaunie ?

Ce que j'en pense
Or donc, j'ai beaucoup
 de retard dans mes lectures de Valerio Varesi. Je n'en suis pas mécontente, ça me fait des titres en réserve (parce que les volumes parus à ce jour chez Agullo sont tous en stock à la maison). J'avais aimé Le fleuve des brumes, j'ai adoré ce deuxième volume, déchirant de mélancolie. 
L'influence diffuse de Simenon est plus nette ici : Soneri s'imprègne des ambiances, passe beaucoup de temps dans la pension et son quartier, il observe, ressent, comme le fait Maigret. Cette fois les lieux signifient beaucoup pour le personnage, et cela change tout. L'enquête le ramène douloureusement à son passé, à la fois pour des motifs intimes, personnels, et pour des raisons plus collectives, si je puis dire. A travers la pension et le quartier, c'est la Parme des années de lutte politique qui ressurgit, des quartiers populaires. Et tout cela disparaît ou a déjà disparu, en même temps que le passé de Soneri s'effrite sous les révélations. Je ne sais pas si l'on peut parler de nostalgie, parce que le roman est plutôt sous le signe de la désillusion, et c'est cela qui est déchirant et qui touche au coeur. Parme est cette fois noyée de brouillard, propice aux fantômes du passé. Valerio Varesi est un romancier éminemment politique: il dresse par petites touches le portrait d'une société qui a vendu ses idéaux au mercantilisme, au capitalisme, corrompue et sans mémoire. Il n'a pas besoin de faire de grands discours pour cela, il nous montre simplement ce qui a disparu et ce qui est. 
J'ai lu ce roman il y a quelques semaines et j'en suis encore bouleversée au moment de rédiger ces lignes: Valerio Varesi est sans aucun doute un grand du polar. 

Valerio Varesi, La pension de la via Saffi (L’affittacamere), Agullo, 2017. Traduit de l'italien par Florence Rigollet. Disponible en numérique.