vendredi 3 avril 2015

Temps glaciaires de Fred Vargas


Présentation
Voilà qui est étrange: on appelle Adamsberg pour ce qui a bien l’air d’être un suicide. Mais il y a près de la victime un curieux signe, une sorte de H, qui va mener le « pelleteur de nuages » aux marges de l’Islande et de la Révolution française, aux limites de l’implosion de son équipe, et aux portes de la mort. Ce n’est qu’un début…

Ce que j’en pense
Bon, je suis bien embêtée. D’abord, il faut que je vous dise: j’ai commencé à lire Vargas il y a longtemps, avant qu’elle ne devienne un phénomène éditorial, et j’adorais ses romans. J’ai beaucoup aimé Adamsberg, qui dans ma tête avait les traits de Jacques Gamblin, et je raffolais des Trois Evangélistes. 
Depuis deux ou trois romans cependant, ma passion faiblissait. J’aimais toujours autant retrouver Adamsberg, et surtout Retancourt et Danglard, mais les intrigues me décevaient. Moi qui me laisse berner facilement, je comprenais qui avait tué, avouez que c’est désolant et que ça gâche le plaisir. 
J’ai donc abordé Temps glaciaires avec circonspection, mais encouragée par l’avis de deux amies (Miss Cornelia et Katya, enthousiastes). Mais alors que jusqu’à ce roman, j’avais toujours été séduite dès les premières pages par l’univers de Vargas, son écriture, à défaut de l’être par l’intrigue, j’ai eu beaucoup de mal cette fois-ci à succomber au charme vargassien. Disons-le tout net, je m’ennuyais ferme, incapable de m’intéresser à cette histoire de touristes coincés sur une île au large de l’Islande, ou un peu après à ces histoires de Robespierre & Co nous rejouant la Terreur. Je me désintéressais totalement de l’histoire et je ne subissais pas le charme des personnages, qu’il s’agisse de la tribu Adamsberg ou des protagonistes de passage. J’aurais pu abandonner mille fois, mais je me suis accrochée. 
Le charme a fini par opérer, mais TRES TARD dans le roman, quand Adamsberg part en Islande pour savoir ce qui le gratte (comprenne qui pourra). Là je retrouve le brin de folie de l’auteure, je vibre, enfin! Et j’ai du mal à lâcher le roman. Mais franchement, il était temps. 
Par ailleurs, deux choses positives méritent d’être notées: je n’ai rien deviné du tout, et on se préoccupe moins que dans les derniers de la vie privée des héros récurrents. Tant mieux, ce n’était pas ce que je préférais. 
Mon avis est donc très mesuré. Tout laisse à penser que je me suis lassée de Vargas, hélas! (punaise la belle allitération en s que voilà!) Je ne regrette pas d’avoir lu Temps glaciaires, mais le charme n’a pas complètement opéré. 

A écouter en lisant : Sigur Ros, Stormur.



Fred Vargas, Temps glaciaires, Flammarion, 2015.

mercredi 1 avril 2015

Un bilan pour avril 2015

Image prise ici

Un tout petit bilan pour mars… 5 romans seulement, et un manga. Je ne m’explique pas vraiment ce piètre rythme de lecture, sinon par une fatigue intense et des journées très remplies. 
Bon, ce qui compte, c’est que le bilan est malgré tout positif, pas de réelle déception ce mois-ci.
Un très beau roman Young Adult, Nos faces cachées de Amy Harmon, sans doute la plus belle surprise du mois. 

Un roman français plus agréable que ne le laissaient prévoir les critiques assassines, La gaieté de Justine Lévy. Une nouvelle découvert enthousiasmante en bit-lit, la série de Kim Harrison consacrée à Rachel Morgan, avec les deux premiers volumes enchaînés: Sorcière pour l’échafaud et Le bon, la brute et le mort-vivant. Un manga fort et passionnant, dont j’attends avec impatience le second volume, Poison city de Tetsuya Tsutsui. Et Temps glaciaires de Fred Vargas, sans doute ma lecture la moins enthousiasmante du mois, qui en tout cas a mis BEAUCOUP de temps à m’emporter. 
Je fais la transition entre mars et avril avec une relecture, Orgueil et préjugés de Jane Austen, et j’ai quelques belles lectures de prévues: Havrefer de Richard Ford, Le Club Vesuvius de Mark Gatiss, Le chemin s’arrêtera là de Pascal Dessaint, le dernier Craig Johnson, One Tiny Lie de K.A. Tucker qui devrait arriver sur ma liseuse d’ici deux jours. Je ne mentionne ici que les parutions récentes…

Mais le mois d’avril sera monstrueux côté travail, donc j’ignore si je pourrai satisfaire mes envies de lecture. J’espère que oui!

mardi 31 mars 2015

Andi Lee Créations : une pochette pour ma liseuse!


Je ne sais plus comment je suis arrivée sur la boutique d'Andi Lee, d'abord sur Etsy (clic!), ensuite sur My Little Market (re-clic!). 
Quoi qu'il en soit, j'ai tout de suite aimé les créations de cette jeune femme, et il m'a semblé que les pochettes en tissu avaient de très jolies finitions, en plus d'un graphisme somptueux. On y trouve aussi des sacs, des porte-monnaie, des bijoux, des mugs... J'ai craqué pour "La littéraire" (on se demande pourquoi), dont la pochette a les bonnes dimensions pour accueillir ma liseuse et la protéger à la maison des incidents malencontreux. 

Pour voyager je lui préfère un étui plus rembourré, et puis de toute façon je n'ai pas envie de salir cette jolie pochette. Donc du moche rembourré fait l'affaire, mais à la maison, j'avais envie de quelque chose de beau.


Le tissu est doux, délicat, les finitions sont impeccables, l'ensemble est très harmonieux et vaut les 35 euros qui pourraient en décourager certain(e)s. Entre nous, rien à voir avec une pochette en tissu de piètre qualité assemblé aux antipodes à la va-vite pour des 15-20 euros (tout de même). Et j'ai la satisfaction d'avoir fait travailler une créatrice tout près de chez moi!

Je précise que je fais ce billet de ma seule initiative, j'ai juste envie de vous montrer cette jolie pochette et de vous faire découvrir la créatrice. Elle s'est par ailleurs montrée très disponible quand je l'ai contactée. 

Pour (vous) faire plaisir avec un bel objet...



samedi 28 mars 2015

Méthode Coué?

J'ai pris l'image ici

Sachant que:
1) La météo nous promet de la pluie à gogo pour tout le week-end;
2) le passage à l'heure d'été va me priver d'une heure de sommeil alors que j'ai le sentiment qu'on m'en a déjà volé des dizaines ces derniers temps;
3) je vais devoir sortir sous la pluie (en ayant perdu une heure de sommeil) dimanche pour aller voter dans un canton où une seule liste est en lice (les candidats de l'autre liste ayant commis la boulette de ne pas déposer ladite liste en temps et en heure);
4) je ne suis pour le moment pas emballée par le dernier Vargas...
eh bien, j'ai toutes les raisons d'être grognon.

Mais je ne peux pas. Ma joie est si grande d'être en week-end après une semaine très chargée (et avant quelques autres qui lui ressembleront) que ces minuscules contrariétés n'ont aucun poids.

Il va pleuvoir? Tant mieux, je savourerai d'autant plus d'être douillettement installée. Ce sera le temps idéal pour lire.
Une heure de sommeil en moins? Que m'importe... Je n'ai aucune obligation horaire ce week-end, je ressentirai l'heure manquante lundi (n'y pensons pas).
Un vote sans choix? M'en fiche, cela ne change rien à ce que j'avais prévu de mettre dans l'urne. Voter est un devoir à mes yeux.
Le Vargas m'ennuie? Je n'en suis qu'au premier tiers et autour de moi, les avis sont si positifs que je veux bien m'accrocher. On m'a chuchoté aujourd'hui que le meilleur était à venir.

Je veux profiter de chaque instant. Tant pis si pour le moment ça ressemble à la méthode Coué.
Vive le week-end! Qu'il vous soit doux...

mercredi 25 mars 2015

Le Salon du Livre de Paris 2015, pas préparé, et c'est bien comme ça


Le salon commence avant le salon, un peu comme un festival de rock. Imprimer son billet d’entrée, regarder le programme des festivités sur le site : tiens, ça, ça n’a pas changé, le site du Salon du Livre de Paris est moisi. On navigue mal, on trouve difficilement ce qu’on veut et il faut faire défiler un nombre de pages ahurissant avant d’obtenir des informations. 
Et puis dans le métro, on voit monter de plus en plus de gens qui ont une tête à aller au salon, ou pas, d’ailleurs. Mais de fait, nous sommes nombreux à descendre à la station de métro et à diriger nos pas vers le Hall 1. 
Et voilà, nous y sommes, le Salon va commencer pour nous. 

Il y a d’abord le froid vif de la porte de Versailles, et l’air qui s’engouffre par les portes où une foule déjà nombreuse se presse. Je n’étais pas venue depuis cinq longues années au Salon et je n’avais pas souvenir d’avoir attendu ainsi. Je me dis que les contrôles de sécurité doivent ralentir le flux… 
Il y a ces gens enthousiastes munis de valises à roulettes, comme une promesse de dédicaces et d’achats. Mais une visiteuse un peu agacée les prévient : on ne les laissera pas entrer avec leur valise, cette année (sécurité oblige, je suppose), et il faut donc renoncer à la malle au trésor qui attendra patiemment dans une consigne à l’extérieur du hall 1. Les visiteurs à roulettes semblent décontenancés, et moi je me dis qu’il y a cinq ans, je n’avais pas remarqué ce curieux accessoire au bras des gens…
Enfin nous sommes dans le hall, transis par le froid, et guère réchauffés de prime abord par le hall immense qui n’a pas encore emmagasiné la chaleur des visiteurs. Nous n’éprouverons à aucun moment le besoin de quitter nos vestes. Il y a du monde, déjà, mais c’est aussi que nous sommes plus « concentrés ». Il ne me faut pas longtemps pour constater que le hall est loin d’être entièrement occupé… L’absence du groupe Hachette mais aussi d’autres éditeurs qui ne trouvent pas le salon « rentable » se fait sentir. Le Salon du Livre de Paris rapetisse et je repense à ces débats et polémiques autour de sa tenue et de sa gestion : un lieu trop grand (mais il ne l’était pas au début des années 2000), trop froid, des auteurs qui rechignent à venir attendre le chaland à côté des stars de l’édition, des médias ou de la politique, des éditeurs qui ne peuvent plus payer des stands hors de prix dans un salon généraliste dont la plus-value est discutable pour eux, des libraires qui n’ont pas très envie de jouer les utilités sur les stands quand ils ont leur librairie à faire vivre et à défendre… Je repense à tout cela et trouve le Salon mal en point. Au fil de mes déambulations, je ne peux m’empêcher de me dire que si l’on enlève les stands institutionnels (de type CNL), les stands des médias (Le Monde, France Télévision, etc.) et ceux des régions et pays divers, eh bien, ce n’est plus un très grand salon. L’organisation du lieu est étrange, avec des culs-de-sac, des blocs peu cohérents, mais c’était peut-être déjà comme ça il y a cinq ans, je ne m’en souviens pas.
Ce constat étant fait, je me réjouis d’être là. Une première halte et des manga rejoignent notre escarcelle. L’auteur sera en dédicace plus tard mais je n’ai pas la patience pour cela. J’aurais pu acheter le tome 1 de Poison City  et l’intégrale de Prophecy ailleurs (et repartir de Paris un peu moins chargée), mais l’occasion fait le larron (ou l’acheteur). Le stand de Ki-oon est sympathique. Et ils ont le bon goût de ne pas refuser de dédicace (l’après-midi) à un très jeune couple venu rencontrer Tetsuya Tsutsui muni d’un exemplaire déjà acheté… 
Puis nos pas nous mènent sur le stand ActuSF/Les Moutons électriques/Mnémos. Je me munis du petit Guide Steampunk signé Arthur Morgan et Etienne Barillier, dont la version papier était à un moment épuisée, tandis que mon cher et tendre prend un roman de Julien Heylbroeck, Stoner Road, et une réédition de Dominique Douay, La vie comme une course de chars à voile. Au moment de payer, la jeune femme qui encaisse le montant lui demande s’il veut une dédicace car l’auteur est présent sur le stand. Nous ne le savions pas, et d’ailleurs, il n’est pas (encore) installé pour les dédicaces. Il signe le volume avec un sourire, et mon cher et tendre, lecteur de SF depuis longtemps et admirateur de Douay, est ému d’avoir croisé sans s’y attendre cet auteur. Finalement, mal préparer sa venue au Salon réserve de jolies émotions, et c’est bien comme ça… 
En revanche, il en est un que nous savons être là et que nous avons envie de rencontrer : c’est David Snug, auteur underground de bandes dessinées hilarantes et féroces. Il est attendu pour midi sur le stand de Même pas mal éditions, mais à midi, point de Snug : c’est qu’il ne sera là qu’à 14 heures, nous dit-on. OK, on reviendra. J’ai repéré un joli tote-bag jaune canari représentant la maison d’édition: chouette, ça tombe bien puisque j’ai ruiné nombre de mes précieux sacs en tissu lors d’une lessive malheureuse à base de méchant bout de tissu bordeaux (comme quoi, les lingettes anti-décoloration ont leurs limites). 
Nous repartons donc, faisant quelques emplettes sérieuses et professionnelles sur nos domaines respectifs… Pas le plus passionnant, je vous épargne les détails. Nous vaquons, de stand de BD (bof) en stand jeunesse, et mes pas me guident vers le stand Milady. J’en espère beaucoup et je suis déçue. Je savais que Bragelonne était absent et je comprends: pour eux, les salons spécialisés dans les littératures de l’imaginaire sont bien plus intéressants et porteurs, je suppose. Milady a un petit stand (pas minuscule mais petit), joli, qui donne envie. Mais alors que j’attends, évidemment, de me régaler de bit-lit, je constate qu’une petite partie seulement de la production de la maison est présente. Romance historique, érotique, dramatique, pour l’essentiel, mais de bit-lit, point. Je repars tout de même avec des livres que je veux offrir (même si j’avais d’autres titres en tête), et en cadeau, j’ai un livre (qui narre les aventures de la fille de Darcy), et un joli  sac en tissu Jane Austen… 

Un tour du côté des stands sur le livre électronique, puis cap sur les stands de Actes Sud et Actes Noir, et sur celui de Rivages Noir, voisin. C’est un régal pour les yeux, des tentations, mais je n’ai pas a priori d’intention d’acheter. Et puis patatras, je vois Pascal Dessaint qui arrive pour une séance de dédicaces. Je m’approche : nous nous sommes croisés à plusieurs reprises, il m’a accordé un entretien il y a des années de cela, et j’ai toujours plaisir à bavarder avec lui. J’embarque son nouveau roman, avec un petit mot évidemment. C’était inattendu, et je suis contente. Je l’ai déjà dit, mais mal préparer sa venue au Salon réserve de jolies émotions, et c’est bien comme ça…


Nous faisons ensuite un tour à l'expo fêtant les 70 ans de la Série Noire. Elle est petite mais il y a de chouettes documents, drôles et touchants. Nous repartons avec un volume des années 1970, l'époque où il y avait de la pub en quatrième de couverture : j'avais déjà Balafre, cette fois c'est Bastos! Des cigarettes pas pour les fillettes. 
Enfin, il est temps de rejoindre Même pas mal éditions en espérant voir Snug. Au premier abord, pas de Snug. Nous redemandons : oui, Snug est là, mais il n’est pas installé pour une dédicace, il bavarde, et on lui dit : « David, voilà les personnes qui t’ont demandé ». Il a l’air interloqué : c’était donc vrai? Oui, incroyable : Snug a des fans et nous en sommes! Il se lève et s’approche, l’air embarrassé. « Vous voulez un dessin, c’est ça? » Ben oui, en fait. « Non mais je suis arrivé en retard et en plus, j’ai renversé ma bouteille d’encre de Chine dans mon sac, il y en a partout. Vous avez un stylo? » Oui, Snug en vrai est comme Snug en dessin, pince-sans-rire, drôle, touchant aussi. Il trouve un stylo-feutre et commence à dessiner. Nous discutons, de Noise, le magazine par lequel nous l’avons connu, de ma ville, où il est passé en concert avec son groupe Trotski Nautique (que vous pouvez écouter ), des métalleux à tatouage. Il fait une dédicace où il suppute méchamment que les métalleux à tatouage ne savent pas écrire et fait une faute au prénom de mon cher et tendre... Il corrige tandis que nous songeons à lui demander s'il n'aurait pas des tatouages cachés, par hasard. Et puis nous lui tendons un deuxième album, parce que nous sommes prosélytes quand il s’agit de BD et de livres, et nous offrirons le lendemain l’album à une amie qui a adoré comme nous La maison n’accepte pas l’échec. Il fait le même dessin, et nous le dit : en revanche il change la dédicace. On se marre et on lui promet de ne pas montrer notre dessin à cette amie. Je sursaute parce que pas loin, il y a un stand GDF Suez (déjà, en soi, ça fait sursauter) où deux types déguisés, l’un en une sorte d’Iron Man et l’autre en viking bizarre, font des animations publicitaires ridicules. Snug me dit que c’est comme ça tout le temps, l’air désabusé. Je suis consternée. 

Il est temps que nous partions. 
D’ailleurs, nous avons fait ce que nous voulions. J'ai même le sac en tissu de chez Même pas mal éditions, que je n'ai pas pris en photo mais vous pouvez imaginer le sac à partir de cette image (même dessin, même couleur, même texte) :

Nous sommes vrillés de fatigue et nous avons faim. Le moment se prolonge un peu dans une brasserie toute proche qui sert toute la journée, où des visiteurs et professionnels du Salon se restaurent comme nous. Il est temps de reprendre le métro, les bras chargés. J’ignore si je reviendrai l’an prochain même si 2015 a tenu ses promesses. Je crois que désormais, des salons plus spécialisés (polar, littérature de jeunesse, littératures de l’imaginaire) me conviendront mieux. Mais c'était bien quand même...






lundi 16 mars 2015

Tout est possible mais rien n'est sûr de Lucile Gomez


Présentation (éditeur)
Ses études terminées, Vétille déborde d'énergie et d'envies. Sauver la planète, vivre du dessin sans se faire exploiter... Blottie contre son amoureux, entourée par ses amis, la jeune femme est convaincue qu'un monde meilleur est possible. Mais, de jobs ingrats en stages précaires, ses idéaux de jeunesse vont être mis à mal par le monde des adultes. Heureusement, la nuit, il est permis de rêver...

Ce que j’en pense
Ne vous laissez pas abuser par le trait rond, qui fait penser à certains univers girly. Si cet album se centre sur une jeune femme, il n’y a rien de fifille ici, et aucune histoire d’accomplissement par l’amûûr… Non, Lucile Gomez livre un récit assez sombre, le portrait d’une génération, ou d’une partie d’une génération, à l’heure des choix, mise à l’épreuve par une société qui veut bien se servir d’eux mais certainement pas les reconnaître pour ce qu’ils apportent, et encore moins les rémunérer. Le scénario est intéressant, le récit bien mené, et Lucile Gomez sait éviter les facilités. J’ai suivi avec intérêt les saisons qui structurent l’album et les premiers pas dans la vie de Vétille, jeune femme attachante. 
Mais j’ai surtout été convaincue par le sens graphique de Lucile Gomez: le propos est servi par des planches élégantes et qui fourmillent d’idées. J’ai vraiment été bluffée par le talent de dessinatrice de Lucile Gomez, dont je suivrai dorénavant le travail avec intérêt. 
Il n’est pas question que je cite des noms de dessinatrices juste pour les dévaloriser, mais quand j’ai refermé Tout est possible mais rien n’est sûr, j’ai repensé à un certain album dont le dessin est assez proche, un dessin que j’aime, d’ailleurs, mais qui n’a pas le quart de l’inventivité et du savoir-faire graphique de celui-ci, et qui surtout, n’a rien à dire. Il est des comparaisons qui ne pardonnent pas. 

Pour en lire des extraits, allez sur le site de Lucile Gomez, par exemple à cette page


Lucile Gomez, Tout est possible mais rien n’est sûr, Delcourt, 2015.

vendredi 13 mars 2015

Nos faces cachées de Amy Harmon


Présentation
Fern est une lycéenne au physique banal voire ingrat, mais elle n’a rien d’une ado ordinaire: grande lectrice de romances, elle en écrit elle-même, et surtout, une amitié hors du commun la lie à son cousin Bailey, atteint de myopathie et désormais rivé à son fauteuil. Ces deux-là sont des complices de tous les instants. Et puis il y a Ambrose, lutteur au physique fabuleux, taciturne et sensible. Il y a Rita, la jolie fille pas stupide… 
Et puis il y a le 11 septembre 2001. Ce qui aurait pu être une jolie bluette devient un roman sur la guerre, sur l’amitié, sur la perte, sur l’amour de soi, des autres, sur le sacrifice et la rédemption. 

Ce que j’en pense
Voilà un roman auquel je n’aurais pas prêté la moindre attention sans l’avis toujours éclairé de ma chère Miss Cornélia. La couverture - reprise de l’édition originale me semble-t-il - est assez proche de ce que je déteste dans le roman Young Adult actuellement mais aussi dans les genres de la romance. Ce côté « dieux du stade » m’avait rebutée et j’avoue ne pas avoir cherché à en savoir plus. Mais j’étais récemment en quête d’un roman sans complication qui m’emporterait par son romanesque échevelé, et quand Miss Cornélia s’est montrée enthousiasmée par sa lecture, je n’ai pas hésité et je lui ai emboité le pas. Bien m’en a pris: Nos faces cachées n’est pas le roman du siècle, assurément, mais c’est un très bon roman YA, un beau mélo, qui plus est pas dénué de propos. J’ai beaucoup aimé l’ancrage dans l’année 2001, le 11 septembre étant finalement l’élément déclencheur. Cela ne pouvait que me parler… Les personnages m’ont emballée, avec mention spéciale à Bailey, évidemment. Qui ne serait conquise par ce garçon? Ambrose est passionnant aussi, mais l’humour de Bailey emporte tout. J’ai aussi beaucoup de tendresse pour Fern. 
Alors bien sûr, on pourra objecter que l’intrigue posée, les ressorts deviennent quelque peu prévisibles, avec cet enchantement final qui succède à la tragédie. Oui, c’est vrai, mais cela reste fort, beau et bouleversant. Si je vois un mélo de Douglas Sirk, je peux dire la même chose, mais ce n’est pas un défaut. Et si le propos est dénué d’originalité, il est tout de même intéressant et il m’a touchée. Nos faces cachées fait passer le lecteur par toutes les émotions, rire, larmes, indignation, surprise, il raconte une histoire forte et offre des personnages forts.
Je ne vais pas bouder mon plaisir: j’ai aimé Nos faces cachées, j’ai vibré, et je trouve que c’est un roman YA hautement recommandable pour des ados comme pour des adultes qui en sont friands. 
Quant à la couverture, je continue à ne pas l’aimer, mais je reconnais après ma lecture qu’elle n’est pas sans rapport avec le propos du roman, donc je suis indulgente… 

La chanson à écouter: Creep de Radiohead


Amy Harmon, Nos faces cachées (Making Faces), Robert Laffont R, 2015. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabienne Vidallet. Publication originale ; 2013.