
Présentation (BDgest)

Ce que j'en pense


J’ai lu les quatre volumes sur deux jours, profitant de ce début de week-end pour éviter une lecture morcelée. Qu’en pensé-je? Waouh… Ne nous voilons pas la face: ce n’est pas une lecture plaisante, ce n’est pas une oeuvre graphique aimable, et il n’est pas certain que je relirai cette bande dessinée. C’est du moins ce que je me suis dit en refermant le volume 4, mais en réalité, au moment où j’écris ces lignes, quelques heures après, je pense que j’aurai envie de revoir certaines planches. En tout cas, amateurs de légèreté et de friandises graphiques, passez votre chemin. Blast est tout en noirceur, offrant un personnage repoussant, des destins fracassés. L’ensemble dégage pourtant une poésie à la hauteur de la noirceur du récit et du dessin, ce qui n’est pas peu dire. Polza, l’anti-héros dont nous suivons les aveux avec la même circonspection, le même dégoût, la même attention et parfois la même colère que les deux policiers qui l’entendent, est un personnage riche, complexe, qui interroge le rapport au corps, à l’identité, à la folie, tour à tour repoussant et bouleversant. A travers lui, Larcenet aborde une fois encore le rapport au père, mais Blast est par ailleurs traversé par une foule de figures paternelles (réelles ou symboliques), ambivalentes, pas toujours protectrices.
Ces quatre volumes débordent toutes les catégories, tout à la fois oeuvre noire, drame social et psychologique, réflexion mystique et poétique. Si la construction du récit sur les quatre volumes force l’admiration, le dessin n’est pas en reste et il faut reconnaître qu’avec Blast, Larcenet se surpasse. Il travaille les noirs et les gris de manière saisissante, avec seulement quelques pages en couleurs, pour évoquer le passé ou les moments de « blast », dans une explosion colorée, où se superposent le trait de Larcenet et des dessins d’enfants. De cette grande noirceur s’échappent des cases et des planches qui restituent la beauté simple, sobre et sauvage de la nature, la vraie, avec sa faune. Les visages m’ont également saisie: chez Polza, chez son père, il y a une oscillation entre le réalisme du trait et une stylisation poétique, qui confère aux visages des allures d’oiseau ou de pierrot (un peu monstrueux).
Bref, Blast est une très grande oeuvre graphique, saisissante et bouleversante.
Manu Larcenet, Blast, Dargaud, 2009-2014.
T01, Grasse Carcasse, 2009.
T02, L'apocalypse selon Saint Jacky, 2011.
T03, La tête la première, 2012.
T04, Pourvu que les bouddhistes se trompent, 2014.
2 commentaires:
Oui, oui, oui et re-oui !
Un vrai chef-d’œuvre, aussi noir que magnifique.
Et je sais que je le relirai.
Oui, la claque! Mais du genre qui fait tendre l'autre joue!
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