Présentation
A la vue, à la mort
Le commandant Lanester et son équipe
enquêtent sur une série de crimes atroces. La victime est à chaque fois
énucléée et vidée de son sang. Épouvanté et dépassé par la logique du tueur
surnommé Caïn, Lanester va perdre littéralement la vue sur la scène de crime.
Aidé de son second et d'un providentiel chauffeur de taxi, il va désormais
mener son enquête à l'aveugle. Mais c'est grâce à Jacinthe Bergeret, une
psychanalyste qu'il accepte de consulter avec beaucoup de réticence, que des
réponses vont peu à peu émerger.
Cherche jeunes filles à croquer
On retrouve Lanester et son équipe,
envoyés à Chamonix pour enquêter sur une série de disparitions de jeunes
filles, toutes anorexiques…
Mon avis
J’ai lu le deuxième volume, Cherche
jeunes filles à croquer, en premier, ce qui n’est pas très logique, mais
que voulez-vous… Je n’en attendais rien, pour ne pas dire que je le commençais
sans conviction. Et cela a été une excellente surprise. J’ai tout de suite aimé
la façon dont Françoise Guérin pose ses personnages, avec un vrai coup de cœur
pour le héros Eric Lanester. Il déroge à tous les stéréotypes, il n’est pas
héroïsé, pas virilisé à outrance, c’est un enquêteur de noir comme je les aime,
bourré de doutes et défaillant par moment. Rien de très inhabituel mais le
polar à son meilleur, avec des personnages fins et fouillés. Cela change de
certains polars français (mais pas que) très mauvais, où l’on a le sentiment
que l’auteur rêve sa vie à travers un personnage ultra-héroïsé… Rien de tel
chez Françoise Guérin et c’est tant mieux. J’ai d’ailleurs aimé l’ensemble de
l’équipe, avec une mention spéciale aux personnages féminins, très loin de
toute caricature.
L’intrigue m’a également séduite : on n’est même pas certain qu’il
y ait là une affaire criminelle et c’est toute la force de Françoise Guérin que
de nous captiver avec une non-affaire, des non-cadavres… La fin a un côté
thriller mais cela ne m’a pas gênée, pas de tension vaine et insupportable. Le
fait est que j’avais du mal à lâcher le roman !
Enfin, la question centrale est celle du corps : celle de ces
jeunes filles anorexiques, qu’elles voudraient annihiler et qui sont
effectivement des corps manquants pendant le roman ; le corps des enquêteurs,
massif (l’officier de gendarmerie, la spécialiste en informatique de la
police), défaillant et désorienté (le héros). Françoise Guérin sait de quoi
elle parle, son approche du corps n’a rien d’approximatif, pas de psychanalyse
à la petite semaine mais beaucoup de subtilité. Et ça ne gâche rien !
Evidemment, j’ai eu envie de lire l’opus qui voyait apparaître Lanester
et ses co-équipiers, A la vue à la mort.
Même régal, mêmes surprises, même difficulté à lâcher le roman. Déjà Françoise
Guérin fait fort en privant son enquêteur de l’un des sens les plus essentiels,
la vue. Le roman mêle habilement l’introspection du héros et l’enquête, et
l’intrigue est tout aussi captivante.
J’espère que Françoise Guérin a prévu d’en écrire un autre, j’aimerais
retrouver ces personnages !
Je sais qu’il y a eu une adaptation télé, car Le Masque a ressorti le
roman avec la photo de Richard Berry, qui incarne, je suppose, Eric Lanester,
mais je n’en sais pas plus.
Je vous recommande en tout cas chaudement les romans !
Françoise Guérin, A la vue, à la
mort, Editions du Masque, 2007.
Françoise Guérin, Cherche jeunes
filles à croquer, Editions du Masque, 2012.







