samedi 15 février 2014

A la vue, à la mort & Cherche jeunes filles à croquer de Françoise Guérin


Présentation
A la vue, à la mort
Le commandant Lanester et son équipe enquêtent sur une série de crimes atroces. La victime est à chaque fois énucléée et vidée de son sang. Épouvanté et dépassé par la logique du tueur surnommé Caïn, Lanester va perdre littéralement la vue sur la scène de crime. Aidé de son second et d'un providentiel chauffeur de taxi, il va désormais mener son enquête à l'aveugle. Mais c'est grâce à Jacinthe Bergeret, une psychanalyste qu'il accepte de consulter avec beaucoup de réticence, que des réponses vont peu à peu émerger.
Cherche jeunes filles à croquer
On retrouve Lanester et son équipe, envoyés à Chamonix pour enquêter sur une série de disparitions de jeunes filles, toutes anorexiques…

Mon avis
J’ai lu le deuxième volume, Cherche jeunes filles à croquer, en premier, ce qui n’est pas très logique, mais que voulez-vous… Je n’en attendais rien, pour ne pas dire que je le commençais sans conviction. Et cela a été une excellente surprise. J’ai tout de suite aimé la façon dont Françoise Guérin pose ses personnages, avec un vrai coup de cœur pour le héros Eric Lanester. Il déroge à tous les stéréotypes, il n’est pas héroïsé, pas virilisé à outrance, c’est un enquêteur de noir comme je les aime, bourré de doutes et défaillant par moment. Rien de très inhabituel mais le polar à son meilleur, avec des personnages fins et fouillés. Cela change de certains polars français (mais pas que) très mauvais, où l’on a le sentiment que l’auteur rêve sa vie à travers un personnage ultra-héroïsé… Rien de tel chez Françoise Guérin et c’est tant mieux. J’ai d’ailleurs aimé l’ensemble de l’équipe, avec une mention spéciale aux personnages féminins, très loin de toute caricature.
L’intrigue m’a également séduite : on n’est même pas certain qu’il y ait là une affaire criminelle et c’est toute la force de Françoise Guérin que de nous captiver avec une non-affaire, des non-cadavres… La fin a un côté thriller mais cela ne m’a pas gênée, pas de tension vaine et insupportable. Le fait est que j’avais du mal à lâcher le roman !
Enfin, la question centrale est celle du corps : celle de ces jeunes filles anorexiques, qu’elles voudraient annihiler et qui sont effectivement des corps manquants pendant le roman ; le corps des enquêteurs, massif (l’officier de gendarmerie, la spécialiste en informatique de la police), défaillant et désorienté (le héros). Françoise Guérin sait de quoi elle parle, son approche du corps n’a rien d’approximatif, pas de psychanalyse à la petite semaine mais beaucoup de subtilité. Et ça ne gâche rien !
Evidemment, j’ai eu envie de lire l’opus qui voyait apparaître Lanester et ses co-équipiers, A la vue à la mort. Même régal, mêmes surprises, même difficulté à lâcher le roman. Déjà Françoise Guérin fait fort en privant son enquêteur de l’un des sens les plus essentiels, la vue. Le roman mêle habilement l’introspection du héros et l’enquête, et l’intrigue est tout aussi captivante.
J’espère que Françoise Guérin a prévu d’en écrire un autre, j’aimerais retrouver ces personnages !
Je sais qu’il y a eu une adaptation télé, car Le Masque a ressorti le roman avec la photo de Richard Berry, qui incarne, je suppose, Eric Lanester, mais je n’en sais pas plus.
Je vous recommande en tout cas chaudement les romans !

Françoise Guérin, A la vue, à la mort, Editions du Masque, 2007.

Françoise Guérin, Cherche jeunes filles à croquer, Editions du Masque, 2012.

jeudi 13 février 2014

Les débutantes de J. Courtney Sullivan


Présentation (éditeur)
« Bree, Celia, April et Sally avaient quitté leurs chambres de bonnes et emménagé à l'étage principal. Elles laissaient leurs portes ouvertes pendant la journée et criaient simplement pour se parler. Elles se vautraient sur les divans du salon après le repas du soir, se racontant des ragots et se lisant à voix haute des passages du New Yorker et de Vogue.» Elles se sont connues et aimées à l'université de Smith, haut lieu de la culture féministe. Le temps, le mariage, la vie d'adulte les ont séparées, jusqu’à la disparition de l'une d’entre elles. Face aux déceptions de l’existence, rien n'est plus précieux que les souvenirs et les amies des années de fac. Bree, Celia, April et Sally vont s'en rendre compte.

Mon avis
Il y a quelques mois déjà, j'avais lu chez Brize un billet sur Les débutantes de j. Courtney Sullivan et j'avais noté le titre, séduite par ce qu'elle en disait. Je viens enfin de le lire et à quelques réserves près, c'est un coup de cœur.
Les réserves? Un léger manque de rythme sur la première moitié, qui ne m'a pas donné envie de laisser le livre de côté mais qui peut décourager certains lecteurs impatients. Ce serait dommage car le roman connaît une nette accélération ensuite.
Je n'étais pas certaine de m'attacher à ce groupe de jeunes femmes, de jeunes filles qui débarquent de leur cocon familial pour intégrer une prestigieuse université féminine. Je me sentais loin d'elles. Cette impression a été fugitive, je me suis rapidement passionnée pour leurs débuts dans la vie, et l'auteure s'y entend pour déjouer les stéréotypes.
J'ai vibré avec elles, été émue, enthousiaste, inquiète, et souvent surprise. Il y a dans ce roman un vrai regard sur ce que c'est que devenir adulte, faire des choix, accéder à l'autonomie affective en se détachant de la famille, mais il y a aussi une orientation féministe affirmée qui m'a beaucoup plu. Je voulais tourner les pages toujours plus vite et en même temps, je voyais arriver la fin du roman avec terreur. J'ai refermé le roman enchantée quoique un peu triste de laisser là les personnages.
Un grand merci à Brize sans qui je n'aurais sans doute pas repéré ce roman!

A lire, les billets de Brize, de Kathel et d'Aifelle!


Julie Courtney Sullivan, Les Débutantes (Commencement), Rue Fromentin Editions, 2012. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Paulmont et Frédéric Collay. Parution originale : 2010. Disponible en Livre de Poche.

mardi 11 février 2014

Pur d'Antoine Chainas


Présentation (4ème de couverture)
«Cet endroit donne tout son sens à notre combat, Patrick. Les gens de l’extérieur pensent que nous nous barricadons par peur d'autrui, par étroitesse d’esprit. Mais nous ne sommes pas hermétiques, bien au contraire. Et ceux qui nous taxent de racisme ont tort aussi. Personne n’est plus ouvert sur le monde que nous. Qui voyez-vous ici ? Des Suisses, des Norvégiens, des Suédois, des Américains, des Anglais… Des banquiers internationaux, des gestionnaires de capital multinational, des artistes qui voyagent partout sur le globe, des ingénieurs membres d’équipes polyglottes. Expliquez-moi qui d’autre pourrait être mieux au fait de l’état de notre époque ? Dites-moi de quelle expérience peuvent se prévaloir ceux de dehors ? Quel sort funeste les attend dans ce chaos égalitaire, ce monstrueux fourre-tout qu’ils ont eux-mêmes engendré ? Ce domaine que vous voyez est peut-être un des derniers où les valeurs, les règlements ont force de loi. Ce ne sont pas les races ni les religions qui nous préoccupent, mais la misère. Voilà ce que nous voudrions éradiquer. On pourrait considérer qu’en un sens, nous sommes les ultimes philanthropes.»
Mon avis 
D'Antoine Chainas j'avais adoré Versus, qui n'est pourtant pas une lecture plaisante, et les romans suivants de l'auteur m'avaient plu sans que ce soit le même choc. Avec Pur j'ai retrouvé du très grand Chainas, ou du moins le Chainas qui m'avait stupéfiée avec Versus.
Deux univers vont se téléscoper ici : celui de Patrick, qui perd sa femme dans un accident de voiture, dans lequel tout semble accuser les occupants d'un autre véhicule, tous des jeunes d'origine immigrée. Dans une région et un pays gangrénés par le racisme, il n'en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres. Et celui d'une résidence privée et surveillée, un ghetto pour riches qui veulent se protéger du monde et de ses supposés dangers... 

L'intrigue est saisissante, sans temps mort, sans accélération factice. Les personnages ont une force inouïe, ni aimables ni odieux. Le final est éblouissant, ne cède à aucune facilité, avec ce qu'il faut d'ambiguïté pour glacer le sang et une puissance tragique parfaitement maîtrisée. C'est un grand roman noir, qui secoue le lecteur (sans le brutaliser), le questionne et ne lui assène jamais de réponse en forme d'évidence.
Quant au style de Chainas, il est extraordinaire, sec, ciselé. Pas un mot en trop, pas d'emphase ou de lyrisme, une sécheresse qui n'empêche pas la beauté et la précision.

Roman après roman, Chainas construit une œuvre de premier plan et c'est passionnant de le lire. Si vous n'avez jamais lu Chainas, c'est peut-être par celui-ci qu'il faut commencer. En tout cas, je ne saurais trop vous recommander de lire Antoine Chainas, à mon sens un des très grands du roman noir français.

A lire, le billet de Jean-Marc Laherrère, ici. 

Antoine Chainas, Pur, Gallimard/Série noire, 2013.

mardi 4 février 2014

Hécate de Frédéric Jaccaud




Me voici bien déconcertée. Il y a des mois de cela, j'ai acheté La nuit de Frédéric Jaccaud, qui patiente et attend son heure sur ma Pile à lire. N'osant m'y attaquer, j'ai acheté le tout frais Hécate, second opus de l'auteur. Il a le mérite d'être très bref, je me suis donc lancée sans appréhension. Je bénis Jaccaud d'avoir fait court car la lecture a été éprouvante. Sur fond de ré-interprétation mythologique, ce court récit nous plonge d'emblée dans le sordide, et rien ne permettra au lecteur de respirer, jusqu'à la dernière page. Je peux supporter une grande noirceur mais j'ai besoin qu'un personnage, une situation suscitent en moi une émotion positive ou un peu d'empathie. Le récit de Jaccaud est sans concession et j'ai eu le sentiment de ne pouvoir me raccrocher à rien.
Cette froideur se double d'une écriture très belle mais quelque peu emphatique. Je ne suis pas sûre d'aimer ce style, aussi brillant soit-il.
Ai-je détesté? Certes pas. Mais je suis perplexe, pas certaine d'avoir saisi ce que Hécate propose. Je suis peut-être passée à côté, tout simplement. Lirai-je La nuit? Je vais essayer (pas tout de suite quand même), justement parce que je suis intriguée et parce que je suis convaincue qu'il y a là un vrai talent d'écriture.

Une dernière chose qui n'a rien à voir avec le contenu: j'ai lu ce livre en numérique et n'ai repéré aucune coquille, aucun problème. Franchement, ça fait du bien.


Frédéric Jaccaud, Hécate, Gallimard/Série noire, 2014. Lu en ebook.

dimanche 2 février 2014

Rain and books (un bilan pour janvier 2014)




Ce fut un mois marqué par le retour de la BD dans mes lectures et globalement, ce fut une bonne pioche : j’en retiendrai cependant avant tout La colère de Fantômas tome 2, Tout l’or de Paris d’Olivier Bocquet et Julie Rocheleau, pour l’alliance réussie d’un excellent scénario et d’un graphisme somptueux.

Côté romans il m’est plus difficile de choisir : j’ai enfin aimé L’attrape-cœurs de Salinger, j’en parlerai très vite. Si je l’ai relu, c’est parce que Stephen Chbosky m’en a donné envie, grâce à son roman, Le monde de Charlie, qui m’a emballée. La lecture la plus forte de ce mois-ci ? Pur d’Antoine Chainas, ciselé, brutal et magnifique, du grand Chainas.

Mais je dois le préciser, janvier fut faste, aucune déception, aucun roman abandonné, le grand bonheur de lire, en dépit du manque de temps et de la fatigue. Tout au plus ai-je parfois renoncé à quelques lectures au bout de quelques pages, non parce que le roman me tombait des mains mais parce qu’il n’était pas le bon choix à ce moment-là. Février sera court mais je l’espère aussi réussi côté lecture !
D’ailleurs, je retourne aux Débutantes de J. Courtney Sullivan, qui me fait faire la transition entre janvier et février. 

Belles lectures à vous !

Mes lectures du mois (références plus complètes dans les billets, en ligne ou à venir):
Olivier Bocquet et Julie Rocheleau, La colère de Fantômas tome 2, Tout l'or de Paris.
Zep, Une histoire d'hommes.
Eddy Simon et Camille Benyamina, Violette Nozière, Vilaine chérie.
Ken Bruen, Sur ta tombe.
Antoine Chainas, Pur.
Stephen Chbosky, Le monde de Charlie.
J.D. Salinger, L'Attrape-coeurs.
James Sallis, Driven.
Maïté Bernard, Ava préfère se battre.