samedi 9 août 2014

Blast, T01 à 04, de Manu Larcenet






Présentation (BDgest)
Un homme est en garde à vue et deux flics le cuisinent. En douceur, sinon il risque de se verrouiller. L’homme s’appelle Polza Mancini, il a 38 ans, il est obèse et, avant de tout quitter pour tailler la route en direction de l’île de Pâques, il était écrivain. Maintenant, il est en garde à vue parce qu’il a fait quelque chose à Carole Oudinot, quelque chose de grave. Les flics sont là pour essayer de comprendre, et Polza se raconte, tranquillement. Tout a commencé le jour où il a vu son père mourant. C’est là qu’est arrivé le premier blast… Techniquement, le blast est l’effet que provoque une explosion sur l’organisme. Son blast à lui, c’était dans la tête, et ça l’a « modifié ». Explication que les flics, plutôt portés sur la rigueur des faits, ont du mal à gober : « Rhololo ! Les conneries… » S’ensuit un huis clos fascinant, d’où l’on s’évade au gré des souvenirs de Polza.

Ce que j'en pense
Cela faisait un moment que je me promettais de lire Blast, dont les quatre volumes étaient disponibles dans la bibliothèque familiale. J’avoue que cette somme me faisait un peu peur, à cause de la noirceur soulignée par tous. Mais j’aime énormément le travail de Larcenet (Le Combat ordinaire est un grand choc narratif de ces dernières années), Blast était donc incontournable. 
J’ai lu les quatre volumes sur deux jours, profitant de ce début de week-end pour éviter une lecture morcelée. Qu’en pensé-je? Waouh… Ne nous voilons pas la face: ce n’est pas une lecture plaisante, ce n’est pas une oeuvre graphique aimable, et il n’est pas certain que je relirai cette bande dessinée. C’est du moins ce que je me suis dit en refermant le volume 4, mais en réalité, au moment où j’écris ces lignes, quelques heures après, je pense que j’aurai envie de revoir certaines planches. En tout cas, amateurs de légèreté et de friandises graphiques, passez votre chemin. Blast est tout en noirceur, offrant un personnage repoussant, des destins fracassés. L’ensemble dégage pourtant une poésie à la hauteur de la noirceur du récit et du dessin, ce qui n’est pas peu dire. Polza, l’anti-héros dont nous suivons les aveux avec la même circonspection, le même dégoût, la même attention et parfois la même colère que les deux policiers qui l’entendent, est un personnage riche, complexe, qui interroge le rapport au corps, à l’identité, à la folie, tour à tour repoussant et bouleversant. A travers lui, Larcenet aborde une fois encore le rapport au père, mais Blast est par ailleurs traversé par une foule de figures paternelles (réelles ou symboliques), ambivalentes, pas toujours protectrices. 
Ces quatre volumes débordent toutes les catégories, tout à la fois oeuvre noire, drame social et psychologique, réflexion mystique et poétique. Si la construction du récit sur les quatre volumes force l’admiration, le dessin n’est pas en reste et il faut reconnaître qu’avec Blast, Larcenet se surpasse. Il travaille les noirs et les gris de manière saisissante, avec seulement quelques pages en couleurs, pour évoquer le passé ou les moments de « blast », dans une explosion colorée, où se superposent le trait de Larcenet et des dessins d’enfants. De cette grande noirceur s’échappent des cases et des planches qui restituent la beauté simple, sobre et sauvage de la nature, la vraie, avec sa faune. Les visages m’ont également saisie: chez Polza, chez son père, il y a une oscillation entre le réalisme du trait et une stylisation poétique, qui confère aux visages des allures d’oiseau ou de pierrot (un peu monstrueux). 

Bref, Blast est une très grande oeuvre graphique, saisissante et bouleversante. 

Manu Larcenet, Blast, Dargaud, 2009-2014.
T01, Grasse Carcasse, 2009.
T02, L'apocalypse selon Saint Jacky, 2011.
T03, La tête la première, 2012.
T04, Pourvu que les bouddhistes se trompent, 2014.

2 commentaires:

Jean-Marc a dit…

Oui, oui, oui et re-oui !
Un vrai chef-d’œuvre, aussi noir que magnifique.
Et je sais que je le relirai.

Tasha a dit…

Oui, la claque! Mais du genre qui fait tendre l'autre joue!