dimanche 23 décembre 2012

Absente de Megan Abbott



Présentation (quatrième de couverture)
7 octobre 1949. Jean Spangler, une actrice de second plan, embrasse sa fille et quitte son domicile pour un tournage de nuit dans un studio de Hollywood. On ne la reverra jamais. Les seules traces qu’elle laisse derrière elle : un sac à main retrouvé dans un parc, et beaucoup de rumeurs sur de supposées aventures avec des stars de cinéma et quelques maffieux. L’enquête – confiée à l’unité de police déjà chargée du fameux meurtre du Dalhia noir en 1947 – tourne court, une fois de plus. Deux ans plus tard, Gil Hopkins, un attaché de presse en vogue, qui avait couvert l’affaire de la disparition de Jean pour le studio où elle travaillait à l’époque, est pris à partie par une amie de la jeune femme, qui l’accuse de vouloir étouffer l’affaire. Du coup, Gil reprend l’enquête. A partir d’un authentique fait divers, Megan Abbott nous entraîne dans l’enfer des bas-fonds de Hollywood où toute vérité n’est pas bonne à dire…

Mon avis
J’ai découvert Megan Abbott dans un numéro de 813 (interview dans le numéro 112), et depuis quelques mois, j’avais envie de lire l’un de ses romans. Mon choix s’est porté sur Absente, et bien m’en a pris. Megan Abbott ne fait sans doute pas partie des plus grandes plumes du noir, mais elle nous livre un roman impeccable, d’une noirceur absolue, que j’ai eu du mal à lâcher.
J’ai aimé le point de vue masculin choisi. Megan Abbott a le talent de nous faire entrevoir la domination masculine sans verser dans un propos simpliste ou manichéen, et cela me semble dû en large part à ce choix initial. Elle nous plonge avec aisance dans une époque glorieuse pour Hollywood, et en bon petit soldat du roman noir, elle lève le voile et montre les ordures savamment planquées par l’industrie du rêve : exploitation, asservissement, déviances, pouvoir de l’argent et des médias. Certes, rien de nouveau dans cette peinture au vitriol, mais j’en suis tout de même sortie avec des tas de questions sur l’industrie cinématographique et ses contradictions. Les atmosphères sont merveilleusement rendues, c’est du noir, et l’on croise des personnalités du star system mais aussi de la pègre. Les échos sont forts avec l’univers d’Ellroy (je pense bien sûr au quatuor de Los Angeles), et ce n’est pas le moindre intérêt d’Absente. C’est le caniveau de Hollywood qui est évoqué, dans certaines pages saisissantes, mais du rêve sur pellicule aux bas-fonds, il n’y a qu’un pas, et les visages tant aimés du public pour leur candeur et le rêve qu’ils offrent sont terrifiants dès lors qu’ils quittent les plateaux. Sur ce point Megan Abbott ne fait pas de concession : aussi ambivalentes que soient les jeunes femmes de son roman, elles n’atteignent pas la noirceur des âmes masculines. Les hommes sont tout à la fois dominés par des motivations financières et par des pulsions destructrices et criminelles, qu’ils assouvissent sur ces jeunes femmes qui ne mesurent pas toujours le danger ou sont trop attirées par les feux de la rampe, prêtes à toutes les concessions, à toutes les souillures pour briller au firmament d’Hollywood.
Les personnages sont assez fascinants : chacun est à sa manière un stéréotype (je le dis sans nuance négative) auquel Megan Abbott réussit à injecter une bonne dose d’humanité et donc de complexité. Gil Hopkins, notre personnage masculin, est dépeint dans toute son ambiguïté, et comme il est doté d’une part suffisante de réflexivité, il parvient à porter une jolie interrogation sur le destin de ces jeunes femmes jetées en pâture et pourtant pas totalement innocentes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si Jerry, son ami, est l’autre figure masculine du roman, ce sont les femmes qui sont au premier plan. Jean Spangler est un joli tour de force : starlette ayant réellement existé (Megan Abbott s’appuie sur un fait divers de l’époque), elle est l’absente obsédante du roman, mélange de beauté vénéneuse et de victime tragique. Chez ce personnage comme chez toutes les figures féminines qui peuplent Absente, Megan Abbott insuffle suffisamment de complexité pour interroger le lecteur. Frannie est également un très beau personnage, même si elle est très différente. On ne saura pas vraiment ce qui anime les bourreaux (patrons, amants, acteurs…), ce n’est pas ce qui intéresse la romancière. Mais pour chaque figure féminine, on en sait suffisamment pour cerner les trajectoires, les cassures, les rêves.
Enfin, j’ai tout simplement été captivée par ce roman, dont la fin m’a offert un joli rebondissement (une surprise totale) sans rien enlever de la noirceur de l’histoire.

Le mot de la fin
Entêtant.

Megan Abbott, Absente (The Song is You), Sonatine, 2009. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benjamin Legrand. Réédition : Le Livre de Poche (2011). Publication originale en 2007 (Simon & Schuster).  

2 commentaires:

Shelbylee a dit…

Ca y est j'ai publié mon billet. J'ai bien aimé, même si je souligne quelques points négatifs. En tout cas, l'ambiance est géniale. Je lirai sans aucun doute un autre livre de l'auteur !

Tasha a dit…

Contente que tu aies aimé! Moi aussi je tenterai probablement un autre titre de l'auteur. Je vais de ce pas lire ton billet!