dimanche 9 juin 2013

Concert de Benjamin Biolay, 7 juin 2013


Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler concert, musique.
Vendredi 13 juin, concert de Benjamin Biolay à Boisseuil, à deux pas de Limoges. Je précise que je n’aime pas la chanson française de ces vingt dernières années, vraiment pas : question de goût. Pourtant j’aime le travail de Benjamin Biolay depuis son premier album, Rose Kennedy, acheté alors les yeux (les oreilles) fermés à sa sortie, sur la foi d’un article de Libération. Ce premier album me bouleverse par l’émotion et la mélancolie qu’il dégage, et il me séduit aussi par la précision des arrangements, du travail musical accompli. J’aime la totalité de la discographie de Benjamin Biolay, mais j’ai un faible pour le premier album et pour Trash Yéyé, pour A l’origine, aussi.
Néanmoins, j’appréhendais le concert, pour diverses raisons : mon cher et tendre n’est pas un grand fan de Benjamin Biolay, je craignais qu’il ne s’ennuie et j’avais envie de partager ce moment ; je redoutais d’être déçue, tout simplement, n’ayant jamais eu l’occasion de voir Benjamin Biolay sur scène.
Une petite salle (capacité : 1000 personnes je crois), presque pleine m’a-t-il semblé. 21 heures pétantes, Benjamin Biolay entre en scène avec ses musiciens et attaque par « La Superbe », choix intelligent parce que la chanson est forcément connue de tous. Une version scénique superbe (ha ha ha !), intéressante. La setlist met l’accent sur le dernier album, ce qui est logique, mais pour avoir vu une setlist d’une autre date – parisienne – de la tournée, je sais qu’il fait parfois plus de place à d’autres albums, antérieurs à La Superbe. Le choix est cependant motivé, je me rends compte assez rapidement qu’il y a dans la salle deux publics : celui qui a découvert Benjamin Biolay avec La Superbe et qui connaît ses deux derniers albums ; ce public est moins à l’aise sur des titres empruntés à des albums plus anciens. L’autre public est composé de ceux qui connaissent toute la discographie de l’artiste (fans de la première heure comme moi ou qui l’ont découvert avec La Superbe et sont « remontés » dans sa discographie) : ça vibre dès les premières mesures de « A l’origine », des « Cerfs-volants »…
La setlist m’a comblée. Bien sûr, il y a des titres que j’aimerais entendre sur scène parce que je les adore, et puis il y a quelques titres qui à mon sens ne donnent pas toute leur mesure sur scène. Mais l’ensemble est quasi parfait, et les deux titres que je viens de mentionner sont pour moi de grands moments. Je n’adore pas « A l’origine » sur l’album mais sur scène, il est somptueux, il prend une force incantatoire qui me soulève. Benjamin Biolay en livre une version nouvelle (par rapport à celle que je connais via le live édité en 2010), très travaillée, puissante. Et la version des « Cerfs-volants » me bouleverse, avec ce sample de Marylin Monroe, avec la voix de Benjamin Biolay 2013. Je pourrais égréner bien des titres, mais je mentionnerai simplement « Marlène déconne », somptueuse version, « Ne regrette rien » ou « Profite »…
Mon cher et tendre ne s’est finalement pas ennuyé, il a même aimé le concert*, parce que Benjamin Biolay est un musicien, un vrai, qui livre sur scène (comme sur album) un grand travail sur le son, sur les arrangements, qui ne cède jamais à la facilité et fait des choix surprenants, parfois audacieux. Le son est très bon, les morceaux pleins de surprises musicales pour qui y prête attention, et la voix même de Benjamin Biolay est un instrument, qu’il utilise comme tel. Il y a parfois des inflexions gainsbouriennes, évidemment, parfois des inflexions plus pop, parfois presque rap : il joue de sa voix en virtuose. La scène souligne souvent la dimension incantatoire de ses morceaux (par la voix, par les arrangements) et j’adore ça. Ses musiciens** sont talentueux, très talentueux, tous. Mention au musicien qui est aux claviers (et au theremine), Marc Chouarain, et qui pallie parfois les petites insuffisances des techniciens qui sont à la console.
Enfin, en province, et en tout cas dans ma ville, on peut toujours craindre que l’artiste ou le groupe ne fasse son show à l’économie. Rien de tel ici : Benjamin Biolay livre un concert de 1h45, avec deux rappels, il sait faire réagir son public, le faire danser. Je ne sais s’il a passé un grand moment, mais il nous en a offert un, et il sait remercier son public, on le sent en demande de l’estime de ce public. Je pense toujours en le voyant qu’il s’en est pris plein la figure il y a quelques années, que le public s’était un peu détourné de lui, que la profession était plus qu’hostile. Aux yeux de nombre de mes amis, il est incompréhensible que j’aime Benjamin Biolay, soit parce qu’il est de bon ton de le détester ou de le mépriser, soit parce qu’il est jugé très loin de nos goûts communs (ce qui est vrai). Pour moi, Benjamin Biolay est très au-dessus du lot, c’est un auteur-compositeur qui me touche et me bouleverse, et c’est à mes yeux un grand musicien. Quand je regarde ma discographie, il est presque une anomalie (je ne sais pas s’il apprécierait d’être considéré comme une anomalie, pardon pardon !), mais cela n’a aucune importance.


* il avait assisté il y a fort longtemps (nous ne nous connaissions pas encore) au concert de Benjamin Biolay au festival des Inrocks, le même soir que New Order : concert de Benjamin Biolay catastrophique, voix noyée dans de multiples (et bien trop nombreux) instruments. Bref, vendredi soir, il n’était pas conquis d’avance…
** Sauf erreur de ma part, Denis Benarrosh à la batterie, Thomas Coeuriot à la guitare et au violoncelle, Nicolas Fiszman à la basse, Pierre Jaconelli à la guitare, et donc Marc Chouarain aux claviers et thérémine. Bref, pas des rigolos.


Benjamin Biolay, concert du 13 juin 2013, Limoges-Boisseuil (Espace du Crouzy).

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour votre article. Il reflète bien la créativité lumineuse de BB. Votre analyse est pertinente. J'espère qu'il donnera envie aux personnes septiques d'assister à ses superbes concerts. Carmen



Tasha a dit…

Merci! "Créativité lumineuse", voilà qui est joliment dit. Si je pouvais convaincre une seule personne d'aller le voir en concert (et d'écouter son travail sur album), je serais ravie!