lundi 20 août 2012

L'Homme délaissé de C.J. Box



Présentation
Nous retrouvons Joe Pickett, garde-chasse dans le Wyoming, mari de Marybeth et père de Sheridan et Lucy. Il doit s’absenter et remplacer un collègue, Will Jensen, garde-chasse à Jackson (toujours dans le Wyoming mais dans un autre comté) : celui-ci vient de se suicider, ce qui ne manque pas d’étonner tous ceux qui le connaissaient. L’arrivée de Joe ne plaît à personne…

Mon avis
Cela faisait un moment que je me promettais de refaire un tour du côté de chez Joe Pickett, et un billet enthousiaste de Jean-Marc Laherrère m’a décidée. Lors de ma récente escapade à Toulouse et à la fabuleuse librairie Ombres blanches, j’ai donc acheté le roman*, dont j’ai lu une vingtaine de pages avant de revenir chez moi, et que j’ai terminé sitôt le livre repris, complètement happée par l’histoire et incapable de lâcher le roman avant la fin !
C. J. Box, c’est du polar assez classique, du roman noir solide et bien construit. Je ne m’attends pas à de folles courses-poursuites ou à de trépidants rebondissements. Pourtant, il y a une vraie tension narrative, dont témoigne mon incapacité à lâcher le bouquin. C. J. Box ne joue pas avec mes nerfs (désolée, mais passé un certain degré, je déteste ça !), du moins dans ce volume, mais il m’embarque et me donne envie de savoir ce qui va se passer à la page suivante. A aucun moment je ne me suis ennuyée, j’ai presque oublié la chaleur caniculaire de cette fin août en parcourant les grands espaces du Wyoming par un bel automne américain, en rêvant de la fraîcheur des nuits de Jackson…
J’ai aimé retrouver les personnages de la série, à commencer par Joe, héros à la fois atypique (parce qu’il est garde-chasse, et non pas flic ou privé) et très classique (dans son comportement de personnage de noir) ; la crise se fait sentir dans son couple avec Marybeth, et ce n’est pas la rencontre avec Stella qui arrange les choses… J’ai aimé retrouver la jeune Sheridan, grandie, en pleine crise d’adolescence et en conflit avec sa mère. Et j’ai adoré que Nate soit dans les parages : c’est un personnage secondaire que je trouve typique du roman noir américain et que j’affectionne particulièrement. L’ami indéfectible du héros et de ses proches, mystérieux, à la marge, voire complètement inquiétant. Même si Nate est TRES différent, il joue un peu le même rôle que le barzingue Bubba dans les merveilleux/extraordinaires/fabuleux/indispensables** polars de Dennis Lehane, autour de Patrick Kenzie et Angela Gennaro… Je note d’ailleurs que C. J. Box me laisse sur une question insupportable à son sujet, et je sens bien que je ne vais pas supporter longtemps de ne pas avoir la réponse… (traduction : en dépit d’une PAL qui s’est encore rehaussée depuis mon passage à Toulouse, je pense que je ne vais pas tarder à acquérir un autre C. J. Box)
Autre point fort du roman, évidemment, son évocation de la nature. Je suis absolument fan de Craig Jonhson, mais j’admets qu’avant lui, C. J. Box a construit une série où la nature joue un rôle capital. Même pour l’indécrottable urbaine que je suis, il y a quelque chose de fascinant dans l’évocation de ces paysages sauvages, de cette nature puissante… Dans L’Homme délaissé, comme toujours, l’auteur lui fait la part belle, d’autant plus que Joe Pickett est lui-même, en quelque sorte, dépaysé, arrivant dans un environnement qu’il maîtrise moins que celui dans lequel il vit habituellement. Cela nous vaut de superbes descriptions.
Enfin, l’intrigue est impeccable : rapidement posée, l’histoire est bien construite, complexe sans être absconse, et même s’il y a quelques belles ordures, les personnages ne sont ni entièrement blancs, ni entièrement noirs. Avec Stella, on voit arriver une femme fatale, mais j’avoue avoir été surprise face à ce personnage plus « doux » que prévu. J’ai apprécié Smoke, dont il serait facile de faire un odieux crétin armé. Au final, C. J. Box amène son lecteur à réfléchir, car les engagements, les positions des uns et des autres sont (presque !) toujours défendables, loin des clichés habituels. Au final, seul l’appât du gain est inacceptable (voir les belles ordures auxquelles je faisais allusion). Les autres sont tous, à leur manière, des amoureux de la nature et de sa faune.
En revanche, tout le monde se plaint de la traduction : je n’ai pas été frappée par les problèmes de traduction ou d’adaptation, mais il est vrai que le vouvoiement inopiné entre Joe et Nate est saugrenu. Ce serait bien que les éditeurs assurent un minimum de suivi entre les ouvrages d’une série, notamment lorsqu’il y a un changement de traducteur. A moins qu’ils ne considèrent que la littérature de genre ne mérite pas une telle attention, évidemment…

Pour qui ?
Pour les amateurs de polar et de grands espaces américains.

Le mot de la fin
Sauvage et dépaysant.

*ainsi qu’un roman de Pat Conroy et le premier volume des aventures de Pepe Carvalho, par Montalbàn, rééditées par le Seuil.
** merci de ne rayer aucune mention, toutes sont utiles !

C. J. Box, L’Homme délaissé (Out of Range), Points/Seuil, 2009. Traduit de l’anglais (USA) par Anick Hausman. Première publication en France : Seuil, 2007.  

5 commentaires:

Brize a dit…

C'est bien "Détonations rapprochées", le premier (j'en ai entendu parler sur un blog il y a peu, je ne connaissais pas ) ?
Comme tu évoques Craig Johnson, Tapply... et Bubba, ça devrait me plaire, en tout cas !

Tasha a dit…

Oui, c'est bien le premier! Je ne sais plus du tout comment j'avais connu cet auteur, à vrai dire. Le personnage de Nate est quand même très différent de Bubba (moins psychopathe!), mais c'est le même type d'emploi, si je peux employer ce mot. Il semble que les premiers de la série Joe Pickett soit vraiment bien, ensuite c'est inégal... dixit Jean-Marc Laherrère, grand maître du noir!

Tasha a dit…

euh... "soiENT vraiment bien", désolée...

keisha a dit…

Ah oui, Joe Pickett est mon garde chasse préféré du Wyoming, j'ai lu une de ses aventures et devrais bien y repiquer un jour;..
Note : mon shérif préféré du Wyoming est , bien sûr, Walt Longmire, que je lis en VO quasiment chaque fois, histoire d'avoir une longueur d'avance (et pas de pb de traduction, même si chez gallmeister on peut leur faire confiance)

Tasha a dit…

Aïe! imagine qu'il faille choisir entre Joe Pickett et Walt Longmire... Enfin, en réalité je sais : je choisis Walt Longmire, parce que je préfère définitivement les romans de Craig Johnson. Je les lis en français, et le prochain arrive en février, youpi!!!!!!!!!!!