mercredi 22 août 2012

Dernière nuit à Twisted River de John Irving


Présentation (éditeur)
1954, au nord du New Hampshire, à Twisted River, pays sauvage des bûcherons et des flotteurs de bois, les draveurs, Dominic Baciagalupo, 30 ans, veuf et père de Danny, 11 ans, travaille comme cuisinier avec, pour garde du corps Ketchum, l’ogre anarchiste au grand coeur, l’ami de toute une vie. Suite à la mort malencontreuse de Jane, sa maîtresse, causée par Danny qui l’a prise pour un ours, père et fils fuient le courroux revanchard du shérif Carl, l’« officiel » de la dame. Première étape, Boston, où Dominic cuisine dans un restaurant italien, où Danny rêve de devenir écrivain. De nouveau inquiétés par le shérif, les Baciagalupo se bâtissent une nouvelle vie dans le Vermont : après avoir tâté de la gastronomie chinoise, Dominic se lance à son compte avec succès, et Danny devient un écrivain célèbre. Ultime étape : Toronto. Mais on n’échappe pas à la rage vengeresse du shérif !

Mon avis
J’avais 17 ans quand j’ai lu mon premier John Irving, Le Monde selon Garp, et je n’avais jamais lu une chose pareille. J’ai également adoré L’Hôtel New Hampshire et Une prière pour Owen, et pendant quelques années, j’ai suivi son parcours de romancier avec délices. Puis, je ne sais plus vraiment pourquoi, j’ai cessé de le lire.
Lorsque Dernière nuit à Twisted River est sorti, les critiques étaient excellentes et j’ai failli l’acheter. C’est finalement la sortie en poche du roman qui m’a décidée, et depuis, l’ouvrage patientait dans ma PAL. Le challenge « Pavé de l’été » lancé par Brize m’a donné le courage de me lancer, et il est vrai que j’ai lu le roman rapidement. Pourtant, c’est une déception : j’ai l’impression que je n’aime plus John Irving, et cela me désole, parce que j’ai vraiment adoré cet auteur…
Il y a pourtant tous les ingrédients d’un bon Irving (je commence par ce que j’ai bien aimé) : un univers original, posé avec brio, des personnages déjantés juste ce qu’il faut, à leur manière des marginaux, à qui j’avais vraiment envie de m’attacher. Mention spéciale à Ketchum, colosse anar au franc-parler réjouissant (hilarant dialogue vers la fin du roman sur Bush !), ainsi qu’à certains personnages féminins (Jane l’Indienne, Pack de Six) hauts en couleurs. Les dialogues sont brillants, parfois très drôles, les situations « barrées », insolites, sont souvent de belles trouvailles. J’ai adoré aussi l’argument, qui pousse Dominic et son fils Danny sur les routes tout au long de leur vie, et il faut reconnaître qu’Irving sait y faire pour que chaque nouveau départ soit idéalement amené, parfaitement plausible. Cette vengeance (presque) toujours différée, c’est assez prodigieux, d’autant que le romancier, habitué à étirer les intrigues sur de longues durées, nous embarque en 1954 pour nous lâcher en 2005 sans que cela semble artificiel. Bref, en termes de personnages, de situations, de dialogues, de construction narrative, John Irving reste grand.
Mais alors, me direz-vous, tout va bien, pourquoi être déçue ?
La magie n’a pas opéré pour moi. Certes, il y a eu des passages où j’étais embarquée au point de ne plus pouvoir arrêter de lire (d’où la rapidité à engloutir les 680 pages). Mais en fait, j’aurais souvent pu stopper net (et définitivement) ma lecture sans éprouver le moindre regret. J’ai davantage aimé les personnages secondaires (en particulier ceux que j’ai nommés plus haut) que les deux héros : si le père, Dominic, a pu m’émouvoir un peu, il n’en a pas été de même avec le fils, Danny, en particulier à partir du moment où il devient adulte. Sa vie de jeune homme et d’homme m’a laissé un peu froide, je ne sais pas bien pourquoi, mais, oserai-je le dire, j’en avais un peu assez, et j’avais du mal à le comprendre ou à ressentir de l’empathie à son égard. Du coup, je ressentais le récit de ses mésaventures (notamment) sentimentales comme des digressions… Enfin, je n’ai pas beaucoup aimé le côté « mise en abyme » du récit : Danny devient écrivain, il y a dans ses romans et son parcours des échos avec l’itinéraire d’Irving ; surtout, la fin nous ramène au début du roman, puisque Danny commence un roman, dont il trouve la première phrase qui est, je vous le donne en mille, la première phrase du roman… Même si c’est brillamment fait, je n’ai pu m’empêcher de penser que j’avais lu ça bien des fois…
Je suis presque triste de ne pas avoir aimé, même si je ne peux pas dire que j’ai détesté. C’est une déception à la hauteur de mes attentes : j’avais envie d’aimer, de me laisser emporter par ce merveilleux conteur qu’est John Irving, et ce n’est pas tout à fait le cas. Vos avis sur ce roman seront les bienvenus, je suis un peu désemparée au terme de cette lecture… Suis-je la seule amatrice d’Irving à être restée en dehors de Dernière nuit à Twisted River ? Et puis c’est bête, non, d’avoir répondu au challenge « Pavé de l’été » avec un roman finalement décevant…

Le mot de la fin
Snif…

Merci à Brize pour le challenge!!

John Irving, Dernière nuit à Twisted River (Last Night in Twisted River), Points/Seuil, 2012. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun. Première édition française: Seuil, 2011. Edition originale: Bloomsbury Publishing, 2009.

2 commentaires:

Brize a dit…

J'ai moi aussi adoré John Irving... puis cessé de le lire.
Pour celui-ci, je me souviens d'avoir lu à sa parution des critiques de blogueuses comme toi un peu déçues, donc ce n'est pas avec cet opus que je renouerai avec l'auteur (mais si ton avis avait été positif, j'aurais pu envisager de le faire).
Belle participation au challenge malgré tout : bravo !

Tasha a dit…

Ce que tu me dis me rassure un peu... Et bravo à toi d'organiser tout ça!