mardi 28 octobre 2014

Ranger, dit-elle...

Source (non, ce n'est pas chez moi : j'adorerais, notez bien)

Une envie de bouger les bibliothèques pour gagner de la place dans le bureau, une envie de tri dans les bouquins qui se sont accumulés et qui ont parfois été rangés de manière hâtive et anarchique, voilà qui donne finalement un dimanche de rangement. 
Jeune, étant issue d’une famille où l’on ne lisait pas (mais où l’on m’a toujours acheté tous les bouquins que je voulais), j’étais heureuse d’accumuler les livres, et je me souviens de ma première bibliothèque, fabriquée par mon père dans un mauvais matériau. Les étagères n’ont pas tardé à ployer sous le poids, mais cela importait peu. J’étais fière de regarder mes premiers livres de poche de grande s’y accumuler peu à peu. 
L’apprentissage de la lecture a été un bonheur pour moi et l’amour des livres remonte à mes premiers balbutiements d’apprentie lectrice : je sais qu’au CP, j’emportais partout avec moi le livre de lecture (avec Mimi, Coco pour ceux à qui ça parle). J’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main, et je suis d’une époque et d’un milieu où ce penchant immodéré pour l’activité solitaire qu’est la lecture inquiétait quelque peu. Evidemment, je préférais déjà la compagnie d’un livre à celle de mes petits camarades… C'est toujours le cas. 
En 6ème, conseillée par une prof de français, j’ai découvert Agatha Christie. Je me suis mis en tête de devenir auteure de romans policiers, et j’ai même écrit au Masque pour savoir comment on se fait éditer : ils m’ont répondu très gentiment, sans doute amusés et touchés par cette demande d’une gamine de onze ans… Je donnerais cher pour avoir encore cette réponse, malheureusement perdue. 
En 4ème j’ai commencé à lire les classiques, comme mon premier Balzac, Eugénie Grandet, acheté dans une brocante en Livre de Poche, dans un état impeccable. Et j’ai découvert la littérature contemporaine : un oncle (ancien instit) m’a offert Lullaby de Le Clézio, et ça a été l’enchantement… Comme cette année-là Le Clézio faisait paraître Le chercheur d’or, j’ai cassé ma tirelire et acheté ce magnifique roman en grand format, dont je connais encore la première phrase : « Du plus loin que je me souvienne, j’ai entendu la mer. » Mais j'ai aussi acheté Quartier perdu de Patrick Modiano, qui m’a bouleversée et que je relis très souvent, comme vous le savez si vous suivez ce blog… J'ai commencé à lire la presse spécialisée, comme Les nouvelles littéraires.
Entre l’âge de 11 ans et de 30 ans, j’ai lu compulsivement (ce que je continue de faire) et surtout, j’ai acheté, acheté. Adolescente, je crois que tous les petits sous obtenus lors des anniversaires et des Noël y passaient, sans compter que mes parents, sans réserve, contribuaient financièrement à mes achats de livres avec générosité. Puis j’ai gagné ma vie et de quoi nourrir ma passion. Entrée dans la vie active de manière stable, j’ai investi dans l’achat de bibliothèques, qui sont près de moi au moment où j’écris ce billet. 

Et maintenant j’ai 42 ans. Je lis toujours autant, même si j’ai quasiment abandonné les classiques. Presque chaque pièce de la maison (certes petite) accueille des livres: à dire vrai, seule la salle de bains n’en contient pas. Garage, cuisine, couloir, aucun espace n’y échappe, nous sommes deux grands lecteurs dans cette petite maison… 
J’en ai déjà parlé, je suis passée au numérique. Cela me permet de limiter les achats de livres papier (hormis les BD), afin de juguler l’accumulation. Mais j’ai décidé aussi de faire un grand tri, occasion d’un rangement rigoureux qui n’a que trop tardé. 
Etape 1 : les classiques. Soyons lucide : les éditions de poche accumulées depuis les années 1980 ont vieilli, et la police est parfois microscopique. Le grand âge venant et mes problèmes de vue étant ce qu’ils sont suite à l’opération, je sais que je ne relirai pas ces éditions-là. Une bonne partie de ces classiques est disponible gratuitement en numérique (dans des éditions de qualité certes variable), de sorte que si je veux les relire un jour, ce ne sera certainement pas dans ces éditions. Vérification du stock disponible en numérique, et hop! à dégager, direction Emmaüs.
Etape 2: les romans contemporains (comprendre : parus après 1960). Premier principe de tri: ce que j’ai aimé, ce que je n’ai pas aimé; ce que je peux avoir envie de relire, ce que je ne relirai assurément pas. Second principe de tri: les polices microscopiques à bannir. J’ai été sans pitié. L’envie de bibliothèques moins chargées était trop forte. 
Etape 3: les doublons. Ce n’est pas un cas fréquent, mais il m’est arrivé, faute d’un rangement rigoureux, faute d’une mémoire impeccable, de racheter un bouquin que j’avais déjà, soit parce que je ne le trouvais plus (persuadée alors de l’avoir prêté), soit parce que j’avais oublié que je l’avais. Et puis il y a les bouquins présents en diverses éditions parce qu’à un moment de mes études, on m’a fait racheter une édition différente. 

Résultat : cinq grands sacs pleins de livres sont partis ou sont en partance chez Emmaüs. Pas de grand vide dans mes bibliothèques mais des rayonnages plus cohérents et une impression plus agréable à l’oeil. J’y ai passé presque tout mon dimanche et à un moment, alors que le sol était jonché de piles de livres, j’ai eu un grand moment de désespoir. Je trouve toujours qu’il y en a trop. Mais j’ai le sentiment d’avoir repris le contrôle de la situation et d’y voir clair. C’est déjà un grand pas. 
Et je me souviens de Pepe Carvalho dans les polars de Montalban: Pepe brûlant ses livres, voilà qui me choquait terriblement. Je le comprends désormais, même si mes motivations pour me débarrasser de mes livres n’ont rien à voir avec les siennes. 


Et vous, vous arrive-t-il de vous dire que vous avez trop de livres? Comment faites-vous pour ne pas vous laisser dépasser par la situation? 

8 commentaires:

Shelbylee a dit…

Je ne pense jamais que j'ai trop de livres, mais plutôt que mon appart est trop petit ^^ Enfin, il me reste encore un peu de place et ce we, j'ai fait un peu comme toi (de manière beaucoup moins importe puisque c'est seulement 8 livres qui ont disparu). Je savais que je ne les relirais pas parce qu'ils ne m'avaient pas plu.

Miss Cornelia a dit…

Oui et non, c'est que je les aime mes livres...mais il m'arrive d'en donner aux gens que j'apprécie...et parfois d'en jeter, car l'humidité les ronge les pauvres. J'ai toujours ceux que l'on m'a offerts, notamment celui de ma grand-mère qui n'y connaissait sans doute pas grand chose et me donna cependant un des premiers litt.de jeunesse qui m'ait chamboulée!!!

Tasha a dit…

@Shelbiylee : je comprends! Disons que j'en étais arrivée à ne plus avoir de place du tout. Le plus raisonnable est de faire comme toi, de liquider au fur et à mesure quelques volumes. Huit, mine de rien, ça fait de la place pour 8 remplaçants! :-)
@Miss Cornélia: Je suis bien placée pour savoir que tu n'hésites pas à donner :-) Il y a moi aussi des livres dont je ne me séparerais pour rien au monde, valeur sentimentale oblige... Mais pour le reste, bizarrement, je suis moins sensible qu'avant à l'objet livre. Et comme toi, j'en ai certains qui se sont abimés, remisés dans un endroit trop humide. Aujourd'hui, j'en ai apporté une petite caisse à la déchèterie...

keisha a dit…

Je viens de vivre ça (et c'est récurrent d'ailleurs) grâce à des travaux... (il y a quelques années j'avais choisi d'acheter des bibliothèques, mais là, je voulais trancher!)
Donc le tri : à jeter (trop vieux, contenu obsolète)(la non fiction scientifique vieillit), à donner à emmaus ou la bibli (surtout des SP que je ne relirai pas)à vendre en bourse aux livres... Un bon paquet a donc disparu, mais il ne faut pas s'illusionner, j'en ai aussi acheté..^_^ Fort heureusement la maison est grande.
J'ai bien aimé ton parcours de lectrice!

Tasha a dit…

Oui, vient un moment où la solution n'est pas d'acheter des bibliothèques, il faut trier! D'accord avec toi, la non fiction scientifique vieillit vite... J'ai fait du tri aussi de ce côté-là. Pour acheter d'autres livres, dans tous les cas.. Et merci pour ta dernière remarque! :-)

Anonyme a dit…

Je n'arrive pas à me défaire de mes livres, il y en a partout... Ma seule façon de limiter leur avancée, c'est de les acheter neufs, sauf exception. Adieu les retours d'Emmaüs, chargé de sacs de livres...

éléa a dit…

Ben voilà c'est fait ;-) comme toi, je bannis les romans avec une petite police de caractère, car moi aussi mes yeux se fatiguent et je trouve la lecture beaucoup moins agréable.

Tasha a dit…

Bravo! Oui, hein, c'est fou, on se demande parfois comment on a fait pour lire des choses imprimées dans une police aussi petite! Et c'est devenu un critère au moment de l'achat. Bon, je ne sais pas si tu as l'impression d'avoir fait beaucoup de place, mais je suppose que comme moi, tu as au moins eu l'impression que tout était mieux rangé, plus clair.