lundi 19 août 2013

Le bon père de Noah Hawley


Présentation (quatrième de couverture)
Le Dr Paul Allen, rhumatologue réputé, mène une paisible existence dans le Connecticut avec sa deuxième femme et leurs jumeaux. Un beau soir, il apprend par la télévision que Jay Seagram, le candidat démocrate à l’élection présidentielle et l’espoir de tout un peuple, vient d’être abattu au cours d’un meeting à Los Angeles. La police a immédiatement arrêté l’assassin. Et cet assassin n’est autre que Daniel, son fils aîné, né d’un premier mariage, dont il était sans nouvelles depuis longtemps. Paul Allen ne veut pas croire à sa culpabilité et se sent dès lors investi d’une mission : rétablir la vérité et sauver Daniel, l’enfant un peu égaré, à la fois doux et étrange, qu’il n’a sans doute pas assez aimé. Commence alors pour lui un long périple où, de fausses pistes en désillusions, il devra reconstituer les derniers mois de la vie de Daniel et affronter son passé…

Mon avis
Ah ! le voilà le livre que j’attendais en ce mois d’août, le livre capable de me captiver et de me chambouler. Etrangement, la Série Noire a accolé la mention thriller à ce qui est, selon moi, un pur roman noir. S’il se passe des choses extraordinaires pendant les premières pages, il n’y a guère de traits du thriller et ceux qui affectionnent les romans trépidants en seront pour leurs frais. D’ailleurs, si je considère que Le bon père est un bijou de roman noir, je pense aussi qu’il pourrait être publié dans une collection générale sans que personne ne bronche.
Les parents qui liront ce roman seront touchés d’une manière particulière par le questionnement de cet homme qui, face à la dérive criminelle de son fils, s’interroge : est-il responsable ? qu’a-t-il fait ou que n’a-t-il pas fait ? où a-t-il échoué ? peut-il encore sauver son fils ? et de quoi ? Pourtant, je crois qu’il n’est nul besoin d’être père ou mère pour se sentir frappé au cœur par ce questionnement qui est aussi une interrogation sur le sens que l’on donne – ou non – à son existence, sur les choix que l’on fait et qui n’engagent pas que nous. J’ai été bouleversée par ce personnage, tout comme j’ai été bouleversée par son fils, qui se caractérise par une sorte d’absence, de retrait à soi-même et au monde. J’aime beaucoup la façon dont le romancier nous livre alternativement son narrateur, le père, et le personnage du fils. On apprend à les connaître, et cependant que sait-on du fils à la fin, en dehors des faits ? Pas grand-chose, et c’est là toute la beauté tragique du roman de Noah Hawley : il n’y a que des questions, douloureuses, poignantes, et un sentiment d’impuissance. Il est trop tard, trop tard pour tout.
La mention d’autres affaires comparables (mais pas similaires) donne également toute sa dimension au roman : au delà de l’histoire d’un homme et d’une famille, Le bon père nous interroge sur un pays, les Etats-Unis d’Amérique, un pays dont les fils prennent parfois les armes pour assassiner un sénateur, un prétendant à la présidence ou tout simplement des anonymes. Quelle est la signification de ces gestes criminels ? Est-elle politique ? Ou traduit-elle les névroses familiales d’un pays qui finit par avoir peur de ses enfants ? Là non plus, il n’y a pas de réponse.
La construction du roman est très maîtrisée et contribue à sa force : récit du père, trajectoire du fils, mentions d’affaires similaires, des années 1960 à aujourd’hui, tout s’entremêle mais rien ne s’éclaire vraiment. Le début est prodigieux, happe le lecteur ; mais le final – qui n’a rien de spectaculaire, de fracassant – est éblouissant, magnifique, terrible, tragique, bouleversant. Je ressors très secouée de ce roman, mais je veux bien être remuée comme ça plus souvent. Courez chez votre libraire, dans votre bibliothèque, lisez Le bon père, c’est superbe.

Pour qui ?
Pour ceux qui aiment les romans bouleversants, qui posent des questions sans réponse.

Le mot de la fin
Du noir comme je l’aime.

Merci à Jean-Marc Laherrère: c'est grâce à son billet que j'ai eu envie de lire ce roman. 


Noah Hawley, Le bon père (The Good Father), Gallimard/Série Noire, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude. Publication originale : 2012.

4 commentaires:

Brize a dit…

Ah oui, il a l'air très bien, ce roman ! (pas à la bibli pour l'instant)
Dans son billet, J.M Laherrère fait allusion aux "Feuilles mortes", dont j'avais apprécié la lecture.

Tasha a dit…

Je te le recommande vraiment! Et décidément, il faudra que je jette un oeil au Feuilles mortes, d'autant que je n'ai jamais lu Cook.

Jean-Marc a dit…

Content que tu aies aimé. Et oui, il faut lire les feuilles mortes de Cook.

Tasha a dit…

Probablement ma meilleure lecture de l'été. Pour Les feuilles mortes, c'est prévu!!