lundi 12 août 2013

Jane Eyre de Charlotte Brontë


Présentation
L’orpheline Jane Eyre n’est pas heureuse auprès de la tante qui l’a recueillie et elle est soulagée de quitter sa demeure pour une pension rude mais qui lui permettra d’accéder à l’instruction et à l’indépendance. Ainsi, à 18 ans, elle devient la gouvernante de la jeune Adèle, dans le château de l’ombrageux Lord Rochester.

Mon avis
Voilà un an, comme je regardais avec plaisir la mini-série de la BBC, adaptée du roman de Charlotte Brontë, je me promettais dans la foulée de relire le roman (lu adolescente) et d’aller voir au cinéma la toute nouvelle adaptation.
Nous y voilà, j’ai enfin relu le roman et le DVD du film m’attend sagement, j’espère le regarder rapidement pour le chroniquer.
Je vais commencer par le « négatif » : avant toute chose – et cela conditionne la réserve suivante – je dois reconnaître que j’ai tellement l’histoire en tête que la tension narrative en a pris un coup. Je ne suis plus surprise, je ne vibre plus. Il faut dire aussi que je n’ai plus 13 ans : à l’époque, j’ai pleuré à chaudes larmes sur le roman, fait suffisamment rare pour qu’il m’ait marquée. Bref, ce n’est plus le grand frisson et cela me désole. Ensuite, cela a une conséquence fâcheuse : les 798 pages de mon édition électronique m’ont parfois semblé longues, notamment certaines discussions entre Rochester et Jane (dieu que ce type est bavard !) ou pire encore, certaines discussions entre St. John et Jane. St. John m’étant profondément antipathique, ses longs développements m’ont pesé… Enfin, le grand nombre de références à la religion m’a surprise, comme Brize je n’en avais pas le moindre souvenir, et j’ai béni (ha ha suis-je drôle) l’édition Folio, excellemment dirigée par Dominique Jean, pour ses notes nombreuses, précises et claires.
Ceci étant dit, qu’ai-je aimé retrouver ou redécouvrir ?
Evidemment, le personnage de Jane. Pour être honnête, j’ai parfois tiqué devant sa soumission à Rochester, les relations maître-servante débordant parfois un peu trop sur leur relation amoureuse. En même temps, le livre est de son époque (si je puis dire : j’y reviendrai). Mais en général, elle fait preuve d’une belle indépendance intellectuelle, spirituelle et financière. Obstinée, parfois entêtée, éventuellement révoltée, elle ne correspond pas au stéréotype de l’héroïne romantique (cf. les héroïnes admirées de Madame Bovary). Evidemment, comment ne pas succomber au charme rude de lord Rochester ? Je ne vais pas m’attarder là-dessus, mais même loin de mes 13 ans, le charme opère, bien plus qu’avec certain héros de saga romantique contemporaine…
En dépit de la tension narrative érodée par ma familiarité avec l’histoire, le souffle romanesque est bel et bien là. La construction est impeccable, je mesure aussi combien l’intrigue est surprenante, pleine de rebondissements pour le lecteur qui découvre le roman. Le souffle est lié aussi à la facture romantique (romantisme tardif ?) de l’ouvrage : je ne pense pas seulement aux personnages, à leurs relations, à leur vision du monde ; il y a l’évocation de la nature, des lieux, ça vibre, ça soulève l’âme.
Pour finir, deux remarques en passant : je suis frappée par l’absence d’ancrage social, historique du roman (c’est l’avis de Brize qui m’y a rendu sensible) ; je ne saurais dire si cela confère un côté atemporel à cette histoire, mais cela me fait penser à l’atemporalité des contes de fées. St. John m’est aussi antipathique qu’Angel Clare dans Tess d’Urberville, les deux personnages ont à mes yeux des points communs, mais ma lecture du roman de Thomas Hardy date, elle aussi, c’est donc peut-être ma mémoire qui me joue des tours. Et Jane est mieux armée que Tess…
Je suis heureuse d’avoir relu ce grand roman. Je ne suis pas certaine qu’il y aura une autre relecture plus tard, mais qui sait ?
En tout cas, en voilà un de plus pour le challenge Pavé de l'été!


Pour qui ?
Pour tous ceux qui ont envie de se laisser emporter par un grand roman.

Le mot de la fin
D’un romantisme ébouriffant.


Charlotte Brontë, Jane Eyre (Jane Eyre), Gallimard/Folio Classique, 2012. Edition dirigée et traduction par Dominique Jean. Publication originelle : 1847.

2 commentaires:

Brize a dit…

J'ai lu ton billet avec intérêt (et j'aime quand tu "bénis" ton édition Folio !) : on se retrouve pas mal dans nos ressentis. Comme toi, j'étais ravie de cette relecture, même s'il n'y a plus le charme (je devrais dire la passion) de la découverte.

Tasha a dit…

Oui, ce n'est plus tout à fait ça... Il faudra que je relise Les Hauts de Hurlevent, pour voir si l'intérêt s'est émoussé là aussi.