mercredi 20 mars 2013

Un cirque passe de Patrick Modiano



Présentation
Nous sommes en 1961, il a dix-huit ans et il est interrogé par la police sans trop savoir pourquoi. Il croise Gisèle, elle aussi interrogée, elle a quelques années de plus, et leurs destins s’entremêlent brièvement. Ils sont entourés de gens pas très clairs, un peu inquiétants. Elle est mystérieuse, elle cherche à échapper à son passé, il veut se fabriquer une nouvelle vie à Rome.

Mon avis
TV5 Monde a rediffusé mardi soir un téléfilm intitulé Des gens qui passent (très beau titre), adapté de Patrick Modiano. Je ne parlerai guère du téléfilm, qui a de très belles qualités, à la fois dans le scénario (signé Jacques Santamaria) et dans la réalisation (qui s’attache aux atmosphères). Je n’en parlerai guère car si le téléfilm est de qualité, il me confirme que Patrick Modiano est inadaptable (on n’est pas obligé de partager mon point de vue radical !).
J’en ai profité pour relire Un cirque passe, découvert à sa parution en 1992. Je me souvenais peu du roman, plutôt de ses circonstances de lecture. J’étais étudiante (confirmation : je suis vieille), je travaillais l’été dans un petit magasin à touristes, déserté les grands jours de chaleur. J’ai lu le roman là, tranquillement, mais j’ai été interrompue par un client (damned !), à vingt pages de la fin (damned au carré !). Cela a rompu le charme, et je me souviens avoir été un peu déçue par la fin. C’était un peu comme un réveil au milieu d’un rêve agréable, on essaie en se rendormant de replonger dans le rêve et ça ne marche pas… Par conséquent, relire ce roman hier a été une redécouverte, et je ne vous étonnerai pas en disant que j’ai adoré…
J’y retrouve ce qui fait la saveur de l’univers de Modiano, les mêmes thèmes, motifs, personnages, repris et modifiés, un jeune homme, une jeune femme mystérieuse et séduisante, des hommes au passé et au présent troubles, des enquêtes dont on ne saisit pas les tenants et les aboutissants. J’ai cette fois pleinement apprécié la fin, qui dénoue sans répondre à toutes les questions, mais qui est un peu moins ouverte que dans d’autres romans.
Je suis entrée avec bonheur dans ces atmosphères si particulières, j’ai déambulé dans des rues parisiennes, j’ai attendu dans des cafés et des restaurants où le temps semble arrêté, j’ai dormi dans des appartements étranges et presque vides. J’aurais aimé aller à Rome avec le narrateur, j’ai rêvé d’un avenir qui nous permettrait d’échapper au passé, mais ça n’a pas été possible. J’ai goûté les silences, les moments suspendus, je suis repartie avec plus de questions que de réponses mais avec l’impression de connaître le narrateur, Gisèle (rebaptisée Marie dans le téléfilm), j’ai été tour à tour agacée et émue par ce drôle de type qui vit dans l’appartement du narrateur, un ami de son curieux père.
Bref, j’ai fait un petit tour dans l’univers de Modiano, et c’était parfait.

Pour qui ?
Les amateurs de Modiano…

Le mot de la fin
The right book at the right moment (je ne sais pas du tout si cette tournure est correcte).

Patrick Modiano, Un cirque passe, Gallimard, 1992. Disponible en Folio/Gallimard. Lu en e-book.
Alain Nahum (réal.), Des gens qui passent, Doriane Films, 2009. Disponible en DVD.

8 commentaires:

Brize a dit…

Ah... tu me donnes envie de le lire !
Du coup, je ne vais peut-être pas me précipiter sur l'enregistrement du film, car je crains de ne plus avoir envie d'aller vers le roman si je le regarde avant.

Tasha a dit…

Je ne sais pas, apparemment certaines personnes ont fait ce "trajet" film>livre. Et puis comme tu sais, j'aime tellement Modiano que cela me rend un peu intransigeante... Le téléfilm est réussi, même si j'ai un peu de mal. Et puis moi c'est souvent le contraire : je me souviens avoir lu L'Amant de Duras avant d'aller voir le film, sauf que le livre lu (et aimé), je n'ai plus eu envie de voir le film!

Emeraude a dit…

Je n'ai pas beaucoup lu de Modiano dans ma vie (je suis jeune ;-)) mais j'aime beaucoup. Tu me donnes envie de me replonger dans son ambiance si particulière !

Tasha a dit…

Tant mieux! (et à part ça je ne suis pas prosélyte) Si tu le lis, tu me diras ce que tu en penses?

Miss Cornelia a dit…

Il y a pire, je n'ai rien lu de Modiano, comme tu es une grande fan, je devrais tenter quelque chose pour réparer mon inculture...

Tasha a dit…

Ce n'est pas de l'inculture, manquerait plus qu'on soit obligés de lire des trucs pour être cultivés!

Moka a dit…

Je n'ai encore jamais lu de Modiano mais je dois vraiment m'y mettre.

Tasha a dit…

D'une certaine manière, tu as de la chance (pour le jour où tu vas le découvrir)...