vendredi 29 mars 2013

Deux petites filles de Cristina Fallaras



Présentation
Victoria Gonzàles est détective privé à Barcelone. Deux petites filles enlevées à leur junkie de mère ont été kidnappées sous le nez de leur mère d’accueil. Si le corps mutilé de l’une d’elles est rapidement retrouvé, l’autre manque à l’appel. Victoria se voit confier une mission : retrouver la fillette. La descente aux enfers peut commencer.

Mon avis
Voilà un roman noir TRES noir, sans concession, qui ne s’embarrasse ni de bons sentiments ni de pathos et qui est pourtant empreint d’humanité. Les personnages sont tous aux marges : de la société, de la folie. Il y a d’abord Victoria, alias Vicky, qui s’est rêvée journaliste – c’est encore ce que croit sa mère – et qui est détective privé, enceinte jusqu’aux yeux, à peine débarrassée de ses addictions. C’est un personnage peu aimable et pourtant je l’ai aimée tout de suite : c’est une dure à cuire, lucide sur les autres et surtout sur elle-même, qui se pose des tas de questions sur une maternité qui ne va pas de soi. Il y a son assistant Jesùs, un peu marginal, très alcoolique, dévoué à sa patronne. Ce curieux personnage est étrangement attachant lui aussi. Face à eux, une flopée de protagonistes barrés, dangereux, qui ont franchi depuis longtemps les frontières de la folie ou de la perversion criminelle, et s’ils sont effrayants, Cristina Fallaràs n’en fait pas pour autant des monstres de foire ni des clichés de méchants et de dingos, elle les charge d’une humanité dérangeante.
Cette galerie de freaks se meut dans une Barcelone qui est un personnage à part entière, mais que les amateurs de pittoresque ensoleillé passent leur chemin, car c’est une Barcelone des bas-fonds, des quartiers populaires désolés ou carrément glauques que peint Cristina Fallaràs, pas la Barcelone riante pour touristes. La misère fait des ravages et amène les plus fragiles à basculer dans la drogue, la prostitution, la criminalité. Il n’y a rien de misérabiliste dans Deux petites filles, juste une peinture désenchantée et sans concession, dépourvue aussi de tout angélisme.
L’intrigue se fraie un chemin dans ce paysage déjà chargé : je ne dirais pas qu’elle est sans importance, disons qu’elle ne cherche pas à occuper le premier plan. On voit bien ce qu’un auteur de thriller aurait pu faire du même sujet : une quête impatiente, pleine de suspense, de rebondissements pour retrouver la petite fille qui manque à l’appel. Et on finirait par la retrouver, d’ailleurs. Pas de ça ici. Le ton est donné tout de suite, et rapidement on sait ce qu’il en est : la petite est morte, dans des conditions atroces. L’enjeu est de comprendre qui tire les ficelles et la réponse est plus abominable que tout ce que le lecteur a pu imaginer, moins spectaculaire aussi, parce qu’on est dans un roman noir, pas dans un thriller. Finalement, le mal est tellement banal…
L’écriture est à l’image de cet univers et de son héroïne : sèche, dépourvue de coquetterie. Elle capte une atmosphère en quelques mots, elle pose un personnage en quelques lignes, avec une maîtrise époustouflante.
Je n’espère qu’une chose : que Métailié nous offrira d’autres romans de Cristina Fallaràs. J’aimerais bien retrouver le personnage de Victoria, aussi, mais c’est peut-être beaucoup demander.

Pour qui ?
Les amateurs de noir bien serré.

Le mot de la fin
A l’os.

Cristina Fallaràs, Deux petites filles (Las niñas perdidas), Métailié, 2013. Traduit de l’espagnol (Espagne) par René Solis. Publication originale : 2011. Lu en e-book.

2 commentaires:

jean-Marc a dit…

Et Cristina Fallaras sera à Toulouse en octobre prochain pour TPS ...

Tasha a dit…

Yes! Voilà une excellente nouvelle!