samedi 26 septembre 2015

Les enfants de l'eau noire de Joe R. Lansdale


Présentation (éditeur)
Texas, années 1930. Elevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s'écoule jusqu'aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s'achève brutalement lorsqu'on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l'incinérer et d'emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l'endroit de ses rêves. Volant un radeau mais surtout le magot d'un hold-up, la singulière équipe s'embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l'agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l'enfer, cherche à leur faire la peau. 

Ce que j'en pense
Je suis une inconditionnelle de la série de Joe R. Lansdale consacrée à Hap et Leonard: même quand elle faiblit un peu, elle me ravit par son humour et sa castagne jubilatoire. J'ai lu Les Marécages, qui n'est pas mon préféré de l'auteur (je vous entends hurler d'ici). Bien que lisant çà et là des comparaisons de ce nouvel opus à ce roman, je n'ai pu réfréner mon envie de le lire, et j'ai bien fait. Les enfants de l'eau noire est un grand livre.
J'ai tout de suite été séduite par le ton de de récit: Sue Ellen, la narratrice de 16 ans, a un regard désabusé sur le monde qui l'entoure, sa mère abrutie par une potion qui lui permet d'oublier, alcool et drogue obligent, ce qu'est devenue sa vie, son père, un bon à rien alcoolique, violent et incestueux, ce Texas profond, sans âge. Ses amis sont Terry, un jeune homme que tout le monde soupçonne d'être homosexuel, ce qui ne cadre guère avec la conception hyper-viriliste ambiante, et Jinx, jeune fille noire à la langue bien pendue, ce qui n'est pas plus acceptable dans cet état raciste qui s'amuse encore des lynchages. 
La partie qui met notre improbable assemblée (je n'en dirai pas plus) aux prises avec le terrifiant Skunk n'est pas celle qui m'a le plus passionnée, mais ce n'est qu'un aspect de ce roman initiatique, parsemée de rencontres étonnantes, de pauses plus ou moins bienvenues dans le périple. 
J'ai souvent pensé à La Nuit du chasseur en lisant ce roman, et c'est un sacré compliment. 
Le récit file, fluide, captivant, les dialogues claquent, mais Lansdale n'oublie jamais de bousculer ses jeunes personnages et le lecteur avec eux. Dans ce périple qui mène les personnages vers ce qu'ils sont au plus profond d'eux-mêmes, il est question de la couleur de peau, du genre et de la sexualité. Deux catégories d'êtres humains ont rarement voix au chapitre dans l'East Texas des années 1930: les noirs et les femmes. Au bout du chemin - enfin, du fleuve - il y a sans nul doute la liberté pour nos personnages, liberté chèrement conquise, pour Sue Ellen, le garçon manqué (je déteste cette expression), pour Terry, je jeune homosexuel, pour Jinx, la jeune fille noire, pour la mère de Sue Ellen, sortie de sa torpeur et de son aliénation. Mais cette liberté a un prix, que May Linn a payé de sa vie, et nos personnages ne sortent pas indemnes. 
Beau, drôle, bouleversant, puissant, Les enfants de l'eau noire est tout cela: lisez Joe R. Lansdale. 

Joe R. Lansdale, Les enfants de l'eau noire (Edge of Dark Water), Denoël, 2015. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Blanc. Publication originale: 2012. Disponible en ebook.

6 commentaires:

Electra a dit…

oh tu donnes trop envie ! je le note ;-)

Tasha a dit…

Niark niark... ;-)

La Petite Souris a dit…

Lansdale fait partie de mes auteurs favoris, et ce dernier roman semble en effet être un très bon millésime si j'en crois ta chronique et les critiques que j'ai pu lire jusqu'ici.Je ne peux pas faire autrement que de le rajouter sur ma petit liste d'emplettes ! :)

Tasha a dit…

Eh! Welcome back! Tu vois, je reviens au noir, délaissé ces derniers temps. Oh tu verras, c'est un grand cru!

Hélène a dit…

Je suis fan aussi des Lansdale, je le veux !!!

Tasha a dit…

Et je pense que tu ne seras pas déçue, c'est du grand Lansdale!!!!!