jeudi 4 octobre 2012

Velvet de Mary Hooper


Présentation
Londres, dans les premières années du 20ème siècle. Velvet est une orpheline parmi tant d’autres, jadis maltraitée par un père joueur qui s’est noyé dans la Tamise. Elle travaille dans une blanchisserie, qu’elle va bientôt quitter pour entrer au service de Madame Savoya, célèbre médium qui fait fureur dans une bonne société londonienne férue de spiritisme. Elle découvre, fascinée, l’univers confortable de sa maîtresse, les attentions du beau Georges, assistant de Madame, et découvre peu à peu les coulisses du spiritisme…

Mon avis
C’est la première fois que je lis un roman de Mary Hooper : nombre d’avis, autour de moi ou sur des blogs, m’avaient tentée pour Waterloo Necropolis, mais c’est finalement sur le tout récemment paru Velvet que j’ai jeté mon dévolu, encouragée par l’avis enthousiaste d’une amie. Mon impression est pourtant mitigée.
J’ai pris un plaisir certain à cette lecture : j’ai plongé dans le Londres des années 1900, restitué avec un souci d’exactitude et de réalisme qui rend l’évocation parfois saisissante. J’ai ainsi aimé que l’on peigne le milieu des blanchisseuses auquel s’arrache, très rapidement, la jeune Velvet. J’ai adoré croiser mon cher Conan Doyle, qui, en effet, s’était à cette époque-là entiché de spiritisme (au point de se ridiculiser, d’ailleurs). Mary Hooper écrit bien et le récit est construit de manière plaisante, on ne s’ennuie jamais.  Enfin, j’ai trouvé le sujet original : la mode du spiritisme, qui atteint peut-être son apogée au tournant du siècle, fournissait un beau potentiel romanesque. J’ai beaucoup aimé les scènes où l’on voit Madame Savoya à l’œuvre, ainsi que les réactions du public.
Pourtant, j’ai été déçue, au point que je ne sais pas si je lirai un autre roman de l’auteure. L’action, pour bien construite qu’elle soit, est rapidement très prévisible et c’est un peu dommage. Je crois que je m’attendais à une atmosphère plus fantastique (la faute à l’illustration de couverture, en partie), peut-être avais-je envie de frissonner un peu, je ne sais pas… Mais il n’en est rien, Mary Hooper non seulement ne travaille pas son intrigue dans cette direction (et c’est bien son droit !) mais elle ne cherche pas à inquiéter son lecteur, pas même lors des premières rencontres avec la médium en pleine action. Nombre de passages, en italiques dans le roman, sont consacrés aux rencontres « privées », en tête-à-tête, de la médium avec certains clients fortunés : c’est à cette occasion que le lecteur est informé, assez rapidement, de la facticité des talents de Madame, tandis que notre héroïne, Velvet, n’en soupçonne rien encore. Pour moi, c’est là que le bât blesse, et à double titre. Tout d’abord, nous sommes peu à peu informés de l’escroquerie, mais suffisamment tôt pour que la suite du roman en devienne très prévisible. Pour le dire autrement, là où certains auteurs travailleraient plus longtemps sur l’ambiguïté, Mary Hooper grille un peu tôt ses cartouches, si vous me passez l’expression.
Mais cela n’est pas le plus important, d’autant que l’on pourrait m’objecter que le livre s’adresse à de jeunes lecteurs, qui n’ont pas forcément la même expérience de lecture que moi (comment ça, je me la pète ?! Non, je signale juste que je suis vieille) et qui abordent l’intrigue avec plus de fraîcheur… Non, cela m’a gênée pour une autre raison. Le reste du récit est traité selon le point de vue de Velvet, avec son innocence, son émerveillement, ses espoirs. Or, ces passages, qui dérogent à cette unité de point de vue, permettent au lecteur d’en savoir plus que l’héroïne. Par contraste, elle semble bien crédule, un brin naïve, et pour le dire carrément, un peu niaise. Or, c’est injuste : c’est simplement une très jeune fille, et elle n’est pas plus sotte que les clients fortunés, très éduqués et adultes de Madame Savoya. Mais donner les clés au lecteur crée cette impression d’une héroïne « pas ben futée »… Cela m’a d’autant plus embêtée au cours de ma lecture que Velvet se montre également sentimentalement naïve et qu’elle connaît sur ce plan un revirement final bien peu crédible, en tout cas mal préparé par la romancière selon moi. Cette remarque m’amène à un autre point : je trouve que Mary Hooper sous-exploite les personnages secondaires que sont Lizzie et ce pauvre Charlie, qui se trouve finalement ravalé au rang d’utilité narrative (surtout à la fin du roman), alors que c’est un personnage intéressant. Là encore, dommage…
Par conséquent, si j’ai lu le roman avec plaisir, je n’ai à aucun moment vibré pour l’héroïne, je n’ai pas été embarquée par une fiction que j’ai trouvée un peu plate. Et je trouve la fin un peu expédiée : je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler davantage l’intrigue, mais le dénouement est rapide, à la fois parce que la tension dramatique se résorbe en deux pages là où un peu de suspense n’aurait pas fait de mal, et parce que les réponses sont à mon sens bâclées. Par exemple, quid du père de Velvet ? voilà un fil narratif bien négligé, expédié en une réplique dans les dernières pages. Et les méchants ? Hop ! envolés, et voilà tout.
Qu’on me comprenne bien : Velvet reste à mon sens une littérature de jeunesse de grande qualité, le roman n’a rien d’une bluette pseudo-historique exaspérante (je ne citerai personne, allez voir du côté de chez Deuzenn pour un récent exemple…), l’ensemble reste hautement recommandable. Mais les choix narratifs de l’auteure me laissent un peu perplexes et font que Velvet n’est pas tout à fait à la hauteur de mes espérances.

En conclusion
Du roman historique de bonne tenue mais une construction et un personnage un peu décevants… Ce n’est que mon avis, évidemment.

Le mot de la fin
Encore un que j’aurais aimé aimer…

Mary Hooper, Velvet (Velvet), Editions des Grandes Personnes, 2012. Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Fanny Ladd et Patricia Duez. Publication originale : Bloomsbury Publishing, 2011.


2 commentaires:

Miss Cornelia a dit…

Franchement, il te faut lire son premier roman: La messagère de l'au-delà qui reste le meilleur à mon humble avis...je te rejoins sur certains points, notamment en ce qui concerne Charly, maltraité et récupéré fort mal à la fin.Mais je reste sous le charme des descriptions anglaises...

Tasha a dit…

Tu as tout à fait raison sur le charme des descriptions. J'avais retiré La messagère de l'au-delà de ma liste de souhaits après ma lecture de Velvet... Hop! je l'y remets!