mercredi 4 janvier 2017

Yeruldelgger de Ian Manook


Présentation éditeur
Le corps enfoui d’une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar de l’assassinat jamais élucidé de sa propre fille. Peu à peu, ce qui pourrait lier ces deux crimes avec d’autres plus atroces encore, va le forcer à affronter la terrible vérité. Il n’y a pas que les tombes qui soient sauvages en Mongolie. Pour certains hommes, le trafic des précieuses « terres rares » vaut largement le prix de plusieurs vies. Innocentes ou pas.

Ce que j’en pense
Je dois dire que je n’avais jamais été tentée par cette série de Ian Manook, mais une amie m’a prêté les trois volumes parus à ce jour. J’ai mis à profit la trêve des fêtes pour me lancer dans le premier opus et faire connaissance avec cet univers. La Mongolie est un pays où je n’irai jamais, selon toute probabilité. Ian Manook offre un beau dépaysement au lecteur, évoquant à la fois la ville d’Oulan Bator et les steppes. Mais il n’oublie pas d’évoquer les traditions mongoles, même si elles sont mises à mal par la modernité et les dominations successives – qu’elles soient politiques ou économiques. En cela, Yeruldelgger est bien un roman noir, qui peint les soubresauts d’une société dont les traditions et l’identité sont brouillées et malmenées. C’est bien sûr un aspect que l’on trouve fréquemment dans le polar ces dernières années, qu’il donne le meilleur (Olivier Truc, Ian Manook) ou le pire (certains polars régionaux). C’est un équilibre fragile entre dénonciation de la globalisation et de l’exploitation capitaliste, voire de la domination politique, et éloge fallacieux d’une identité originelle… Ian Manook ne tombe pas dans le piège, cependant, et il n’idéalise pas la vie d’antan.
L’autre réussite du roman, ce sont les personnages. Je me suis attachée très vite à Solongo, Gantulga et tous les autres. Yeruldelgger reprend certaines caractéristiques du héros de roman noir : homme brisé par une tragédie personnelle, en rupture familiale avec la seule fille qui lui reste, il est perpétuellement en butte contre sa hiérarchie et a une manière toute personnelle de mener les enquêtes. Cela pourrait être lassant si le personnage n’avait pas cette force, qu’il tire de la formation qu’il a reçue dans ses jeunes années, force qu’il va retrouver au gré d’un séjour au monastère. Cet aspect mystique lui donne des allures de surhomme : il a des compétences de guerrier inouies, et une force de caractère peu commune. Comme les héros de littérature populaire de jadis, il est « superlatif en son genre ». J’ai adoré la scène jubilatoire où, dans le bureau de son supérieur, il fait déferler sa colère (homérique !) contre des représentants de la Chine et les fait dégager de là, sans souci des règles diplomatiques.
L’intrigue est bien menée, rythmée, et l’on ne s’ennuie pas un instant. J’ai apprécié la manière dont Ian Manook intitule ses chapitres, en prélevant un bout de phrase du chapitre que l’on s’apprête à lire, justement.
Yeruldelgger n’est sans doute pas le polar du siècle, il ne renouvelle pas les règles du genre, mais il joue bien avec les codes et offre une promenade passionnante en Mongolie. Assurément, je poursuivrai la lecture de la série avec grand plaisir.


Ian Manook, Yeruldelgger, Albin Michel, 2013. Disponible en poche. Disponible en ebook.

6 commentaires:

Brize a dit…

J'aime bien ce que tu dis de l'aspect mystique-un peu surhomme du personnage et ça pourrait m'inciter à lire le roman (dont j'ai beaucoup entendu parler mais comme je vais bien moins qu'avant vers les polars, de peur de trop de trashitude ...).

Hélène a dit…

J'ai beaucoup apprécié son rythme endiablé !

Valérie a dit…

J'ai aimé que ce polar me dépayse, j'ai moins aimé sa violence.

Tasha Gennaro a dit…

@Brize : de fait, sans être trash, Yeruldelgger réserve quelques scènes pas très fun...
@Hélène : oui, rythme endiablé, c'est le mot!
@Valérie : ah ben c'est du noir, quand même, pas tendre... :-)

Eva a dit…

Pareil que Valérie!
il a reçu le prix ELLE policier en 2014 donc j'avais eu l'occasion de rencontrer l'auteur et malheureusement il ne "vend" pas bien son roman - grosso modo il nous avait dit qu'il avait d'abord écrit une intrigue qui se passait en Europe, et dans le but que le roman se démarque et se vende, il avait tout transposé en Mongolie...ça sentait le produit marketing, ça m'avait déçue...

Electra a dit…

oh le message d'Eva - bref, je voulais commenter plus tôt mais bizarrement ton site est illisible depuis mon boulot. Bref, ce roman il me suit depuis des années, je ne l'ai jamais lu car une personne m'avait dit qu'il était trop violent et donc non. Puis je me souviens l'avoir pris en boutique d'occasion et finalement je ne l'ai pas acheté. Puis je l'ai emprunté il y a dix jours en BM en me disant qu'il était temps que je me fasse mon propre avis et ton billet arrive pile poil
et puis j'aime bien quand tu dis qu'il ne ne renouvelle pas le gens
pour la remarque d'Eva, je crois qu'Hélène y était et avait été déçue par cette rencontre, mais bon s'il écrit pas mal...