mercredi 25 janvier 2017

D'ombres et de flammes de Pierric Guittaut


Présentation éditeur
Le major de gendarmerie Remangeon, «le fils du sorcier», est de retour en Sologne. La région de son enfance, pauvre et marquée du sceau de la superstition, s’est muée en source de revenus non négligeables grâce à la chasse, principale activité des propriétaires terriens. C’est aussi là qu’il y a dix ans a disparu Élise, son épouse, que personne n’a jamais revue.
Dès son arrivée, des cervidés sont braconnés sur le domaine d’un commerçant aisé, et l’élevage de faisans de son amie d’enfance périclite de façon irrationnelle… Puis il aperçoit Élise, sans pouvoir l’approcher… Afin d’éclaircir tous ces mystères, le gendarme va devoir accepter son héritage, et maîtriser enfin ce sang noir qui bouillonne en lui.

Ce que j’en pense
Je n’avais guère prêté attention à ce roman quand il était sorti, puis le billet élogieux de Jean-Marc Laherrère avait attiré mon attention. J’avais donc acheté D’ombres et de flammes mais il est resté de longs mois sur ma PAL. Dans mon zèle à appliquer mes bonnes résolutions, je l’ai donc sorti de là et j’ai plongé en Sologne (où j’ai jadis vécu un an). Mazette ! que ne l’ai-je lu plus tôt ? J’ai vraiment beaucoup aimé.
Pierric Guittaut réussit ce que peu savent faire, du moins en France : mêler un zeste de fantastique à un authentique polar. La nature solognote s’y prête, certes, mais tout de même. D’emblée un personnage inquiétant et majestueux s’impose : la forêt. Et croyez-moi, pour avoir vécu près de Romorantin, je sais ce que cette forêt a d’imposant, d’angoissant quand on la traverse la nuit, y compris en voiture. Guittaut en saisit la beauté avec une écriture qui n’appuie pas ses effets, et au-delà de l’évoquer avec une forme de réalisme, il en fait un personnage fantastique. Chapeau !
Pierric Guittaut s’empare des codes du polar avec un beau savoir-faire : retour d’un enfant du pays qui l’a fui dès qu’il a pu ; homme brisé et hanté par la perte de l’amour de sa vie ; flic – enfin gendarme – indocile tenu à l’œil par sa hiérarchie. Il en fait la substance d’un roman qui explore le thème de l’héritage (refusé), le thème de la perte et de la douleur, et c’est très beau. Son personnage, Fabrice Remangeon, est seul, tout comme sont seuls sa subordonnée exilée, son amour de jeunesse, et bien d’autres encore.
Le fantastique est utilisé avec finesse : Fabrice, fils d’un « sorcier », refuse cette filiation, refuse la part de superstition qui subsiste dans cette terre de traditions, et le talent de Guittaut est de ne jamais trancher. Faut-il croire à ces pouvoirs ?
Et puis il y a cette part de noir que j’aime tant. La Sologne n’est pas seulement une terre pétrie de croyances, c’est aussi une terre de notables, de terrains de chasses très gardées et très prisées, et à cela aussi Remangeon se heurte.
Quand j’ai refermé le roman, j’étais cependant un peu dubitative, je l’avoue : j’aurais aimé que Pierric Guittaut aille plus loin dans la noirceur, mais il est possible qu’il veuille réutiliser le personnage et cet univers. Dans ce cas-là, OK, la fin me semble pleinement justifiée. Et pour tout vous dire, j’aimerais assez retrouver ces personnages, ces ambiances…

Pierric Guittaut, D’ombres et de flammes, Gallimard Série Noire, 2016. Disponible en ebook.

                                                      

3 commentaires:

Electra a dit…

as-tu lu Battues d'Antonin Varenne ? Pas de magie mais pareil pour la forêt, une terre millénaire, des gens de la terre. Bref, ton billet est superbe et quelle chance a eu ce livre de sortir enfin de cette étagère ! forcément, je me dois de le noter alors que ma pal déborde !

Pierric Guittaut a dit…

Bonsoir Tasha,
Tout vient à point à qui sait attendre. Je suis très heureux que cette histoire vous ait touchée, d'autant plus si vous connaissez la Sologne. Vous n'êtes pas la première à espérer un retour du major Remangeon, ce qui est sans doute le meilleur compliment. Il faudra toutefois s'armer de patience, je le crains. Mon prochain ouvrage sortira en mai (une enquête historique sur le Bête du Gévaudan)et je travaille au prochain roman noir, qui offrira une plongée d'une noirceur qui devrait vous plaire dans la France et la Nouvelel France du début du XVIIe siècle.
Bonne soirée, amitiés,
PG

Tasha Gennaro a dit…

@Electra : Non je ne l'ai pas lu mais il faudrait, car de Varenne j'avais beaucoup aimé Fakirs et Le mur, le kabyle et le marin. Et ce que tu me dis me donne plutôt envie.
@Pierric Guittaut Ah votre petit mot me fait très plaisir. Ben oui, j'aime bien retrouver les personnages qui m'ont touchée. Mais je comprendrais aussi que vous ayez envie d'explorer autre chose, évidemment. Je vais guetter la sortie de mai, et j'attends avec impatience le prochain roman noir. Merci d'être passé par là!