samedi 9 mai 2015

The Girl on the Train de Paula Hawkins



Présentation éditeur 
Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Ce que j'en pense
De passage récemment à Londres, j’ai pu constater qu’un livre semblait caracoler en tête de ventes ou à tout le moins rencontrer les faveurs des libraires et du public : The Girl on the Train de Paula Hawkins. La couverture était séduisante, j’avais envie d’une lecture captivante et en anglais. J’étais néanmoins méfiante car il s’agissait d’un thriller, genre que je n’apprécie guère en général, thriller que l’on comparait volontiers à Gone Girl (Les Apparences) de Gillian Flynn, qui ne m’avait pas plus emballée que ça. 
The Girl on the Train est bien un thriller psychologique, qui se situe dans cette mouvance du thriller  conjugal, si vous me passez l’expression. Le genre se plaît à explorer les difficultés de la vie de couple, du sentiment amoureux, et en brosse souvent une peinture glaçante, sur fond de perversion, de cruauté mentale, de névroses et psychoses en veux-tu en voilà. Trois couples, ou plutôt deux couples et demi sont ici évoqués, et à des titres divers, ce sont des couples fracassés. L’ennui de ces femmes dans leur banlieue proprette de Londres m’a évoqué celui des banlieues américaines, notamment dans La fenêtre panoramique de Richard Yates. On n’est pas à la même époque, mais il y a le même ennui des femmes des classes moyennes (ou supérieures), le même piège d’un foyer qui les réduit à leur rôle d’épouse et/ou de mère. C’est un aspect du roman que j’ai apprécié. Avec les trois couples nous avons trois états de décomposition du sentiment amoureux, trois états de l’aliénation conjugale, et c’est bien fichu. 
De même, les personnages sont bien dessinés: aucun n’est vraiment aimable, aucun n’est franchement détestable. Rachel a quelque chose de pathétique, pour le meilleur et pour le pire, et elle n’est peut-être pas, en dépit des apparences, la plus abîmée des trois (doux euphémisme, mais je ne veux pas spoiler). Si Gone Girl plongeait dans la perversité féminine, ce sont ici les hommes qui stupéfient par leur capacité à nuire. Je ne peux en dire plus… C’est peut-être ce qui m’a le moins convaincue dans ce roman: la peinture de la vie conjugale est d’une noirceur inouïe, et le roman m’a parfois semblé misandre. Perversité, névrose, lâcheté, manque de déontologie… A part le personnage de l’officier de police (qui j’aurais aimé voir développer davantage), pas un de ces messieurs ne s’en sort, tous sont abjects. 
Enfin, la construction du roman me laisse une impression mêlée. Le début m’a captivée, non pas tant pour les évènements relatés (qui sont mystérieux certes) que pour l’ambiance posée. J’ai adoré la façon dont Paula Hawkins évoque ces trajets ferroviaires, leur peuple d’employés se rendant au travail à Londres, le lecteur y est, il voit, il sent, il rêvasse comme Rachel. Puis je l’avoue, comme souvent, je me suis ennuyée, disons vers le milieu du roman (qui n’est pourtant pas un pavé), je trouvais qu’on se traînait un peu et je commençais à me désintéresser de cette histoire. Néanmoins j’ai tenu bon et le dernier tiers m’a à nouveau captivée. C’est du très bon thriller, et je dirais même qu’à mes yeux, il est meilleur que Gone Girl : moins long, plus cohérent, moins abracadabrant. Le système polyphonique permet aux voix et aux niveaux temporels de s’entremêler sans que le lecteur se sente égaré, et le fait d’entendre a posteriori la voir de Megan donne un ton funèbre, mélancolique au roman. 
The Girl on the Train de Paula Hawkins ne fera pas de moi une adepte du thriller, qui n’est décidément pas mon genre préféré, mais c’est de la belle ouvrage, et j’ai aimé l’ambiance funèbre et un peu contemplative du roman.

A noter que le roman vient tout juste de paraître en français chez Sonatine: je vous donne donc les références des deux éditions. 

Paula Hawkins, The Girl on the Train, Doubledayt, 2015.

Paula Hawkins, La Fille du train, Sonatine, 2015. Traduit de l'anglais par Corinne Daniellot. 

A lire en écoutant : Cascadeur, Dark Passenger (from Ghost Surfer)

3 commentaires:

La Petite Souris a dit…

un roman que m'a chaudement recommandé une amie à moi, libraire de profession. je pense que je vais me laisser tenter même si comme toi je ne suis pas un grand fan des thrillers ! :)

Tasha a dit…

A mon sens on est dans le meilleur du thriller, mais je préfère définitivement le noir! Mais ça m'a permis de revenir au polar, que j'ai délaissé ces derniers temps!

Emy a dit…

Je ne lis pas beaucoup de thrillers, mais celui-ci me tente pas mal. En partie parce que je pense qu'il pourrait me plaire, mais aussi parce qu'il a piqué ma curiosité. Et bon avis renforce tout ça !