mercredi 12 mars 2014

La tuerie d'octobre de Wessel Ebersohn


Présentation (éditeur)
Un mystérieux assassin supprime les uns après les autres des blancs qui avaient perpétré des années auparavant un massacre contre des militants anti-apartheid. Après plus de 15 ans d’absence, le 4e volume des enquêtes de Yudel Gordon, psychiatre rattaché aux services de l’autorité policère sud-africaine.

Mon avis
J’ai lu Wessel Ebersohn il y a quelques années déjà et ses romans sont parmi les plus noirs et les plus désespérés qui soient, mais ils dégagent aussi une beauté extraordinaire. L’auteur sud-africain écrivait dans un contexte particulier, l’apartheid, et le moins que l’on puisse dire est que ses romans lui ont attiré des ennuis… Quelques quinze ans après Le cercle fermé, il ramène à la vie Yudel Gordon pour nous offrir La tuerie d’octobre, et j’avoue que j’avais un peu peur en ouvrant le roman. Mes craintes se sont rapidement envolées…
Bien entendu, le contexte a changé, mais la nation arc-en-ciel n’est pas sortie indemne de ces siècles d’infâmie, et surtout, n’est pas aussi lisse que voudraient nous le faire croire les brochures touristiques. Bref, il y a matière, ô combien, à faire du roman noir aujourd’hui en Afrique du Sud. Loin de toute vision manichéenne, Wessel Ebersohn montre un pays qui a évolué, évidemment : il y a d’ailleurs un brin de légèreté et d’humour dans ce roman, ce dont je n’ai pas souvenir dans les précédents. Le couple Yudel-Rosa est le support rêvé de cet humour savoureux. Les codes du polar ont évolué, eux aussi, et j’ai trouvé dans ce roman, un roman noir avant tout, quelques allures de thriller ; il y a ce compte à rebours (la date fatidique du 22 octobre), les cachettes (l’une, un leurre, puis l’autre), la traque, la très forte tension de la fin.
Pour le reste, on retrouve ce qui fait la force de Wessel Ebersohn : un regard sans concession et sans cynisme sur un pays qui ne se débarrasse pas facilement de ses vieux démons et une capacité hors pair à faire exister des personnages. Il n’y a pas les bons et les méchants chez Ebersohn, mais des êtres habités par leur passé, des dominants bien décidés à garder leurs privilèges (économiques), des aspirants au pouvoir pas toujours bien intentionnés, qui oublient en tout cas l’intérêt collectif au profit de leurs appétits individuels, et des dirigeants (à tous niveaux) corrompus. Et même du temps de l’apartheid, ceux qui étaient dans le bon camp n’étaient pas toujours de doux agneaux : d’authentiques criminels ont aidé à la lutte, pas toujours pour les meilleures raisons du monde. Rien n’est simple dans cette nation traumatisée de toutes parts, tout est à construire encore.
J’ai eu un immense plaisir à retrouver Yudel Gordon, personnage atypique et complexe, mais à côté des personnages déjà croisés dans les précédents romans, de nouveaux ont d’emblée une force peu commune, aux premiers rangs desquels Abigail, entre ambition et trauma. C’est un très beau personnage.
Que dire encore ? Wessel Ebersohn est un immense auteur de romans noirs, trop méconnu. Lisez La tuerie d’octobre, mais lisez aussi Un coin perdu pour mourir, La nuit divisée et Le cercle fermé (ce dernier semble indisponible mais on en trouve des exemplaires d’occasion, en attendant une réimpression) : ils comptent parmi les meilleurs romans noirs, toutes époques et ères culturelles confondues.



Wessel Ebersohn, La tuerie d’octobre (October Killings), Rivages Noir, 2014. Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Fabienne Duvigneau. Publication originale : 2011.

4 commentaires:

zarline a dit…

Et bien et bien, jamais entendu parler de cette série alors que je suis plutôt fan de tout ce qui touche à l'Afrique du Sud. Je vais regarder tout ça de plus près. Penses-tu qu'il soit nécessaire de les lire dans l'ordre? En passant, sans être un roman policier, peut-être qu'Absolution de Patrick Flanery pourrait te plaire dans un genre similaire....

Tasha a dit…

Ebersohn est malheureusement méconnu chez nous. Tu peux lire le dernier sans avoir lu le reste, pas de problème, Ebersohn a ramené son personnage des années après la "trilogie" (qui n'en est plus une), donc pas de problème. En revanche, les trois premiers, mieux vaut les lire dans l'ordre, pas tant pour l'intelligence du récit que parce qu'il y a une montée en puissance. Je ne connais pas Flanery, je vzais regarder ça!

Shelbylee a dit…

Je ne connaissais pas du tout, mais çà me tente énormément ! Merci pour la découverte !

Tasha a dit…

Je t'en prie! Tu me diras ce que tu en penses si jamais tu le lis!