lundi 22 avril 2013

Du polar de François Guérif



Présentation
François Guérif a fondé la collection Rivages/Noir (et Rivages/Thriller) : on lui doit certains des plus grands auteurs de romans noirs. Dans une série d’entretiens avec Philippe Blanchet, il revient sur l’ensemble de la littérature policière et du roman noir en particulier, sur sa trajectoire d’éditeur, sur les grands auteurs du genre.

Mon avis
Bon, il faut déjà que je vous dise : pour moi, François Guérif, c’est le maître absolu, un peu le dieu du roman noir en France, côté éditeur (faudrait que je fasse mon Olympe du noir, ce serait amusant). Certes, il y eut Marcel Duhamel, qui a fait exister le genre en France en créant la Série Noire, mais François Guérif nous a donné quelques unes des plus grandes merveilles de la littérature du 20ème siècle. Et j’ai bien dit « littérature », pas polar. Pour lui emboîter le pas, je le dis bien clairement : le roman noir, c’est de la littérature.
Bref. François Guérif publie un livre d’entretiens sur le polar : sur sa trajectoire de libraire et d’éditeur, sur les grands hommes du noir (de Léo Malet à James Ellroy en passant par Pierre Siniac, Robin Cook ou Donald Westlake, pour ne citer qu’eux), sur la littérature policière et le roman noir en particulier, son évolution, ses auteurs majeurs. C’est passionnant et l’on apprend des tas de choses, bien au-delà de l’anecdote, sur ce qu’est le roman noir, sur sa difficile acceptation littéraire (toujours pas acquise complètement). C’est un fait et si on le savait déjà, ce livre apporte des précisions : après l’avènement permis par la Série Noire, il y a eu une sorte de révolution Rivages/Noir : Guérif est un éditeur passionné qui s’attache à suivre un auteur et son œuvre, qui a donc une politique de publication cohérente, parfois exhaustive ; surtout, il a révolutionné les usages en matière de traduction. La Série Noire a créé un format mais aussi une langue propre au genre, à grand renfort d’argot pittoresque : le prix à payer (pour l’auteur et le lecteur) était le caviardage des textes (on coupe, on coupe !) et une traduction parfois très approximative*. Je me suis déjà agacée contre les traductions, chez Rivages, de Van de Wetering, mais globalement, Rivages/noir s’attache à des traductions soignées de textes intégraux. Guérif revient assez longuement là-dessus, et c’est très intéressant.
François Guérif le martèle et il a bien raison : le roman noir, c’est avant tout une écriture (et pas un sujet). C’est ce qui fait la singularité de James Ellroy, de Jim Thompson, de Pierre Siniac et de tous les autres : « c’est une musique qui s’installe, dès les premières lignes, et qui t’emporte. Qui te bouleverse. Qui t’émeut, et qui ne te lâche plus. » (p. 153)
Par conséquent, Du polar est un livre qui donne envie de lire, de lire, de lire : à côté des romans que j’avais bien sûr lus, il y avait tous ceux qui sont encore à découvrir (chouette !).  Rien de tel qu’un amoureux du noir pour vous donner envie d’en dévorer encore et encore, sa passion est communicative… A compléter ensuite par les (fabuleuses et indépassables) Chroniques de Jean-Patrick Manchette, publiées précisément par Rivages, une des plus formidables analyses du genre que je connaisse.

Pour qui ?
Pour tous les amoureux du roman noir et aussi pour ceux qui le connaissent peu et qui voudraient s’y plonger. La forme de l’entretien rend le livre aisé à lire, très plaisant.

Le mot de la fin
Indispensable.

François Guérif, Du polar. Entretiens avec Philippe Blanchet, Manuels Payot, 2013. 

2 commentaires:

Brize a dit…

(Honte à moi) je ne connaissais même pas François Guérif... Mais, tel que tu le présentes, le livre m'intéresserait.

Tasha a dit…

Ben non, c'est aussi parce que je m'étais intéressée pour le boulot à ce qui se passait dans le milieu polar que je le connais!