mercredi 7 novembre 2012

14 de Jean Echenoz



Présentation
Un groupe d’hommes part pour la guerre de 14. Blanche attend et espère le retour de deux d’entre eux. Tout le monde pense que le conflit sera court.

Mon avis
Bon, ça ne peut pas marcher à tous les coups. Je n’ai pas beaucoup aimé 14, alors que j’aime énormément le travail de Jean Echenoz habituellement. Certes, je n’ai pas détesté, j’ai eu quelques beaux moments et ce (très court) roman ne m’est pas tombé des mains (123         pages : pas eu le temps).
Mais :
- je suis restée complètement en dehors ;
- je n’ai pas compris ;
- je suis passée à côté.
(rayez la mention inutile si vous voulez, je n’ai pas la réponse, je crois que c’est tout ça à la fois)
Je vois çà et là, dans la presse, des critiques dithyrambiques de ce nouvel opus d’Echenoz, et je m’étais d’ailleurs précipitée sur le roman dès le jour de sa sortie, habituée à adhérer à tout ce qu’il fait, confiante. Je lis les critiques et si j’entends bien certaines louanges, je reste interloquée par mon manque d’adhésion.
Nous suivons donc un groupe de jeunes gens appelés à combattre dans les rangs de l’armée française pendant la guerre de 14-18, ainsi que celui d’une jeune femme, Blanche. Echenoz prend le parti de retranscrire la perception qu’ont ses jeunes personnages, au ras de leur perception, sans prétendre délivrer de grand message, ni une quelconque analyse distanciée. Du barda mi-indispensable mi-saugrenu aux réalités terriblement concrètes de la survie dans les tranchées, c’est une vision à hauteur d’homme – et de femme – qui nous est livrée ici, sans fioritures, sans émotions.
J’ai en premier lieu été déconcertée par la briéveté du récit. Jean Echenoz élimine légitimement certains de ses personnages rapidement (ou plutôt est-ce la guerre), et j’ai apprécié par exemple la superbe scène où Charles, propulsé aviateur, se fait tuer en plein vol. Cependant, j’aurais aimé que le récit prenne un peu plus son temps, qu’il développe le personnage de Blanche mais aussi celui d’Anthime, et la fin m’a semblé plus qu’abrupte. Cela avait pourtant bien commencé : j’aime énormément l’ouverture du roman, le moment où l’un des personnages, à la fois incrédule et résigné, entend sonner le tocsin qui annonce la mobilisation : cette irruption d’une guerre encore abstraite dans le quotidien des hommes est très réussie. Mais la suite ne m’a pas convaincue. Pour moi, le roman a quelque chose d’inabouti, d’inachevé. Je veux bien que l’on s’extasie sur cette espèce de miniature qu’est 14, que le romancier prenne le contrepied des grandes envolées lyriques et épiques dont certains abusent pour évoquer les grands conflits du 20ème siècle, je ne suis pour ma part pas emballée par le résultat. Si le récit se concentrait sur une courte période, je pense que je pourrais adhérer à ce choix narratif, mais le roman embrasse une période qui ne souffre pas l’extrême concision, à mon avis.
Ensuite, je dois avouer que je trouve le roman inégal dans son écriture. Je le répète, je suis de près le travail de Jean Echenoz depuis des années, et j’apprécie entre autres choses son style, un mélange d’épure, de précision et de singularité. Il y a pour moi un ton Echenoz, un rythme, bref, une petite musique propre à l’auteur. Mais dans 14, si j’ai trouvé certains passages admirables, d’autres m’ont presque irritée, parce que j’ai eu le sentiment que certaines phrases confinaient à la pose. J’en suis la première stupéfaite. Peut-être est-ce moi, peut-être n’était-ce pas le bon moment. Que s’est-il passé pour que je reste à côté de ce roman ? Peut-être n’ai-je rien compris au projet d’Echenoz. J’en suis bien triste…
Entendons-nous bien : je ne suis pas déçue de n’avoir pas lu un grand roman sur la guerre de 14. D’abord, je pense que Jean Echenoz fait ici œuvre originale en la matière, par cette écriture minimaliste en contraste avec un événement historique démesuré ; ensuite, je ne cherchais pas un énième roman sur 14-18, un document qui m’aurait apporté des connaissances. Non, je suis déçue parce que je cherchais le Jean Echenoz qui m’est cher, qui me fait entendre son point de vue si particulier sur le monde, qui joue parfois avec les genres (des mauvais genres à la biographie dans ses dernières œuvres), qui m’enchante par son écriture, et que je ne l’ai pas trouvé… 

Pour qui ?
Pas pour moi, en tout cas.

Le mot de la fin
Je vais plutôt relire Les grandes blondes.

Jean Echenoz, 14, Editions de Minuit, 2012. Lu en e-book.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Great post however I was wondering if you could write a litte more on this topic? I'd be very grateful if you could elaborate a little bit further. Cheers!

Brize a dit…

Oserai-je le dire... je n'ai jamais lu Echenoz (voilà, c'est fait !).
Tu me conseillerais lequel ou lesquels, pour découvrir l'auteur ?

Tasha a dit…

J'ai un excellent souvenir des Grandes blondes, de Cherokee et du Méridien de Greenwich! J'ai découvert Echenoz quand je m'intéressais à Manchette : je sais, ça peut sembler bizarre.

M. a dit…

Ce livre m'est tombé des mains...l'écriture m'a irritée..heureusement j'ai pu échanger ce "livre" pour des textes de Pierre Michon. J'ai même pensé à une imposture.