dimanche 2 septembre 2012

Les Anonymes de R.J. Ellory



Présentation (édition Le Livre de Poche)
Washington. Quatre meurtres aux modes opératoires identiques. La marque d’un serial killer de toute évidence. Une enquête presque classique donc pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité. Qui était-elle réellement ? Et ce qui semblait être une affaire banale va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain…

Mon avis
Cela faisait un moment que le livre, acheté en format numérique, patientait sur mon reader. J’avais à sa parution lu Seul le silence, aimé pour son écriture et son atmosphère très noires, tout en ayant le souvenir d’une légère déception, à cause d’une fin par trop prévisible pour l’habituée des polars que je suis. Autrement dit, en lisant le billet de Brize cet été, j’étais convaincue que j’allais éprouver le même ennui qu’elle. Il faut d’ailleurs reconnaître que j’ai mis un moment à venir à bout de ce gros roman, et je pense qu’en effet, il y a des longueurs. Cependant, je suis au final plutôt séduite (la chronique de Brize n’était de toute façon pas une démolition en règle).
Je suis d’accord avec Brize : il n’y a guère de surprise dans cette histoire, surtout pour des habitués du genre (des genres, devrais-je dire : polar et espionnage). Je suis pourtant persuadée que R.J. Ellory ne travaille pas là-dessus, qu’il ne cherche pas à nous surprendre (je vais apporter une nuance à cette affirmation). En effet, l’alternance entre les deux récits, celui de l’enquête à la troisième personne et celui du tueur présumé à la première personne, désamorce très rapidement l’effet de surprise : on sait de quoi il retourne. Dès les premières pages, nous savons que Catherine Sheridan connaît son tueur et qu’elle attend la mort, non sans angoisse mais avec le sentiment de sa nécessité. Par conséquent, nous percevons sans véritable suspense les méandres principaux de l’intrigue, les dessous de l’affaire, qui nous entraînent du côté de l’espionnage, et il est évident que le lecteur qui attendrait des rebondissements inattendus sera déçu, s’ennuiera. Je précise toutefois qu’à mi-roman, j’avais une hypothèse me permettant d’attendre un rebondissement attendu : eh bien je me suis trompée ! Comme quoi R.J. Ellory a joué avec mes nerfs et m’a narguée, en revenant à l’hypothèse de départ…
Je crois en fait que (attention, interprétations personnelles !), de même que Seul le silence mélangeait roman noir et thriller (avec une dominante roman noir pour moi), Les Anonymes travaille sur les structures et les motifs de l’espionnage mais propose en réalité un roman noir, tragique, désespéré et poisseux. Du coup, rien de vraiment inattendu, comme dans ces romans noirs où nous savons ce qui nous attend. Et une écriture et une atmosphère noires : par le personnage de Miller, typique de ces anti-héros du polar (rien d’original, pourra-t-on m’objecter), et par le personnage de John Robey, dont le récit est pour moi la partie la plus intéressante du roman, par ce qu’il charrie de tragique et de politique (même si, entre nous, il n’y a rien de nouveau sous le soleil dans le propos du roman).
Par ailleurs, m’attendant au pire, j’ai été surprise de ne pas m’ennuyer. Au contraire, j’avais hâte de me replonger dans le roman! L’alternance entre les deux  récits permet à la fois de donner du rythme et de le ralentir : oui, je sais, dit comme ça, ça ne veut rien dire… Disons que je trouve que l’histoire se caractérise par sa lenteur d'un côté et par une grande fluidité et un sens du rythme certain de l'autre côté. Et bien sûr, comme le souligne Brize, il y a la qualité de l’écriture de R.J. Ellory : pas de lourdeurs, pas d’emphase, mais une vraie capacité à planter un décor, un personnage, à construire une scène, le tout avec de très beaux moments d’émotion.
Je suis en revanche réservée sur l’extrême fin du roman. Je ne veux pas dévoiler ici des choses importantes, je dirais simplement que pour moi, R.J. Ellory ne va pas jusqu’au bout de la noirceur. Tant mieux pour les âmes sensibles, me direz-vous, mais je trouve qu’il aurait été plus cohérent d’aller plus loin. Et je n’ai pas trop aimé ces révélations sur une certaine jeune fille, je trouve ça inutile et un peu artificiel.
Au final, le roman aura tout de même un bon moment de lecture et une surprise agréable, même si je suis très loin du coup de cœur. Je pense que R.J. Ellory est un auteur intéressant (Vendetta attend sur mes étagères) mais ce n’est certes pas mon auteur préféré. Enfin, dans le style « je mélange roman noir et espionnage », on est en droit de préférer les romans de James Grady, infiniment supérieurs (ce n’est que mon avis).

Pour qui ?
Pour ceux qui aiment les romans de R.J. Ellory. Pour ceux qui en ont assez des héros trépidants à la Jason Bourne.

Le mot de la fin
Un bon moment, ni plus ni moins. 

R.J. Ellory, Les Anonymes (A Simple Act of Violence), Le Livre de Poche, 2012. Traduit de l'anglais par Clément Baude. Publié initialement chez Sonatine en 2010. Publication originale: Orion, 2008. Lu en e-book. 

16 commentaires:

monpetitchapitre a dit…

Un auteur que je dois absolument découvrir. J'ai Seul le silence dans ma PAL

Tasha a dit…

J'avais bien aimé ce roman, son atmosphère. C'est un auteur intéressant, c'est certain!

Brize a dit…

Tu as raison, j'attendais un thriller (la faute à la mention figurant sur la couverture en version poche)alors que c'est un roman noir, où le suspense n'est pas forcément au rendez-vous.
Il reste qu'il sera très vite oublié (je me rends compte que je suis DEJA en train de l'oublier !).

Tasha a dit…

Normal d'oublier des anonymes :-))

Brize a dit…

Zut, j'sais pas faire les smileys qui rigolent !

Tasha a dit…

:-D

Aifelle a dit…

Il est dans ma PAL depuis plus d'un an. J'avais aimé "seul le silence" que j'avais cependant trouvé un peu trop chargé en malheurs.

Tasha a dit…

C'est vrai que Seul le silence était particulièrement poisseux... Ceci dit, Les Anonymes n'est pas très léger non plus côté horreurs (mais rien de gore non plus!).

Emeraude a dit…

Je découvre ton blog grâce à Brize et avec un billet très intéressant sur un auteur de polar que pour ma part, j'apprécie beaucoup. Pourtant, je comprends tout à fait tes réserves. J'avais moi aussi été un tantinet déçue à l'époque (bon par contre je ne me souviens pas du tout de la fin donc je ne peux pas rebondir sur ce que tu en dis), parce que ça me paraissait un polar de facture un peu plus classique que seul le silence.
Ce qui est peut être aussi le cas de Vendetta, un peu moins peut être, mais clairement celui des Anges de New York.
Par contre j'ai lu pas mal de ses titres qui ne sont pas traduits et là, il a fait dans l'original. Mais je crois que les éditions Sonatine ont voulu publier d'abord justement ce qui pouvait être une "trilogie thématique"...
Le prochain (Bad Signs en anglais) est hyper intéressant au point de vue de la psychologie des personnages...
Bon je vais m'arrêter mais j'aime vraiment Ellory, notamment l'auteur lui même que j'ai eu la chance de rencontrer deux fois et qui est accessible, gentil, drôle et charmant. Mine de rien, quand l'auteur est sympa à ce point là, on a toujours envie d'aimer ses romans :-)

Tasha a dit…

Merci de ta visite! Ce que tu dis sur les possibles choix de Sonatine est intéressant. En tout cas, je lirai sans aucun doute et avec envie Vendetta, acheté lors d'une séance de dédicaces dans ma librairie préférée. R.J. Ellory m'avait en effet semblé d'une gentillesse extraordinaire! D'accord avec toi : les romans sont plus aimables quand l'auteur l'est aussi!
Je pense d'ailleurs le revoir à Toulouse, car je vais essayer de m'y rendre pour le festival du polar en octobre. Je suppose que la traduction de Bad Signs sera sortie et ce que tu en dis me donne très envie!

Emeraude a dit…

je suis curieuse... quelle est ta librairie préférée ?

Tasha a dit…

J'avais profité d'un passage parisien (je suis provinciale) à la librairie Compagnie, que j'adore! J'aime bien leur rayon polar, il n'y a pas tout mais il y a de vrais choix (que je partage en grande partie).

Jean-Marc a dit…

je trouve de mon côté Ellory un poil surestimé. Je ne devrais pas trop le dire vu qu'il est un des invités d'honneur de Toulouse Polars du Sud, mais tant pis.
Et sur le sujet, s'il y a un seul roman à lire (mais attention, là c'est très très violent), c'est La griffe du chien de Don Winslow.

Tasha a dit…

Oui, ça fait plusieurs fois qu'on me parle de La Griffe du chien, et j'ai également très envie de lire Savages. De Don Winslow j'avais lu Cirque à Picadilly, parce que j'aime bien commencer les séries par le début, ce qui n'est pas toujours une bonne idée. J'en ai un bon souvenir, sans plus : il faut parfois un peu de temps à un univers pour s'installer, le premier volume n'est pas toujours représentatif de la qualité d'une série. Je devrais me tourner vers ses romans "hors série"!

Jean-Marc a dit…

Cirque à Piccadilly n'est pas mal, certains de la série beaucoup plus réussis, en particulier un avec Toboggan dans le titre, et celui das les hautes solitudes.

Mais rien dans la série ne prépare aux choc de lecture qu'est La griffe du chien, un véritable monument, chef d'oeuvre de son auteur.

Ensuite, parmi les très bien, il y a la Patrouille de l'aube et Savages, puis tous les autres auxquels on prend quand même toujours du plaisir.

Tasha a dit…

C'est noté : le prochain sera soit Savages soit La Griffe du chien!