jeudi 22 août 2019

Le Terroriste joyeux suivi de Le virus de l'écriture de Rui Zink




Présentation éditeur

Le Terroriste joyeux

Un dialogue. Deux personnages : un présumé terroriste face au policier qui l’interroge.
Le premier est cueilli à la frontière, à sa descente de l’avion, transportant des explosifs. Sa défense : il n’a fait que les transporter pour son cousin, en échange d’un peu d’argent.
Les autorités n’avaient qu’à lui demander de remplir préalablement un formulaire !
Le ton est donné. Au fil de l’interrogatoire, le doute s’installe,
un glissement insidieux se produit, les rôles se défont : il n’y a plus un terroriste et un policier, mais simplement deux hommes. Et dans un système qui prône la suspicion, la méfiance
et la haine de l’autre, le sort de ces hommes n’est peut-être
pas si différent…

Avec une grande maîtrise, Rui Zink joue de la farce
et de l’humour pour questionner notre rapport aux maux
de notre temps que sont le terrorisme, la torture, mais aussi
le pouvoir et la manipulation.

Le Virus de l’écriture

Un virus hautement contagieux se répand partout, et à grande vitesse : le nombre d’écrivains et de poètes augmente à vue d’oeil. Et ils écrivent bien par-dessus le marché !
L’épidémie est d’abord saluée avec enthousiasme, considérée comme une nouvelle Renaissance par les journalistes, commentateurs
et autres critiques. Bien vite, pourtant, les choses tournent vinaigre : les marchés et les magasins sont vides, la pénurie alimentaire menace, plus personne n’assume ses fonctions. Tout le monde écrit. Mais si tous écrivent, qui reste-t-il pour lire ? Ainsi s’interroge
le narrateur, mystérieusement immunisé. Existe-t-il un espoir de trouver d’autres lecteurs pour former une cellule de résistants ?
Pour empêcher la lecture et les langues de mourir ? Telle est la puissance, follement perverse, du virus.

Ce que j'en pense

Quelle excellente idée que cette forme dialoguée! Nul doute qu'il y a des références en la matière dans la littérature portugaise, mais en bonne Française, j'ai tout de suite pensé à Diderot et à Jacques le Fataliste. J'ai retrouvé cette façon dynamique et malicieuse de poser des idées, de pousser l'interlocuteur dans les retranchements et les impasses de son raisonnement. Notre terroriste est un as pour mettre son interrogateur face à ses contradictions, pour inverser le rapport de pouvoir dans l'échange. C'est jouissif et drôle, tout du long. Mais le XXIè siècle étant ce qu'il est, une autre référence m'est venue en tête, peut-être de manière tout aussi saugrenue : Kafka. Car il y a de l'absurde dans la situation, la situation de ce terroriste mais aussi de nos sociétés occidentales et européennes, empêtrées dans leurs peurs. Mais c'est du Kafka rigolo, si vous voulez.

Quoi qu'il en soit, on retrouve dans Le terroriste joyeux les thématiques découvertes dans L'installation de la peur : la peur de l'autre, la paranoïa généralisée, la surveillance d'état, les manipulations, le pouvoir et la domination. La farce est amère, évidemment. C'est la force de Rui Zink : nous faire rire de ce qui est, somme toute, effrayant.

Ce dialogue est suivi d'un petit texte nommé Le virus de l'écriture: toujours sur le ton de l'absurde et de la farce, le narrateur nous relate la propagation d'un étrange virus. Tout le monde écrit, tout le temps, de tout, au point que plus personne ne regarde la télé ou ne reste collé à quelque écran que ce soit, par exemple. On saisira l'ironie de la chose, évidemment... Mais il y a pis : puisque tout le monde écrit, plus personne ne lit! Summum de l'absurdité, isn't it? Sauf notre narrateur, qui a réussi à s'immuniser contre le virus de l'écriture, mais qui est atteint de celui de la lecture... Là encore, c'est drôle et ça fait réfléchir...

Dans les pesanteurs de la rentrée, gardez-vous un peu de temps pour lire Rui Zink, ça fait un bien fou.




Rui Zink, Le Terroriste joyeux suivi de Le virus de l'écriture, Agullo, 2019. Traduit du portugais par Maïra Muchnik.

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