lundi 12 août 2019

Le couteau de Jo Nesbø


Présentation éditeur
Harry Hole a réintégré la police criminelle d’Oslo, mais il doit se contenter des cold cases alors qu’il rêve de remettre sous les verrous Svein Finne, ce violeur en série qu’il avait arrêté il y a une dizaine d’années et qui vient d’être libéré. 
Outrepassant les ordres de sa supérieure hiérarchique, Harry traque cet homme qui l’obsède. Mais un matin, après une soirée bien trop arrosée, Harry se réveille sans le moindre souvenir de la veille, les mains couvertes du sang d’un autre. 
C’est le début d’une interminable descente aux enfers : il reste toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir tout perdu.


Ce que j'en pense
De Jo Nesbø je n'ai lu que très peu de choses, et uniquement des Harry Hole. Avec plaisir mais sans passion, le côté thriller m'empêchant d'adhérer complètement. Qu'en est-il de ce nouvel opus, Le couteau? Eh bien il confirme tout ce que je pense de Jo Nesbø  Commençons par ce que je n'aime pas, et je précise que ce ne sont pas des réserves ou des choses que je juge faibles, simplement, ce sont des éléments qui font que je n'aime guère les thrillers, même les meilleurs - et on est ici en présence du meilleur. D'abord, la présence de l'abominable Svein Finne, pas un serial killer mais la logique est la même : une incarnation du mal, qui occasionne quelques scènes de torture physique et psychologique, perpétrées comme il se doit sur des femmes. Ce personnage n'est pas loin d'endosser des caractéristiques du méchant de comics, insaisissable, apparaissant de manière inattendue et presque surréelle. J'avoue que le moment où le roman se détourne de lui m'a beaucoup plus plu que le premier tiers, où il occupe le devant de la scène. Ensuite, il y a de nombreux "twists", avec une succession de suspects dans l'affaire qui préoccupe Harry Hole: et ça c'est quelque chose que je n'aime pas, mais encore une fois, je comprends bien que c'est pour ainsi dire un attendu du genre, et Jo Nesbø a un sacré savoir-faire en la matière. 
Car c'est ce qui me frappe : le savoir-faire incroyable de l'auteur, qui fait que j'ai dévoré le roman en deux jours, incapable de le lâcher sans l'avoir terminé dans la nuit de samedi à dimanche. Le lecteur est piégé par un rythme très maîtrisé, jamais lent sans pour autant être frénétique. A aucun moment Nesbø ne prend le lecteur pour un imbécile, chaque twist est soigneusement préparé et "justifié", si j'ose m'exprimer ainsi. Et il y a suffisamment de noirceur pour que je prenne plaisir à cette lecture, avec également ce que j'appellerais un propos, un point de vue sur le monde. Harry Hole est plus déglingué par la vie que jamais, en proie à ses démons alcooliques, hanté par les pertes subies, terrassé par des questionnements sans réponse. Le roman est parcouru d'interrogations sur la violence, celle que l'on a en soi, que l'on exerce sur autrui, au nom de valeurs parfois tout à fait respectables: pour des valeurs politiques (en temps de guerre par exemple), pour des valeurs humanistes, pour répondre à la violence subie. Quel sens peut-on donner à la violence, y compris celle qui s'exerce en toute légalité? Jusqu'où peut aller la volonté de vengeance et de réparation? Comment vivre avec des actes que l'on a exercés sans que cela fasse sens? Il y a de très belles pages sur le Syndrome de Stress Post Traumatique. Les personnages féminins sont particulièrement soignés, d'une grande complexité, et c'est aussi pour cela que Jo Nesbø échappe au cliché du thriller scandinave qui découpe les femmes en morceaux pour le plaisir. 
Je n'ai toujours pas envie de me jeter sur l'ensemble de la série des Harry Hole, mais franchement, si tous les thrillers étaient de cette trempe, j'en lirais plus souvent. Jo Nesbø a un talent fou, c'est certain. 

Jo Nesbø  Le couteau (Knive), Gallimard Série Noire, 2019. Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier. 

1 commentaire:

Electra a dit…

j'en ai lu un - j'en ai un autre dans ma PAL mais je n'étais pas non plus tomber sous le charme, mais je me souviens comme toi avoir aussi dévoré le livre - le rythme est soutenu et il y a quelque chose de fort dans son oeuvre.