jeudi 3 mai 2018

Salut à toi ô mon frère! de Marin Ledun


Présentation éditeur
La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d'une fantaisie bien peu militaire. 
Jusqu'à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l'appel. Gus, l'incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d'un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l'innocenter, lui ô notre frère.


Ce que j'en pense
Marin Ledun, pour moi, c'est la noirceur absolue, et j'ai un souvenir particulièrement fort des Visages écrasés, de La guerre des vanités, pour ne citer qu'eux. Avec ce nouvel opus, il change de ton sans renoncer à la force du portrait social. Le racisme ordinaire des petites villes est parfaitement décrit, ce racisme qui ne se dévoile vraiment que dans des circonstances extraordinaires... Et puis Marin Ledun épingle à merveille ces notables confits de médiocrité et de bêtise, leurs rejetons qui la jouent racaille mais brillent de lâcheté et de réflexes de classe. Tout au long de ce roman qui se dévore (presque) d'une traite, on se réjouit devant ces portraits acérés, et c'est jubilatoire. 
Et puis il y a quelque chose de Daniel Pennac* dans ce roman (il est d'ailleurs mentionné), avec la smala (qui rappelle la tribu Malaussène), la tendresse de tout ce petit monde, le caractère barré des parents - et aussi des enfants - avec mention spéciale à Adélaïde, furia maternelle rétive à toute forme et à toute figure d'autorité. Il y a le mignon joli flic, même pas une caricature, un beau personnage, dont la seule tare est une orthographe accidentée. Enfin, il y a Rose, la narratrice, vingt-et-un ans au compteur, des lettres et du punch à revendre, grâce à qui nous sommes embarqués dans le voyage. 
N'ai-je donc aucune réserve? Si, une minuscule : je trouve que Rose a parfois des références et des manières de réagir qui sont fort peu de son âge, mais bon, c'est vraiment pour pinailler. 
Soyez-en certains : il n'y a pas que la couverture qui décoiffe, le roman est un feu d'artifice, un bijou d'humour et de tendresse, le tout sans concession à la radiographie sociale. Un peu de légèreté chez Marin Ledun, fichtre! c'est inattendu et ça fait du bien. 

Marin Ledun, Salut à toi ô mon frère!, Gallimard Série Noire, 2018.

* je parle du temps de la première trilogie Malaussène, évidemment...

3 commentaires:

Electra a dit…

J'adore toujours autant te lire, j'espère que les auteurs viennent sur ton blog car c'est la meilleure dédicace que tu pouvais lui faire !

Brize a dit…

Je me disais bien, en lisant la présentation, que ça me rappelait Pennac !
En tout cas, voilà un roman de Marin Ledun qui me conviendrait peut-être car moins sombre que sa production habituelle (je n'en ai lu qu'un de lui).

Miss Cornelia a dit…

Celui-là, je le VEUX!!!!