mercredi 9 juillet 2014

Les chiens de Belfast de Sam Millar


Présentation (éditeur)
Il s'en passe de belles, à Belfast, cet hiver-là... Deux mains gauches sont découvertes dans les entrailles d'un sanglier abattu à la chasse. Vingt ans plus tôt, c'étaient des chiens sauvages échappés du zoo qui déchiquetaient les corps... Et il ne fait pas bon s'attarder dans les bars : une femme mystérieuse - pute ou pas pute? - attire plusieurs hommes de la ville dans ses filets, puis s'offre à leurs dépens des séances de torture raffinées avant de les achever. Le soin de démêler les fils sanglants de cette série macabre échoit à Karl Kane, détective privé cabossé par la vie et hanté par un drame digne d'un fantasme de James Ellroy. Et ce n'est pas la police qui va l'aider. L'humour noir, très noir, mais cultivé, de Sam Millar est de nouveau présent dans ce premier volet d'une trilogie policière pas comme les autres.

Mon avis
J’avais lu il y a quelques temps la chronique élogieuse de Jean-Marc Laherrère, et parce que j’ai eu la chance d’aller deux fois à Belfast cette année (pour le travail), j’avais très envie de lire ce roman de Sam Millar. Je me suis lancée et c’est un de mes plus jolis revirements de lecture de ces derniers temps. En effet, quand j’ai commencé ma lecture, la rudesse des premiers chapitres a failli me décourager. J’étais pourtant prévenue sur la noirceur des Chiens de Belfast, et je n’avais rien à dire sur l’écriture. Mais ma fatigue du moment entrait en collision, en quelque sorte, avec l’extrême noirceur et la violence de ce début de roman, et j’ai failli renoncer, me disant que Sam Millar trouverait son moment et que j’avais besoin d’un peu plus de douceur dans l’immédiat. Je me suis dit tout cela sans rien décider vraiment, et j’ai repris ma lecture le soir suivant, accordant aux Chiens de Belfast une dernière chance avant abandon (provisoire).
Et puis voilà, continué. Terminé. Adoré.
Ames sensibles s’abstenir : il ne faut pas avoir peur de la violence et de la noirceur, et le ton est donné dès les premières pages, insoutenables. Les chapitres suivants ne donnent guère de respiration. C’est dans un premier temps ce qui m’a rebutée : on va de mort violente en mort violente, sans bien saisir ce qui se passe (ce qui est normal), car l’action est dense, très dense.
Ce resserrement est l’une des choses qui m’a séduite : pas de temps mort, pas d’étirement, un roman à l’os (l’expression n’étant pas de bon goût dans ce cas précis), ça va vite, sans précipitation non plus. Sam Millar ne délaye pas et c’est bien.
J’ai finalement assez vite replongé dans la noirceur que j’aime, au fond… Belfast n’a rien à envier aux grandes cités explorées dans le roman noir depuis ses origines : glauque, sale, en proie à la corruption, prompte à dévorer les plus faibles, et marquée par une violence particulière, liée à son histoire tragique.
Autre élément du noir parfaitement intégré par Sam Millar : les personnages. Il y a quelques belles ordures, de somptueuses et déchirantes victimes, et puis il y a le détective, le privé, Karl Kane, flanqué d’une secrétaire et maîtresse qui ne s’en laisse pas compter, comme on les aime dans le roman noir. Le privé est abîmé à souhait, désabusé sans être cynique, prompt à se jeter tête la première dans les pires des embrouilles.
Enfin, Sam Millar maîtrise à la perfection l’art du dialogue, ça claque, c’est parfois jubilatoire et drôle, même si la tragédie reprend vite le dessus.
Le seul bémol pour moi est que l’intrigue est un poil classique, il manque pour le moment à ce qui est le premier tome d’une série un brin de lyrisme, mais Sam Millar met en place un univers, ça va peut-être venir. Je n’en suis pas sortie bouleversée comme j’ai pu l’être par Lehane dans ses meilleurs opus, par O’Connell, Ebersohn (les premiers) ou même par certains Scudder sous la plume de Lawrence Block (et ce ne sont que quelques exemples). Mais il y a là quelque chose comme une promesse, d’autant que Sam Millar lâche quelques infos sur le passé tragique de son privé qui pourraient bien nourrir les volumes à venir. Je parie en tout cas sur une montée en puissance émotionnelle. En attendant, j’ai lu un roman noir de chez noir, parfaitement maîtrisé, écrit à l’os, posant de somptueux personnages : si je n’en ressors pas bouleversée, j’en ressors enthousiaste.

Lisez aussi l'avis de la Petite Souris, de Yan

Pour qui ?
Pour ceux qui ne sont pas rebutés par du noir d’encre.

Le mot de la fin
L’Irlande, l’autre pays du polar.


Sam Millar, Les Chiens de Belfast (Bloodstorm), Seuil Policiers, 2014. Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal. Publication originale : 2008. Disponible en ebook.

8 commentaires:

Laure a dit…

Irlande + noir, ca me dit bien :-)

Tasha a dit…

Bon cocktail! Je connaissais déjà Ken Bruen, et je compte bien découvrir aussi Stuart Neville...

Jean-Marc a dit…

Stuart Neville, oui ! Et Adrian McKinty aussi.

Tasha a dit…

Exact, je l'avais oublié!

Kathel a dit…

Ce serait trop noir pour moi, je pense... Dommage, parce que l'auteur semble quelqu'un d'extrêmement intéressant.

Tasha a dit…

Je peux comprendre, Kathel, je reconnais que même en étant habituée à un certain degré de noirceur, j'ai dû m'accrocher...

La Petite Souris a dit…

je suis très heureux de voir que tu as toi aussi beaucoup aimé ce roman de Sam Millar, qui au fil du temps se révèle être un auteur majeur dans le paysage littéraire que nous affectionnons.Je ne sais pas si tu as lu ses précédents romans , si ce n'est pas le cas je te les recommande, une sacrée tartine de plaisir t'attend ! Amitiés

Tasha a dit…

@La Petite Souris : désolée de cette réponse tardive... Non, je n'ai rien lu d'autre, tu me conseillerais lequel en priorité? Je dis ça, c'est idiot, je peux parfaitement TOUT lire, si j'aime!!