samedi 23 novembre 2019

Le second disciple de Kenan Görgün


Présentation de l'éditeur
Xavier Brulein, ancien militaire de retour du Moyen-Orient, est écroué après une rixe sanglante dans un bar.
En prison, il rencontre Abu Brahim, prédicateur islamiste, l’un des cerveaux du terrible « attentat de la Grand-Place ». Seul membre de son réseau capturé, Brahim est convaincu d’avoir été sacrifié.
Converti avant sa remise en liberté, Xavier devient Abu Kassem, adoptant l’un des noms du Prophète de l’islam. Il infiltre une cellule terroriste pour démasquer ceux qui ont trahi Brahim, devenant l’instrument de sa vengeance, un homme-machine que rien ne saurait faire dévier de sa mission : « En comparaison, le 11-septembre sera l’enfance de l’art. »

Ce que j'en pense
J'attendais avec une certaine impatience ce roman, depuis que j'avais entendu Aurélien Masson en parler en juin. Un auteur belge, un sujet fort, Equinox, autant d'ingrédients pour un bon roman noir. Et cela va bien au-delà: Le second disciple est magistral, comme l'est le Paulin (les deux premiers volumes de la trilogie). Si vous n'aimez pas la noirceur, si vous avez besoin d'un peu de réconfort final, passez votre chemin : Le second disciple est dérangeant, troublant, parce qu'il nous fait pénétrer dans le cerveau de personnages qui sont passés ou qui vont passer à l'acte, commettre l'ignominie, et rien ne nous est épargné. Dérangeant, le roman l'est pour cette raison : il ne diabolise pas les personnages, et leur doctrine terroriste (quelle qu'elle soit, vous découvrirez de quoi je parle en lisant le roman) a beau être inexcusable, ils n'en sont pas moins des êtres humains, perdus, en souffrance derrière leurs certitudes et leurs actes atroces, persuadés d'être les perdants de la société moderne, à tort ou à raison. Le membre de la Fraternité aryenne est sans aucun doute le plus abject, s'il faut graduer l'abjection, mais on saisit ce qui l'a amené là, et c'est très troublant. Dérangeant, le roman l'est aussi dans les évocations des attentats: rien d'épique, rien de pathétique, l'horreur saisie de façon presque clinique, des descriptions brutes. La puissance de l'écriture de Kenan Görgün est là. Le roman refuse à ses personnages toute rédemption, et la trajectoire de Brahim l'illustre bien. Qu'il ait été saisi par la Créature (chut!) ne change rien à ce qu'il a fait, et il s'est coupé du monde des humains, de ses proches, irrémédiablement. Les scènes où il est confronté à sa mère, puis à son père, sont magnifiques, parce que l'auteur évite tous les clichés.
Quant à l'écriture de Kenan Görgün, elle est tout simplement saisissante, somptueuse. Dès les premières lignes, puis avec des variations de rythme, de ton, on ne peut que le constater : sa plume est  magnifique, d'une grande beauté. 
De manière presque étonnante, on nous annonce que ce Second disciple est le premier volume d'un ensemble plus vaste, et comme Marianne sur Black Roses for me, on se demande : mais quelle suite peut-il y avoir alors que tout est dévasté? Je suis impatiente de le savoir... 

Kenan Görgün, Le second disciple, Les Arènes Equinox, 2019.

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