jeudi 10 octobre 2019

Paz de Caryl Ferey


Présentation de l'éditeur
Un vieux requin de la politique. 
Un ancien officier des forces spéciales désormais chef de la police de Bogotá. 
Un combattant des FARC qui a déposé les armes. 
Un père, deux fils, une tragédie familiale sur fond de guérilla colombienne.


Ce que j'en pense
Une nouvelle fois, Caryl Ferey aborde une contrée lointaine à mes yeux et lourde d'histoire et de violence. Il livre un roman noir à la hauteur de ce pays, et à mes yeux, Paz est une immense réussite, de la trempe de Zulu, qui m'avait tant secouée. 
Ici l'auteur renonce à toute tentation de tendresse, même si quelques lueurs se font entrevoir, bien fugaces. Tout ou presque est noirceur, tragédie et violence extrême. Pourtant, à la fin du roman, Caryl Ferey dit avoir atténué la réalité des faits, car point trop n'en faut, mais on sent que la réalité dépasse, hélas, la fiction. Il y a quelque chose de shakespearien dans le trio des personnages masculins, dans cette famille Bagader, un poids des secrets et des trahisons incroyable. Aucun n'est vraiment innocent, aucun n'est complètement attachant (au sens où on s'attacherait à un personnage de fiction), tous sont fascinants. Lautaro et Angel, frères ennemis, donnent le rythme à ce roman. Le thème de la filiation et plus largement de la famille est omniprésente et c'est magnifique de force et de complexité.
Personne n'est à l'abri de la violence et de la mort, et c'est l'une des forces du roman : tout peut arriver, et Caryl Ferey se joue des surhommes, qui ne font jamais le poids face aux armes. La noirceur est à chaque page, jamais l'intrigue ne cède à la facilité ou au pathos, et se dégage de l'ensemble un pessimisme que j'ai beaucoup apprécié. On n'est pas au pays des bisounours, inutile de faire semblant, donc. Ce n'est pas une surprise pour qui connaît mes goûts de lecture, j'aime les romans noirs qui vont au bout de la noirceur, qui ne cherchent pas à me rassurer sur l'état du monde ou sur l'humanité (sinon, je lis des trucs légers et pis c'est tout). 
J'aime aussi l'absence totale d'angélisme dans ce roman. Pas de manichéisme : alors bien sûr, les narcos et leurs sicarios, loin du folklore qui peut leur être attaché, sont de pures ordures chez qui on ne voit même plus la moindre parcelle d'humanité. Les politiques sont égaux à eux-mêmes, ayant oublié le bien collectif depuis belle lurette. Mais il n'y a pas vraiment de bons ou de gentils en face, la réalité est plus complexe et souvent plus sordide. Au bout du compte, c'est bien sûr le peuple (ou les peuples) de Colombie qui font les frais de ces combats de vautours. 
Pourtant, Caryl Ferey échappe à tout cynisme dans Paz, et il en exonère quelques personnages. De même, il ne livre pas de caricature de personnage féminin : il n'y a pas l'héroïne badass contre l'agnelle destinée à l'abattoir, et là encore l'auteur se joue des stéréotypes et des attentes du lecteur. En revanche, les femmes sont, dans Paz, moins pourries que les autres personnages, dans leur majorité du moins. Elles se distinguent par leur capacité à affronter le monde qui les entoure, avec toutes les nuances possibles. 
Et je voudrais souligner aussi à quel point la structure du roman est maîtrisée : alternance des points de vue, raccords entre les différents moments, rythme, tout est impeccable, et j'avais bien du mal à lâcher le roman dans les 200 dernières pages. 
Vous faites comme vous voulez, mais vous auriez bien tort de passer à côté de Paz

Caryl Ferey, Paz, Gallimard, Série noire, 2019.

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