jeudi 9 février 2017

Tasha's Books bis

Source de l'image : http://studybroadly.tumblr.com 

Je ne compte pas abandonner ce blog ni Blogger, que je trouve intuitif et sur lequel j'ai fait ce blog qui me ressemble plutôt et correspond en tout cas à mes aspirations. Néanmoins j'avais envie de tester Wordpress, et j'ai donc créé une sorte de double à Tasha's Books, il y a quelques temps déjà. Je m'étais dit que je le consacrerais à la BD, mais je n'en lis pas assez pour tenir un blog, et n'en suis pas assez connaisseuse pour tenir un discours dessus. J'ai laissé tomber. Il y a quelques semaines, j'ai eu envie de reprendre, en faisant de ce deuxième blog autre chose qu'un lieu de chroniques livresques, tout en parlant de livres. 
On y trouvera donc des notes d'humeur sur la vie littéraire, sur des auteurs, des auto-portraits de lectrice (mais sinon, je ne suis pas auto-centrée...), des billets divers. Tout aura un lien exclusif avec les livres, évidemment. 
Je ne sais pas combien de temps je m'en occuperai, et quelque chose me chiffonne : il semble que je ne puisse empêcher, dans les versions gratuites, qu'apparaisse pour vous ponctuellement de la pub. Cela me déplaît et me surprend. On verra. 
Par ailleurs, soyez indulgents, je débute avec Wordpress et dispose de peu de temps en ce moment. Le blog est pour l'heure très rudimentaire et très calqué visuellement sur ce blog-ci. 
Voilà, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez!
L'adresse 

mercredi 8 février 2017

Le tropique des serpents de Marie Brennan



Présentation éditeur
« Bien que peu de gens soient assez âgés pour s'en souvenir, et encore moins assez impolis pour en parler, je fus autrefois vilipendée dans les feuilles à scandales. […] C'est à cette époque de mon existence que je fus accusée de fornication, de haute trahison et d'être la plus mauvaise mère de tout le Scirland. C'est plus que la plupart des femmes peuvent réaliser en l'espace d'une vie et j'admets que j'éprouve une sorte de fierté perverse à y être parvenue.
Ce livre est également, bien entendu, le récit de mon expédition en Érigie. Les avertissements de ma première préface s'appliquent toujours : si les descriptions d'actions violentes, de maladies, de mets étrangers au palais des habitants du Scirland, de religions étranges, de nudité en public ou de gaffes diplomatiques idiotes sont susceptibles de vous gêner, fermez ce livre et passez à quelque chose de plus plaisant.
Mais je peux vous assurer que j'ai survécu à tous ces événements ; il est donc probable que vous survivrez à leur lecture. »

Ce que j’en pense
J’ai acheté Le Tropique des serpents à sa sortie, mais ce n’est que la semaine dernière que j’ai mis le nez dedans. J’avais besoin de faire une pause dans mes explorations noires et cette plongée dans un univers de fantasy plutôt light me semblait parfaite. Bien m’en a pris. J’ai retrouvé ce que j’ai aimé dans le premier volume. L’arrière-plan victorien (ou supposé tel car nous sommes dans un pays imaginaire, rappelons-le) est moins appuyé, tout simplement parce que notre héroïne, Isabelle, quitte vite son pays pour une nouvelle exploration, qui va cette fois-ci l’amener plus loin de chez elle. Mais pour autant, les pesanteurs morales de l’époque se font bel et bien sentir, et notre scientifique passionnée se heurte au machisme d’une société bien guindée, tout comme Nathalie, sa jeune acolyte dans ce volume (aux côtés de Tom Wilker bien sûr). C’est une fois de plus un ton qui me séduit, qui déroge aux conventions dans la représentation de la féminité. Car Isabelle refuse de secrifier sa passion pour les dragons à son fils, qui l’embarrasse plus qu’autre chose. Il y a quelques passages bien sentis sur l’obligation faite aux femmes de prendre soin de leur progéniture, sur l’obligation de se marier (et Nathalie veut absolument échapper au mariage).
L’intrigue m’a beaucoup plu et Marie Brennan a su renouveler son univers. La découverte d’un nouvel espace géographique engendre un autre type de péripéties, de dangers et de chocs culturels. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, et certains passages m’ont fait écarquiller les yeux. Croyez-moi, ça ne m’arrive pas si souvent.
J’ai déjà dit un truc similaire à la fin du tome 1, mais tant pis : j’ai hâte de retrouver l’univers de Marie Brennan dans le tome 3.
                                                      

Marie Brennan, Le Tropique des serpents (The Tropic of Serpents). Mémoires par Lady Trent tome 2, L’Atalante, 2016. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. Disponible en ebook sans DRM. Publication originale : 2014.

samedi 4 février 2017

En pays conquis de Thomas Bronnec


Présentation éditeur
La République est paralysée. L’Élysée est à gauche mais l’Assemblée à droite. Très à droite : impossible pour Hélène Cassard, nommée à Matignon, de gouverner sans le soutien des députés du Rassemblement national, le parti extrémiste. Dans un paysage politique en pleine déliquescence, les convictions sont mises à l’épreuve du pouvoir et les hommes de l’ombre s’agitent autour d’un enjeu de taille : l'appartenance de la France à l’Europe. 
L’un d’eux, François Belmont, ambitionne de faire éclater les vieux clivages. Rien ne semble résister au grand argentier de la campagne d’Hélène Cassard. À moins que la mort de Christian Dumas, président de la Commission des comptes de campagne, chargé de veiller sur la légalité du financement de la vie politique, ne vienne compromettre ses plans ?


Ce que j’en pense
J’avais lu et aimé Les initiés, précédemment paru à la Série Noire, j’étais donc partante pour En pays conquis. Et croyez-moi, ça a été une curieuse expérience.
D’abord, je ne savais pas que j’allais retrouver certains des personnages des Initiés, et au début du roman, j’essayais de me souvenir qui était qui dans le précédent roman ; c’est d’ailleurs un peu idiot de ma part, on peut très bien lire En pays conquis sans avoir lu Les Initiés. Mais ça m’a perturbée, parce que je n’arrivais pas à m’y retrouver. Heureusement, c’est passé très vite, j’ai ensuite trouvé mes marques et c’était parti pour un nouveau tour de manège.
Ensuite, la lecture de ce roman a été une expérience troublante parce que je l’ai lu alors que se déroulait le deuxième tour des primaires socialistes, avec la perspective d’une présidentielle effrayante. Du coup, les discussions sur la possible ou l’impossible alliance entre les socialistes et la gauche (et ne venez pas me dire que les socialistes sont de gauche aujourd'hui), avec Macron qui s’agite en arrière-plan et gagne des intentions de vote, eh bien, disons que ça trouvait un écho troublant dans le roman. Du coup, inutile de préciser que cette lecture a plutôt généré de l’angoisse, ou peut-être est-ce l’inverse : les primaires étaient d’autant plus angoissantes que En pays conquis mettait des mots sur ce qui pourrait arriver (à savoir, un chaos politique complet).
Mais tout cela est bien beau, mais d’une certaine façon, ça ne concerne que moi, me direz-vous. Qu’en est-il de ce roman ?
Il est passionnant. Passionnant parce qu’en effet, Thomas Bronnec est très documenté, il semble parfaitement connaître les arcanes de la politique, à la fois d’un point de vue technique et analytique. Donc il ne dit pas n’importe quoi quand il parle de financement des campagnes politiques, il connaît la constitution, etc. Et puis il connaît la façon de fonctionner des politiques, leurs stratégies hautement tordues, leurs manières d’informer la presse sans le faire vraiment, entre autres petites manipulations.
Ce qui rend En pays conquis passionnant, c’est aussi la façon dont Thomas Bronnec donne le point de vue de plusieurs personnages sur des évènements qui se déroulent sur une période très courte. Le roman s’ouvre sur les résultats des législatives et suit les réactions (en pensée, en actes) de personnages qui ont tous partie liée avec la chose d’état, à un titre ou à un autre. Il donne ainsi la parole (si je puis dire) au Président de la République, à la femme nouvellement nommée au poste de Premier Ministre et à son conseiller, au tout aussi nouveau Ministre des Finances, à une fonctionnaire de Bercy liée à titre personnel au conseiller… C’est une galerie de portraits tantôt effrayante, tantôt pathétique. De l’ambition personnelle à la corruption établie, du sacrifice de soi à l’incarnation de l’Etat, chacun représente un certain rapport, ancré historiquement, à la chose d’état. N’allez pas croire que ce ne sont pas pour autant de vrais personnages, car ils sont dotés d’une véritable épaisseur romanesque.
Et puis si En pays conquis est un roman politique, il n’assène rien. Il expose, il élabore dans un contexte réaliste des trajectoires et un scénario politique possibles. Ce n’est pas un roman à thèse, c’est un roman qui pose des questions. Bon, moi ça me colle les miquettes, mais c’est parce que je suis une petite nature.
Enfin, un dernier aspect me passionne dans ce roman, c’est son rapport au genre et aux codes du genre. Car le roman s’ouvre sur une mort, qui pourrait sembler suspecte. Mais qui ne l’est pas au sens polar. Et au fond, les vraies déviances criminelles sont celles de ces personnages politiques, le cadavre est celui de l’Etat ou d’une certaine idée de l’Etat. En pays conquis illustre parfaitement à mes yeux la distinction entre polar et roman noir : pas d’enquête, même pas vraiment de cadavre. Le crime est ailleurs, il est politique (ou social, mais c’est parfois pareil). Et c’est pour ça que j’aime le noir.

Si vous voulez lire un entretien avec l'auteur, allez voir chez Nyctalopes.

Thomas Bronnec, En pays conquis, Gallimard Série Noire, 2017. Disponible en ebook.  

mercredi 1 février 2017

Les petites reines de Clémentine Beauvais


Présentation éditeur
À cause de leur physique ingrat, Mireille, Astrid et Hakima ont gagné le « concours de boudins » de leur collège de Bourg-en-Bresse. Les trois découvrent alors que leurs destins s’entrecroisent en une date et un lieu précis : Paris, l’Élysée, le 14 juillet.
L’été des « trois Boudins » est donc tout tracé : destination la fameuse garden-party de l’Élysée !!!
Et tant qu’à monter à Paris, autant le faire à vélo – comme vendeuses ambulantes de boudin, tiens ! Ce qu’elles n’avaient pas prévu, c’est que leur périple attire l’attention des médias… jusqu’à ce qu’elles deviennent célèbres !!!

Ce que j’en pense
Je suis souvent circonspecte envers la littérature de jeunesse, en tout cas pour ados, française. Je la trouve bien souvent alourdie d’une visée édifiante et pédagogique qui me fatigue grandement. Et puis de temps en temps, je tombe sur une pépite, et c’est le cas de ces Petites Reines. J’y ai trouvé ce que j’aime dans certains romans anglo-saxons, par exemple ceux de Susin Nielsen : une capacité à faire rire sur des sujets graves, à faire réfléchir par l’humour, tout en construisant de vrais personnages et de vraies intrigues, pas des prétextes à « messages pédagogiques bourrés de prêchi-prêcha ».
Car Clémentine Beauvais s’empare d’un sujet de taille : la norme imposée aux corps adolescents, le culte de l’apparence et le harcèlement via les réseaux sociaux. Oui, rien de moins. Mais elle le fait en construisant une intrigue échevelée et des personnages totalement barrés. Pas réaliste, pas vraisemblable, m’objecteront certains ? Ni plus ni moins que ces personnages ridicules et ces intrigues édifiantes qu’affectionne la littérature de jeunesse française.
Mireille, Astrid et Hakima sont les trois boudins élus par un adolescent crétin sur un réseau social, et si la première (notre narratrice) s’est forgé une carapace de dérision, les deux autres, nouvellement élues, sont bien plus affectées. Mais Mireille a plus d’un tour dans son sac, et elle va, avec ses deux nouvelles amies, s’emparer de ce statut de mocheté pour entamer un périple épique à vélo (et non en vélo, SVP), chaperonné par le grand frère de Hakima. Tous ont une excellente raison d’aller à Paris le 14 juillet.
Les dialogues claquent, les situations drolatiques s’enchaînent, la narration intègre la rumeur du monde (les articles de presse et leurs commentaires d’internautes enragés, Twitter et Facebook), le tout mêlant les codes d’une fiction sociale traitée avec subtilité et ceux d’un feel-good book.
Je suis conquise et je sais que je lirai les autres romans de Clémentine Beauvais, que ce soit Songe à la douceur qui lui a valu une belle couverture médiatique ou La pouilleuse, qui avait fait partie d’une sélection des Nuits Noires d’Aubusson (sélection collège, je suppose), ce qui est de bon augure.

Clémentine Beauvais, Les petites reines, Sarbacane Exprim’, 2015.