vendredi 27 février 2015

Du polar YA : L'île de Nera d'E. George et Black Ice de B. Fitzpatrick




Un peu de polar YA, aujourd’hui. 

J’ai lu en me barbant un peu Black Ice de Becca Fitzpatrick. C’est du thriller pourtant efficace: deux jeunes filles vont passer quelques jours dans un chalet de montagne pour faire une randonnée. Elles doivent retrouver sur place le petit ami de l’une et un autre garçon, son frère, qui n’est autre que l’ex-petit ami de l’autre jeune fille, narratrice de l’histoire (vous me suivez?). En route, elles sont prises dans une violente tempête de neige qui les oblige à abandonner la voiture et à essayer de trouver refuge dans une habitation des environs: elles vont frapper à la porte d’une maison dans laquelle les accueillent deux jeunes hommes au comportement étrange. Le refuge tourne au cauchemar. Bon, on retrouve tous les ingrédients d’un bon thriller, je suppose, les êtres ne sont pas ce qu’on croit qu’ils sont, un gros vilain twist, et puis un autre, des frissons, de la tension, et un relatif happy end. En soi, c’est bien mené, mais je me suis heurtée à mes vieilles réticences face à ce genre de thriller, dont l’intrigue est à la fois tirée par les cheveux et très prévisible. Donc je me suis ennuyée assez vite. Et puis l’auteure mêle à l’intrigue du thriller une intrigue sentimentale, tout aussi échevelée et prévisible, donc double effet « je m’ennuie ». 
Cependant, c’est un assez bon thriller pour ados, jamais glauque (quoique, l’histoire d’amour…), angoissant sans être gore, c’est maîtrisé et sans doute très haletant et prenant pour de jeunes lecteurs (lectrices?) qui ne connaissent pas encore tr!s bien les règles du thriller. Les autres passeront leur chemin. 

J’ai par ailleurs retrouvé avec plaisir Becca King, la jeune héroïne du polar Young Adult signé Elizabeth George, dans L’île de Nera, qui fait suite à Saratoga Woods. Je n’avais plus les détails du tome 1 en tête mais j’étais contente de retrouver les personnages, car notre vieille routière du polar s’y entend pour faire exister ses personnages. Ces ados sont tous sympathiques et irritants à la fois, je les ai suivis avec enthousiasme et sans m’ennuyer. L’intrigue tourne toujours autour du mystère Becca, mais aussi autour du phoque noir Nera, qui ne ressemble à aucun autre et vient chaque année près de l’île à la même période. Cela excite la curiosité d’une jeune chercheuse fraîchement débarquée, cela réveille aussi les vieux cauchemars des habitants de l’île. Il y a des secrets dans l’air… L’intrigue est très polar, et pourtant le dénouement bascule clairement dans le surnaturel, mais sans que ce soit artificiel. Et comme le mystère Becca subsiste, on attend le tome 3: moi je l’attends en tout cas, non sans impatience, qui l’eût cru? 

Bref, Elizabeth George, victoire par KO!

Fitzpatrick Becca, Black Ice (Black Ice), MSK, 2015. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Cambolien. Publication originale: 2014. Disponible en ebook.

George Elizabeth, L’île de Nera (The Edge of Nowhere 2), Presses de la Cité, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alice Delarbre. Publication originale: 2013. Disponible en ebook.

Petites coupures à Shioguni de Florent Chavouet


Présentation (éditeur)
Kenji avait emprunté de l'argent à des gens qui n'étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n'avait pas de clients. Forcément quand les prêteurs sont revenus, c'était pas pour goûter les plats.

Ce que j’en ai pensé
J’avais très envie de découvrir cette bande dessinée, ce roman graphique de Florent Chavouet, qui passait pour la première fois à une oeuvre de pure fiction narrative. L’objet est somptueux, il faut saluer le travail des éditions Picquier: le livre est un peu cher mais le prix se voit, si je puis dire. 
Je vais tout de suite évoquer ce qui n’a pas fonctionné pour moi, car cette lecture n’est malheureusement pas un coup de coeur. J’ai lu sans déplaisir cette oeuvre mais je n’ai ressenti aucune émotion. Pour moi, c’est un objet ludique et cérébral, expérimental par certains aspects, mais je reste sur le bord, dénuée de toute émotion de lectrice. Or les deux dimensions ne sont pas toujours séparées, je peux être émue par une oeuvre formelle exigeante. Ici, rien.
Malgré tout, je ne peux que saluer le talent de Chavouet: c’est graphiquement remarquable,  narrativement diabolique d’intelligence et de maîtrise. Il explose les codes de la narration graphique et livre une oeuvre mosaïque qui compose une histoire complexe et savamment structurée. Chaque choix est cohérent, intelligent. 
S’il y en a parmi vous qui ont lu Petites coupures à Shioguni, j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé. 

Florent Chavouet, Petites coupures à Shioguni, Philippe Picquier, 2014. 

Prix Fauve du Polar à Angoulême 2015. 

mercredi 25 février 2015

Les initiés de Thomas Bronnec


Présentation
Quelques années après la chute de Lehman Brothers, alors que le monde politique voit enfin la sortie de crise à l’horizon, le Crédit parisien est sur le point de sombrer. La plus grande banque française a besoin d’un plan de sauvetage en urgence mais la ministre de l’Économie, au sommet des sondages, symbole de la gauche revenue aux affaires, entend tout faire pour que Bercy ne mette pas sur pied un plan similaire à celui de 2008 lors de la crise des Subprimes. 
Au milieu du champ de bataille, s’opposent pouvoirs publics et monde de la finance.

Ce que j’en pense
Voilà de la belle ouvrage. J’ai souvent pensé à Margin Call en lisant Les Initiés: non qu’il soit vraiment question des mêmes choses et bien sûr, le contexte est tout à fait différent (du moins géographiquement), mais tout de même, il y a des points communs. Le monde de la finance, ici au niveau de l’état, dans toutes ses collusions, compromissions, complicités avec le monde de la banque ; le côté huis-clos, certes beaucoup moins que dans Margin Call, mais c’est tout de même l’impression que j’en retiens, avec le paquebot Bercy ; des personnages qui naviguent entre inconscience totale des conséquences de leurs actes et cynisme absolu, pris dans les rets d'une corruption qui ne se voit même pas comme telle. 
Il n’y a rien - pour autant que je puisse en juger - de manichéen ou de simpliste dans la peinture de Thomas Bronnec: de la nuance, de la finesse, plutôt. C’est d’autant plus glaçant. C’est que les personnages, y compris le banquier, croient vraiment qu’ils mettent leurs compétences au service de l’état et des citoyens. Les élites -politiques ou technocrates, qui se confondent souvent - tournent en orbite dans leur univers d'argent et de chiffres, et ils érigent leurs choix idéologiques en dogme intangible, broyant ceux qui se refusent à y adhérer (la ministre, les deux jeunes mortes) et ralliant au dogme les autres. C’est que c’est un milieu hautement incestueux, qui se reproduit incessamment. Au-delà d’une idéologie dominante, la charge est selon moi dirigée contre l’ENA, machine à fabriquer des élites prêtes-à-penser, ou plutôt à ne pas penser: un beau gaspillage d’intelligences et de compétences. Tous ces gens cultivent l’entre-soi, et gare à qui ne vient pas du sérail: ce sont les initiés. Ils se sentent aussi initiés parce qu'ils croient savoir et comprendre ce que les "autres" ignorent, ne perçoivent pas, pris qu'ils sont à leurs yeux dans des positions idéologiques stupides et hors d'âge. Cela leur confère une morgue inouïe, car ces initiés sont inconscients de leur adhésion à une idéologie et convaincus de leur supérieure clairvoyance.
Littérairement, c’est impeccable: une écriture sobre, efficace, une construction remarquablement maîtrisée, une dimension didactique toujours habile et accessible. Thomas Bronnec maîtrise parfaitement son sujet et il sait le rendre clair et diablement romanesque. C’est de l’excellent roman noir, tragique, politique, glaçant. A lire absolument!


Thomas Bronnec, Les initiés, Série Noire, 2015. Disponible en ebook. 

lundi 23 février 2015

La bit-lit du mois (Patricia Briggs, Cécilia Correia, MaryJanice Davidson, Alice Scarling)





L'image vient du blog de Emm, par ici


Et me revoici avec de la bit-lit… 
Un coup de coeur, une lecture pas tout à fait pour moi, une relecture et un abandon : voici pour les quatre lectures bit-lit du mois. 
Je commence par l’abandon, deuxième du mois, donc, après le Stephen King. Je ne sais plus comment je suis tombée sur ce titre français, paru chez un éditeur que je connais peu (euphémisme): Les aventures d’Aliette Renoir, tome 1: La secte d’Abaddon, de Cecilia Correia. L’argument me semblait sympathique: une chasseuse de vampires transformée elle-même en vampire, le tout sous l’Occupation à Paris, voilà qui promettait de l’originalité. 
Malheureusement, pour moi, ça ne fonctionne pas. L’auteure ne fait pas grand-chose de ce contexte pourtant prometteur. On croise bien quelques nazis - à qui il arrive quelques bricoles - mais sur la première moitié du roman, ça reste du saupoudrage, et ça pourrait somme toute se passer à n’importe quelle époque. Par ailleurs, les relations entre les personnages sont trop stéréotypées à mon goût et l’héroïne, qui avait tout pour être sympathique, est une tête à claques que je n’ai pu supporter tout au long du roman. Je trouve que le mélange qu’elle offre entre audace gouailleuse (la Parisienne à la langue bien pendue) et innocence de novice n’est pas très cohérent, ou du moins l’auteure ne parvient pas à en faire un personnage cohérent. Ses relations avec les séduisants vampires sont inconsistantes car vues dix mille fois. 
J’ai arrêté ma lecture à mi-parcours, et contrairement à ce que j’ai fait pour le King, je n’ai même pas eu envie d’aller voir la fin. Dommage car Cecilia Correia a une qualité: son écriture. Elle écrit fort bien. 

Autre Française: Alice Scarling, avec Requiem pour Sascha, premier volume de Lacrimosa, chez Milady. Ce n’est pas un coup de coeur et je ne suis pas certaine de lire les autres volumes, mais je le regrette. Qu’est-ce qui cloche? Pas le livre, mais moi en tant que cible. 
Curieusement, je me sens trop vieille pour cette lecture et même si je ne saurais expliquer pourquoi, c’est mon ressenti. L’histoire est solide, l’héroïne bien campée et attachante, et j’ai aimé aussi les références à une culture métal et gothique. Je ne suis pas totalement convaincue par le héros, trop angélique à mon goût (j’me comprends). Alice Scarling écrit bien. Bref, c’est une lecture très recommandable, mais pas tout à fait pour moi. 

Cela faisait un moment que je me promettais de remettre le nez dans la série de MaryJanice Davidson, Queen Betsy, dont j’avais lu le premier volume, Vampire et célibataire. J’avais gardé le souvenir d’une lecture plaisante, à la drôlerie certaine mais parfois un peu forcée, et le fait est que je n’avais pas poursuivi. Mais j’étais alors novice en bit-lit, j’ai par conséquent eu envie de relire ce premier tome pour voir si j’accrochais davantage. Oui et non. 
Oui, parce que j’ai davantage ri que la première fois, les dialogues et les situations sont souvent irrésistibles. Non parce que j’ai trouvé une fois de plus l’humour omniprésent au point d’en être forcé, sans contrepoint émotionnel comme chez Darynda Jones, par exemple. Je pense toutefois que je me laisserai tenter par un deuxième tome, histoire de voir. 

Enfin, mon coup de coeur : L’appel de la lune, premier volume de la série consacrée à Mercy Thompson par Patricia Briggs. 
Je ne suis pas aussi enthousiaste que pour la série de Darynda Jones, car l’humour y est moins « barré », mais tout de même, c’est un grand plaisir de lecture. J’ai tout de suite aimé l’héroïne, qui possède son propre garage et est une fondue de mécanique. Elle se transforme en coyote, et c’est bête, hein, mais ça change… J’adore les vampires et les loups-garous qui l’entourent, et l’intrigue m’a tout de suite accrochée. Je suis ravie de cette découverte, et j’ai même commandé le premier volume du comics qui en a été adapté (je l’attends). 

Briggs Patricia, L’appel de la lune (Blood Bound), Milady, 2009. Traduit de l’anglais (Etast-Unis) par Lorène Lenoir. Publication originale: 2007.
Correia Cécilia, Les aventures d’Aliette Renoir Tome 1: La secte d’Abaddon, Rebelle, 2012.
Davidson MaryJanice, Vampire et célibataire (Undead and Unwed), Milady, 2011. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Tasson. Publication originale: 2004. 
Scarling Alice, Lacrimosa Tome 1: Requiem pour Sascha, Milady, 2014.

Tous ces livres sont disponibles en ebook. Celui des éditions Rebelle est émaillé de nombreuses fautes de langue…

jeudi 19 février 2015

L'abandon n°1 du mois:Mr Mercedes de Stephen King


Présentation (éditeur)
Midwest 2009. Un salon de l'emploi. Dans l’aube glacée, des centaines de chômeurs en quête d’un job font la queue. Soudain, une Mercedes rugissante fonce sur la foule, laissant dans son sillage huit morts et quinze blessés. Le chauffard, lui, s’est évanoui dans la brume avec sa voiture, sans laisser de traces. 
Un an plus tard. Bill Hodges, un flic à la retraite, reste obsédé par le massacre. Une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de la dépression et de l’ennui qui le guettent, le précipitant dans un redoutable jeu du chat et de la souris.

Ce que j’en pense
J’ai eu l’occasion de lire le tout dernier Stephen King, Mr Mercedes. C’est un auteur que je ne connais pas vraiment, sinon à travers des nouvelles, lues il y a vingt ans, et que j’avais trouvées très intéressantes. D’autres romans m’ont tentée ces dernières années, mais il semble que j’aie fait le mauvais choix. Il faut dire que j’étais alléchée par la perspective d’une intrigue qui démarrait fort, par le parrainage choisi (James M. Cain), par le genre auquel King se frottait, le polar. 
De fait, ça démarre très bien, j’ai adoré le premier chapitre, saisissant, bouleversant, stupéfiant. 
J’ai apprécié aussi le personnage de Hodges: à défaut d’être original, il a très rapidement une vraie épaisseur, c’est un personnage dont je me dis « j’aimerais connaître un gars comme lui ». D’autres personnages valent le détour, notamment Jerome. 
Oui mais voilà. Dès le deuxième chapitre, cette histoire de tueur qui écrit au flic à la retraite en le mettant en quelque sorte au défi, ça me fatigue. Combien d’histoires reposent ainsi sur le duel entre le criminel malin et le flic obstiné? Alors bien sûr, chez King, le crescendo ne manque pas d’efficacité, le criminel est tout bonnement terrifiant. Mais ça ne m’intéresse pas. Alors que le roman passionne certainement la plupart des lecteurs, alors qu’il devrait me sembler haletant, il m’assomme, m’ennuie, me barbe. 

Et j’ai jeté l’éponge, non sans être allée lire les vingt dernières pages. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas spoiler: mais tout ce que j’attendais en matière de dénouement est bien là, jusqu’à la dernière ligne. Quelle fatigue! J’ai eu raison de prendre le raccourci. 

Alors, si vous êtes fan de Stephen King, allez-y, il y a du savoir-faire. Si vous aimez le thriller sans être très habitué à en lire, allez-y aussi, Monsieur Mercedes vous comblera certainement. 
Les autres, faites comme moi, passez votre chemin. 

Remarque: Mr Mercedes est le premier volume d’une trilogie qui sera consacrée à Bill Hodges. Le deuxième volume est attendu aux Etats-Unis en juin 2015.


Stephen King, Mr Mercedes (Mr Mercedes), Albin Michel, 2015. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Océane Bies et Nadine Gassie. Publication originale: 2014. Disponible en ebook.

mardi 17 février 2015

Les livres et moi : ma manie des questionnaires

Image prise ici

Allez zou, un petit questionnaire, que vous pouvez reprendre à l'envi. Que voulez-vous, ça m'amuse et parfois même, ça me fait réfléchir (non? si!).

1.Votre héros dans la fiction
Batman! Oui je sais qu’il est un grand traumatisé de la vie, limite psychopathe, mais nom de Zeus, j’aimerais bien qu’il soit à mes côtés de temps en temps, juste histoire de botter le train à quelques importuns. Et puis je ferais bien un tour en batmobile…

2.Le livre que vous ne vous lassez pas de relire
Je ne vais étonner personne: Quartier perdu de Patrick Modiano. La magie opère toujours, chaque relecture me bouleverse, m’enchante, m’apaise. Il faut que je trouve le bon moment pour le relire, un peu comme si le moment appelait pour moi une nouvelle immersion dans Quartier perdu. C’est en tout cas le roman qui m’accompagne depuis mon adolescence.

3.Le livre que vous n’avez jamais rendu
Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. Disons-le carrément, je l’ai emprunté en ayant la claire intention de le garder: bref, considérez que je l’ai volé. J’avais 15 ans, et ce fieffé Julien Gracq, avec son refus élitiste d’être publié en poche, n’avait pas songé un seul instant qu’à 15 ans, je n’avais pas l’argent d’un grand format, sachant que je lisais déjà énormément. Aux grands maux les grands moyens! J’ai toujours cet exemplaire, super moche d’ailleurs. J’ai à l’époque beaucoup aimé ce livre (encore que je me demande ce que je n’aimais pas lire…) mais ensuite, Julien Gracq est devenu, dans mes études de lettres, de la chair à dissertations et à commentaires, ce qui a un peu gâché le plaisir.

4.Le livre que vous aimeriez avoir écrit
Hum, voilà qui est difficile. Il faut que je réfléchisse un peu, je reviens…

5.Le livre qui vous a fait pleurer
J’ai le souvenir très précis des larmes versées lors de ma première lecture de Jane Eyre; j’avais 13 ans, c’était un dimanche gris à la campagne, j’avais traîné mon livre partout (je n’ai nul souvenir du volume, qui n’était pas à moi, je crois*), dehors lors d’une promenade dominicale comme je les détestais, chez des amis de mes parents, à qui nous avions rendu visite**… Quand Jane perd son amie, au début, j’ai commencé à pleurer, c’était irrépressible. J’ai relu Jane Eyre depuis, et j’aime beaucoup, mais je n’ai jamais retrouvé cette émotion. 

* je l’ai rendu, celui-là, ne vous inquiétez pas.
** oui, déjà, je ne faisais aucun effort pour être sociable. 

6.Le livre qui vous a fait hurler de rire
Aïe, deux ex-aequo. 
L’arbre à bouteilles de Joe Lansdale. Je n’en attendais rien, une collègue m’avait prêté le roman et je n’avais jamais entendu parler de l’auteur. La surprise fut totale et je suis depuis une inconditionnelle des aventures de Hap et Leonard. C’était un rire jubilatoire, méchant juste ce qu’il faut. J’ai aussi le souvenir d’avoir énormément ri (sans crainte du ridicule en public) en lisant Triggerfish Twist de Tim Dorsey. Les épiceries de nuit qui ressemblent à des bals de zombies, l’allusion hilarante au film Ishtar (il faut avoir été jeune dans les années 1980 pour comprendre)… 

7.La série (de romans) qui vous a rendu accro
J’adore lire des séries, donc c’est difficile de répondre… Mais je crois tout de même que les Stephanie Plum de Janet Evanovich m’ont procuré tous les signes de l’addiction. Je me réjouis d’ailleurs que Pocket en reprenne et en poursuive la publication en français, même s’ils ont la politique lamentable de prix numérique que j’ai déjà évoquée. Le sevrage avait été rude.

8.La ville ou le pays qu’un livre vous a donné envie de découvrir
Il y a fort longtemps, Les amants du Tage de Joseph Kessel m’a fait rêver de Lisbonne. J’ai presque tout oublié du roman et j’ai depuis découvert la ville, magnifique, conforme à mes rêves.

9.Le livre que vous avez découvert à l’occasion d’un voyage (en relation avec le lieu découvert)
Le Livre de San Michele d’Axel Munthe. Lors d’un voyage en Italie il y a bien des années, j’ai découvert Capri, dont j’attendais le pire, et qui m’a enchantée. J’y ai visité la villa d’Axel Munthe, lieu magique et havre de paix au milieu de Capri (sauf quand une horde de touristes malpolis fraîchement débarqués d’un bateau Costa envahit la villa sans lui accorder la moindre attention). Axel Munthe, médecin viennois, a contribué à la découverte de l’île par les riches Allemands et Autrichiens, et il y a fait construire une villa déconcertante d’austérité, qui donne pourtant envie de s’y installer pour le reste de sa vie. J’ai voulu retrouver un peu de cette magie dans Le Livre de San Michele

10.Le titre de livre que vous aimeriez avoir trouvé
Les Quatre coins de la nuit (de Craig Holden): ma saisie du titre est sans doute liée à la lecture de ce roman magnifique, mais de fait, je le trouve somptueux, déchirant, énigmatique, beau, tout simplement.

11.Le livre que vous aimeriez voir adapté au cinéma
A 15 ans, j’ai adoré L’aventureuse, de Jack London, formidable roman d’amour et d’aventures. J’ai toujours trouvé que ça ferait un film formidable, romanesque à souhait. Il se peut qu’il ait déjà été adapté et que je n’en sache rien. Il faudrait d’ailleurs que je relise ce roman, un de mes premiers coups de foudre romanesque: je veux dire que je suis tombée amoureuse du héros!

12.La couverture de livre la plus moche du monde selon vous
J’ai l’embarras du choix, non? Te succomber de J. Wilder m’afflige par son mélange de niaiserie et de pseudo-érotisme. C’est d’ailleurs le grand retour de ce genre de couvertures dans la littérature pour femmes ou même pour adolescentes. C’est moche et limite embarrassant pour la gente féminine. 

13.Le titre en traduction le plus consternant
Alice et les faux-monnayeurs me vient tout de suite en tête, je l’ai parcouru l’an dernier par curiosité (les aventures d’Alice m’ont passionnée quand j’étais enfant). Le titre original est The Mystery of Red Gate Farm, quelque chose comme ça. Le titre français est un énorme spoiler, puisque l’énigme tourne autour de la découverte de faux-monnayeurs!!! On se demande comment il est possible de faire une idiotie pareille… Sinon, Docteur Sleep (Doctor Sleep) n'est pas mal non plus, dans un autre genre... Les gars, soit vous traduisez tout, soit vous ne traduisez rien. Mais moi du coup, j'entends "Docteur Slip". 

14.Le livre qui vous endort systématiquement (que ce soit une bonne chose ou non)
L’homme sans qualités de R. Musil. Jamais pu le lire, ça m’ennuie au point que je peux m’endormir au bout de quelques pages. J’ai essayé plusieurs fois car on m’avait dit, étudiante, que si j’aimais Proust, j’aimerais Musil. Ben euh… non. Enfin, puis-je dire que je n’aime pas? Je n’en sais rien, je m’endors avant d’avoir pu me faire un avis. 

15.Le livre dont le dénouement vous a rendu perplexe
Shutter Island de Dennis Lehane. Je le connaissais et l’adorais pour sa série des Kenzie et Gennaro, j’avais été bouleversée aussi par Mystic River et j’entrais donc dans Shutter Island en m’attendant à du noir de chez noir. En refermant le livre, j’étais stupéfaite: avais-je compris? Qu’avais-je compris, d’ailleurs? Je me souviens de mails échangés avec N. à ce sujet, et de longs coups de fil à Stéphanie : « tu as compris quoi, toi? »



4.Le livre que vous aimeriez avoir écrit (le retour)

Je pourrais me dérober en disant : tous ceux que j’ai aimés. Mais puisqu’il faut jouer le jeu, je dirais Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke. Je l’ai lu plusieurs fois et je sors de chaque lecture bouleversée. 

dimanche 15 février 2015

L'oeil de la nuit T01 Ami du mystère par Lehman et Gess


Présentation (éditeur)
Le destin ultime du héros, c'est de mourir et puis de revenir, transfiguré. En ce printemps 1911, c'est ce qui attend Théo Sinclair. Dernier héritier d'une grande famille française, passionné de science mais de santé fragile, Théo va être entraîné sur les routes de l'aventure par une femme fatale anarchiste, un télépathe hindou, un savant fou suisse... Il va devenir l'OEil de la Nuit.

Ce que j’en pense
Ah! cela faisait des mois que j’attendais la sortie de cet album, prévue initialement pour l’automne 2014 puis repoussée. Je garde un souvenir très fort de La Brigade chimérique, que je vous recommande vivement si vous ne l’avez pas lu. Je me réjouissais donc que Gess et Lehman redonnent vie à ce héros un peu oublié, le Nyctalope, alias Léo Saint Clair, considéré comme certains comme le premier super-héros. Il est né sous la plume de Jean de La Hire et a connu un grand succès à partir des années 1910. Il devient ici Théo Saint Clair, car Lehman ne propose pas une adaptation mais une relecture et une réappropriation .
On avait déjà aperçu le personnage du Nyctalope dans La Brigade chimérique, mais il est le héros de cette nouvelle série. Je ne sais pour le moment si cette bande dessinée aura autant de force que La Brigade chimérique, dont le dernier tome m’avait laissée bouche bée, ou si Gess et Lehman souhaitent avant tout rendre un hommage à Jean de La Hire et à la littérature populaire du début du 20è siècle. Il y a du potentiel, en tout cas, et ce premier tome m’a enchantée. 
Le scénario est clair, fluide, plein de rebondissements et le dessin somptueux. Les références à la littérature populaire, au roman-feuilleton, sont nombreuses sans étouffer le récit. Arsène Lupin n’est pas loin, et les auteurs reprennent ce truc qui consiste à mêler réel et fiction, en convoquant les grandes figures de la littérature populaire et leurs créateurs, tous existant, évidemment. 
On songe aussi à l’univers des comics, évidemment, par la manière de mener le récit mais aussi par le dessin. Le héros est riche de nuances, et promet beaucoup au lecteur du 21è siècle, habitué aux super-héros sombres, torturés parfois. Il a déjà, je trouve, une force mélancolique qui est de bon augure… 
Bref, ça foisonne, c’est riche, c’est beau, c’est palpitant de rebondissements: j’en redemande!

Pour voir quelques planches, allez sur le site de Delcourt, par ici!

Lehman (scénario), Gess (dessin), Delf (couleurs), L’oeil de la nuit, T01: Ami du mystère, Delcourt, 2015.