mercredi 4 février 2015

Blurred Vision saison 2


Mon coin café! Spéciale dédicace à N.!

Bonsoir à tous, 
Une fois encore, le blog va connaître quelques soubresauts. Une nouvelle opération de l'oeil, bien moins importante que la première (tout en étant une conséquence directe de celle-ci), risque de me donner quelques moments difficiles. Un billet est d'ores et déjà programmé (je l'ai rédigé dimanche), mais pour la suite, je ne sais pas...
Je suis chez moi avec une coque sur l'oeil, et à cause de cela je ne peux porter mes lunettes. Cela devrait aller mieux de jour en jour, mais en attendant, être sur écran est un peu compliqué. En revanche, ma bien-aimée liseuse, sur laquelle je peux agrandir les caractères, me permet de lire, même si en ce premier jour je me sens trop fatiguée pour le faire. 
Mais les aventures de Mercy Thompson (tome 2 pour moi) et le tout nouveau Rainbow Rowell devraient me tenir compagnie pendant ces jours de repos forcé. Au programme en tout cas, repos, pauses café, lecture... 
A très vite (et pardon pour les éventuelles fautes sur ce billet)!
Tasha 

mardi 3 février 2015

Festival d'Angoulême 31 janvier 2015


Je n’étais allée au festival de la bande dessinée d’Angoulême qu’une fois, il y a des années (pas loin de dix ans, je pense). Voyage en voiture sous la neige, difficultés pour se garer, expositions inaccessibles à moins de vouloir faire une heure de queue, et un hall de vente dont nous étions ressortis sans avoir eu l’envie d’acheter une seule BD (ce qui ressemble à un gag quand on connaît le grand lecteur de BD qui vit avec moi). 
Cette année cependant, plusieurs raisons m’ont menée à Angoulême, hier samedi. Je redoutais cette journée autant que je l’attendais, et je n’avais pas eu le temps de la préparer (pas eu le temps de repérer l’organisation des lieux, par exemple). La première mesure de confort a été la suivante : prendre le train pour y aller. C’était plus long que d’y aller en voiture (TER) mais les horaires étaient convenables; surtout, je n’étais pas tributaire de la météo, et cela offrait du temps de repos. Bien m’en a pris car au retour, j’étais brûlée de fatigue et heureuse de simplement poser mon séant sur un siège… 
Je vous le dis tout de suite, je ne suis pas allée à l’exposition Taniguchi, apparemment magnifique. En effet, j’ai déjà vu des planches de cet auteur, et comme il fallait faire des choix, j’ai préféré voir des choses que je n’avais pas vues jusqu’alors. La première exposition visitée a été celle consacrée à Jack Kirby. Mon regret? Pas d’originaux mais de très bons scans. En dépit de cela, l’exposition était excellente, très didactique, intéressante, retraçant l’itinéraire du dessinateur de façon éclairante. Nous sommes repartis avec un ouvrage sur Kirby, plus complet et bien alléchant. 
Ensuite, cap sur l'exposition Calvin et Hobbes. La file d’attente était conséquente et il ne faisait pas chaud, mais il faut mériter Bill Watterson…  Calvin et Hobbes est le strip qui a fait ma joie alors que je n’étais qu’étudiante, je me souviens avoir découvert les premiers albums à la bibliothèque municipale: des bacs à BD étaient placés dans les couloirs qui menaient à la salle d’étude, et j’ai lu  ces recueils quand j’attendais l’ouverture de la salle. Rapidement, j’ai acheté les albums, guettant chaque nouvelle sortie avec impatience chez le libraire… L’exposition d’Angoulême avait un caractère exceptionnel pour moi: je n’avais jamais vu d’originaux de Watterson. Le début de l’exposition est formidable : le premier mur est consacré aux influences du dessinateur, ce qui m’a permis de voir un original de Schultz ou bien d’Herriman, entre autres, le tout assorti de commentaires de Watterson. Dans une vitrine, les premiers dessins qu’il a publiés ou signés, l’émergence d’un style, c’est passionnant. Pour le reste, c’est un bonheur de voir les planches de Calvin et Hobbes, mais j’aurais aimé avoir au moins de temps à autre, des commentaires de Watterson sur son travail, sur les planches choisies. Malgré tout on perçoit l’immense talent de l’auteur, son sens graphique, sa manière de composer en dépit ou au-delà des contraintes de publication. 
La troisième exposition, au même endroit (Espace Franquin) était consacrée à l’immense scénariste Fabien Nury. C’est celle des trois qui m’a le plus passionnée. Qu’est-ce qu’une expo de scénariste? Un choix de planches commentées par les dessinateurs et par le scénariste, et tout ça est remarquable. D’abord parce qu’on voit des dessins de divers artistes, ensuite parce que les planches choisies et les commentaires qui les accompagnaient étaient très éclairants sur la collaboration accomplie, sur l’articulation entre le dessin et le scénario à travers la mise en scène, sur une oeuvre qui se construit par la conjugaison de deux intelligences narratives et graphiques. 
Il était temps ensuite de déjeuner (toujours un défi, en plein festival), de bavarder avec quelques connaissances et de se joindre à la marche des auteurs, qui ont bien raison de protester contre une réforme inique et qui les renvoie à un peu plus de précarité. 
Découragés par l’invraisemblable file d’attente devant le hall consacré aux éditeurs indépendants, nous avons rejoint le Monde des Bulles où se trouvent les grands noms de l’édition. Certains stands étaient difficilement abordables: nous avons fait le choix d’aller d’abord chez Dargaud, qui avait le bon goût de ne pas imposer de système de tickets pour les dédicaces, et j’ai fait dédicacer le tome 3 de La Colère de Fantômas à Olivier Bocquet (déjà rencontré) et à Julie Rocheleau. L’attente était conséquente mais ça valait la peine. Je vous parlerai de l’album dans un billet très bientôt.
Ensuite, cap sur Delcourt, achats de quelques BD, mais sans dédicace (je ne suis pas une chasseuse de dédicaces de toute façon), et il était temps de rejoindre la gare… 
Le bilan est très positif même si l’idéal serait de passer deux jours sur place : un pour les expos, un pour les achats, en toute quiétude. 
Je pense en tout cas que nous retournerons au festival…

Les achats :
Mark Evanier, Jack Kirby, King of Comics, Urban Comics, 2015. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Marc Lainé. 
Lehman (scénario), Gess (dessin) et Delf (couleur), L’oeil de la nuit, volume 1, Ami du mystère, Delcourt, 2015. 
Olivier Bocquet (scénario) et Julie Rocheleau (dessin), La colère de Fantômas, tome 3/3, A tombeau ouvert, Dargaud, 2015.



En rattrapage!
Chloé Cruchaudet, Mauvais genre, Delcourt, 2013.
Lupano (scénario) et Moreau (dessin), Le Singe de Hartlepool, Delcourt, 2012.

Merchandising: 
Un mug et un tee-shirt Idées noires chez Fluide Glacial + un tee-shirt Pascal Brutal pour un ami (Cyril Viril!).


dimanche 1 février 2015

Vernon Subutex de Virginie Despentes


Présentation (éditeur)
Qui est Vernon Subutex?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d'un secret.
Le dernier témoin d'un monde disparu.
L'ultime visage de notre comédie humaine.
Notre fantôme à tous.

Ce que j'en pense
J’aime les romans de Virginie Despentes depuis le début. Oui, depuis Baise-moi et Les Chiennes savantes. Un seul a à ce jour échappé à ma fan-attitude, Bye-bye Blondie, lacune que je vais bientôt combler. King Kong Théorie, offert par N. en 2006, m’a passionnée et c’est une excellente introduction aux théories féministes, avec un peu de chair et de sang en plus. Bref, je suis un peu fan de Virginie Despentes.
J’attendais donc avec impatience la sortie de ce nouvel opus, qui m’a passionnée. N’attendez pas des rebondissements palpitants, dans ce premier volume il ne se passe que des choses tristement ordinaires, un personnage, Vernon, perd son appartement et se clochardise peu à peu. Un chanteur est mort et rappelle ceux qui l’ont connu à leurs jeunes années, les confrontant à ce qu’ils sont devenus. Il est question de bandes où il se raconte, ce sera un fil rouge dans le roman, prévu sur trois volumes, mais dans ce premier tome, ça ne génère pas une tension narrative folle. 
L’essentiel est ailleurs dans ce roman générationnel: dans les portraits qui se succèdent, dans l’époque révolue confrontée à l’époque actuelle. C’est fort, c’est beau, c’est triste. Tout au plus ai-je senti un léger essoufflement vers les 2/3 du roman, mais ça repart ensuite et la fin est somptueuse. Le tour de force de Despentes est que ce premier volume se clôt vraiment, et d’ailleurs, on pourrait envisager qu’il n’y ait pas de suite, tant la fin prend à la gorge, uniquement par la force de l’écriture (n’attendez pas une fin tire-larmes, ce n’est pas le genre de la maison).
Il y a les références musicales égrenées tout au long du roman et c’est chouette, émouvant, l’effet de connivence est générationnel.
Il y a la Hyène, que j’adore, et que j’aimerais d’ailleurs voir davantage. 
Je sais que l’on n’a nul besoin d’activer des catégories génériques pour aborder ce roman. Néanmoins, l’écriture, dès le début, m’a fait penser à celle d’un Hammett: sèche, presque béhavioriste dans la manière de saisir le monde. De ce fait, pour moi, Virginie Despentes reste très marquée par le roman noir. Et j’aime ça!
Jusque là, Les Jolies choses, magnifique roman noir sur la domination masculine, entre autres choses, était mon préféré: maintenant, je ne sais plus, ça se discute… 
A la maison, le roman est déjà entre les mains de mon cher et tendre, et je l’envie d’être encore dans la découverte. Mais je sais qu’en mars il y aura le tome 2, et cela me ravit!


Virginie Despentes, Vernon Subutex, vol.1, Grasset, 2015. Disponible en ebook.

mercredi 28 janvier 2015

Le jeu des titres

J'ai pris ce gif ici 


Je me suis livrée au "jeu des titres", dont j'ai repris l'idée à Aifelle

1) Décris-toi : Miss Alabama et ses petits secrets

2) Comment te sens-tu ?  Blast

3) Où vis-tu actuellement ?  Deuxième tombe sur la gauche

4) Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ?  Passage du désir

5) Ton moyen de transport préféré ?  Driven

6) Ton(ta) meilleur(e) ami(e) est ?  Charley Davidson

7) Toi et tes amis vous êtes  We were liars

8) Comment est le temps ?  A toute épreuve 

9) Quel est ton moment préféré de la journée ?  L’appel de la lune (Mercy Thompson 1)

10) Qu'est la vie pour toi ?  Où sont passés les grands jours?

11) Ta peur ?  Et rien d’autre

12) Quel est le conseil que tu as à donner ?  Te succomber

13) Pensée du jour :  La maison n’accepte pas l’échec

14) Comment aimerais-tu mourir ?  Sans âge

15) Les conditions actuelles de ton âme ?  Divergente


16) Ton rêve ?  Demain j’arrête


mardi 27 janvier 2015

Divergente 3 - Allégeance de Veronica Roth


Présentation 
Le règne des factions a laissé place à une nouvelle dictature. Tris et ses amis refusent de s'y soumettre. Ils doivent s'enfuir. Mais que trouveront-ils au-delà de la clôture ? Et si tout n'était que mensonge ?

Ce que j'en pense
J’ai enfin lu le troisième tome de Divergente, trilogie laissée de côté depuis des mois. Sans nul doute, c’était une erreur, pas tant parce que j’avais oublié les faits que parce que la dynamique de lecture était brisée. J’ai eu bien du mal à me replonger dans cet univers. Il faut le savoir pour nuancer mon avis, qui sans être négatif est très mitigé. 
Je commence par ma réserve: je ne retrouve pas dans ce dernier tome ce qui m’avait d’abord séduite, à savoir une héroïne dont les peurs étaient bien plus intéressantes que le courage ou l’audace. D’une manière générale, je n’ai pas réussi à vibrer pour les personnages, dont j’ai trouvé qu’ils s’étaient affadis dans ce dernier volume. Cette impression est peut-être liée à ma lecture longtemps interrompue. Au final, j’ai le sentiment que les personnages sont trop héroïsés, et que leur propre action ne soulève pas assez de questions en eux, sauf peut-être pour Quatre, mais je ne suis pas très convaincue, ou pas très intéressée.
Je poursuis par ce qui reste à mes yeux la qualité de ce dernier volume, mais je ne veux pas en dévoiler le dénouement… La fin est réussie, à la fois parce l’auteure taille dans la masse et ne fait pas de concession, et parce qu’elle ferme son univers. Je savais qu’il se passait quelque chose de terrible, puisqu’une jeune lectrice de mon entourage m’avait dit avoir été cueillie par la surprise et avait fini sa lecture en larmes… 
Globalement mon impression sur la trilogie est positive mais pas enthousiaste. Positive parce que c’est une dystopie intéressante qu’on peut recommander à nombre d’adolescents sans réserves. Pas enthousiaste parce qu’elle ne m’a pas plus émue que ça, parce que je ne lui trouve pas la force d’autres dystopies  jeunesse: je la place loin derrière Hunger Games et Le Dernier jardin
Je pense aussi avoir commis une autre erreur: j’ai vu le premier film tiré de Divergente peu avant cette lecture du troisième volume et je l’ai trouvé consternant. Le choix d’un vrai beau gosse pour jouer Quatre est pour moi une ineptie, et le film gomme presque tout ce qui fait de Tris une héroïne intéressante, tout en jouant la carte de l’héroïsation outrancière. Le film m’a tapé sur les nerfs et je ne peux exclure que cela ait influencé - négativement - ma lecture du volume trois, aussi curieux que ça puisse paraître. 


Veronica Roth, Divergente 3 - Allégeance (Allegiant), Nathan, 2014. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Delcourt. Parution originale : 2013.

dimanche 25 janvier 2015

Les étrangers sont nuls de Pierre Desproges, avec des illustrations d'Edika


Présentation
En 1980 et 1981, Pierre Desproges publie dans Charlie Hebdo une chronique, "Les étrangers sont nuls", dans laquelle il égratigne de nombreux pays, dans un mélange d'absurde et de satire bien sentie. Le recueil qui en a été tiré se clôt par "Les Français sont nuls", évidemment.

Ce que j'en pense
Enfant, je me souviens de La Minute de Monsieur Cyclopède, et je me souviens surtout que je n’y comprenais rien. Adolescente, en revanche, j’ai biberonné à l’humour de Pierre Desproges, dont je retiens deux choses qui le distinguent de beaucoup de ses confrères: le caractère extrêmement écrit et littéraire ; l’humour noir qui n’épargne personne. Lorsque je revois Desproges dans des apparitions à la télévision ou sur scène, je suis toujours stupéfaite par la puissance de son humour.  Je suis également persuadée qu’en ces temps où l’on ne peut se moquer de personne sans s’exposer au mieux à un procès, au pire à la mort, Desproges ne pourrait plus exercer son métier. 
J’ai donc relu Les étrangers sont nuls, ensemble de chroniques parues dans le premier Charlie Hebdo, et j’ai hurlé de rire, bluffée comme si je le découvrais par son humour, son talent d’écriture, sa manière d’asséner quelques bonnes gifles… 
C’est drôle, jamais gratuit, toujours ébouriffant, superbement écrit. Aujourd’hui chaque pays irait de sa petite protestation diplomatique, et ce n’est pas la récente réaction chinoise à la une de Fluide Glacial qui me fera penser le contraire. Je ne voudrais pas verser dans le « c’était mieux avant », mais franchement, nous vivons une drôle d’époque. En tout cas, je vais continuer à relire et à revoir Pierre Desproges, pour moi le plus grand, le meilleur humoriste de tous les temps, et je pèse mes mots. En tout cas, c’est mon préféré, et de très loin. 
L’édition référencée ci-dessous n’est pas la mienne (et donc pas celle dont vous voyez la couverture ci-dessus), mais celle que l’on trouve actuellement, toujours illustrée par Edika, évidemment!

Pour le plaisir, la dernière chronique, « Les Français », qui a aujourd'hui une résonance particulière. Il va de soi que je retirerai ce texte si l’éditeur ou les ayant droits de Pierre Desproges me le demandent.

"Le Français qui grattouille dans France-Soir-Figaro est nul.
Il a vu l'émission bruyante et pathétique que Polac a consacrée à la mort d'un hebdomadaire irrévérencieux.
Le journaliste de France-Soir-Figaro a trouvé cette émission ignoble, et répugnante, et odieuse, et son âme distinguée de chroniqueur des fœtus de Denise Fabre et des aventures du papa d'Iglesias s'est soulevée d'horreur en entendant des gros mots dans SA télé de SON salon pompeux. Et les poils de sa moquette ont frémi d'indignation sous cette avalanche de vulgarité, tellement inattendue à l'heure des Carpentier.

Le Français qui grattouille dans France-Soir-Figaro, le même qui fait sa « Une » du week-end sur les faux anus papaux, les courses de nains sur canassons ou Saint-Étienne-Moncuq, en accordant trois lignes par an aux enfants du monde qui crèvent de nos excès de foie gras, ce Français-là et ceux qui le lisent réservent les mots d'ignoble, d'odieux, de salace et d'immonde aux colères télévisuelles éthylico-suicidaires des gens qui ont inventé le seul nouveau journal en France depuis je suis partout. Le seul journal de France qui ne ressemble pas à France-Soir-Figaro.
Oui, le seul. Et ce n'est pas par hasard si ceux qui l'ont créé étaient aux premières loges pour participer à la seule émission de télé nouvelle en France depuis Louis-Philippe.

Les Français sont nuls. Pas tous. Pas mon crémier, qui veut voir la finale Le Pen-Marchais arbitrée par Polac à la salle Wagram, mais les Français coincés chafouins qui s'indignent parce qu'on a dit prout-prout-salope dans leur télé. Changez de chaîne, connards, c'est fait pour ça, les boutons. Quand vous voyez trois loubards tabasser une vieille à Strasbourg-Saint-Denis, vous regardez ailleurs. Eh bien, faites pareil quand il se passe vraiment quelque chose dans votre téléviseur. Regardez ailleurs. Regardez « Le grand échiquier ». C'est une émission où tout le monde s'aime, et Jean-Louis Barrault (qui fait très bien le cheval) congratule Jean Marais, qui l'embrasse, et qui congratule Silvia Monfort (qui fait très bien le cheval) et qui congratule Georges Descrières qui raconte quand Jouvet lui tirait l'oreille en disant : « Petit, tu iras loin. »

Ça va mal. Les Russes arrivent et je n'ai rien à me mettre, et Cavanna pointe à l'ANPE. C'est la fin du monde."


Pierre Desproges (auteur), Edika (illustrateur), Les étrangers sont nuls, Seuil, coll. Points, 2014.





jeudi 22 janvier 2015

Grossir le ciel de Franck Bouysse


Présentation (éditeur)
L abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l'avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant. Mais sans savoir pourquoi, c'était un peu comme si l'abbé faisait partie de sa famille, et elle n'est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n'en a plus vraiment, à part Abel et Mars. Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu'un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C'est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.
Longtemps après, Gus se dira qu'il n'aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s'est-il passé chez Abel ?

Ce que j'en pense
J’avais quelques réticences à lire Grossir le ciel de Franck Bouysse, car j’avais lu il y a fort longtemps L’entomologiste, qui contenait quelques moments de grâce mais n’avait pas réussi à me convaincre. J’avais depuis perdu la trace de cet auteur. Il aurait pourtant été dommage de passer à côté de Grossir le ciel, parce que c’est un roman noir superbe, fulgurant, bouleversant. 
Franck Bouysse construit deux personnages de taiseux, de ces hommes solitaires et sans gloire, dignes et solides, qui peuplent les campagnes les plus arides. On est loin de L’amour est dans le pré, ici, on est dans une nature hostile (en particulier en hiver), on exerce un travail difficile et exigeant, on affronte sa solitude sans se plaindre. C’est Gus que l’on suit de plus près, le plus jeune des deux, mais plus si jeune. Jamais on ne s’ennuie à le côtoyer dans ses champs pour réparer une clôture, abattre des arbres secs, ou bien à le voir se préparer un repas frugal devant la diffusion des obsèques de l’abbé Pierre. On croise Abel, on comprend que les deux familles ont entretenu une de ces haines campagnardes tenaces, fondées sur un secret qui au fond, n’a plus d’importance, et que Gus ignore d’ailleurs. Mais Franck Bouysse instille une tension narrative par d’autres moyens, par des événements minuscules mais pas anodins dans ce coin perdu des Cévennes. Il happe son lecteur tout de suite, et il est impossible de lâcher ce court roman. La montée en puissance est parfaitement maîtrisée. On en ressort pantelant, le coeur à l’envers, et c’est beau…
L’évocation de la nature est d’une puissance rare, du moins dans les romans noirs français. Tout est minéral dans ce paysage d’hiver, on ressent la morsure du froid, l’éblouissement de la neige, on perçoit l’isolement que cela suppose. 
Le tout est admirablement servi par une écriture sèche, sans fioritures, d’une efficacité redoutable. Cela ne nuit pas à l’émotion, bien au contraire, cette sobriété la renforce. Il se dégage de Grossir le ciel une immense poésie, à l’image de ce titre, magnifique, qui prend tout son sens dans les dernières pages. 

Franck Bouysse, Grossir le ciel, La Manufacture de Livres, 2014.