samedi 12 avril 2014

Première tombe sur la droite de Darynda Jones


Présentation (éditeur)
Charley Davidson est détective privée et faucheuse. Son boulot consiste à convaincre les morts « d’aller vers la lumière ». Mais ce n’est pas toujours si simple : parfois Charley doit les aider à accomplir quelque chose avant qu’ils acceptent de s’en aller, comme retrouver l’assassin de ces trois avocats. Ce qui ne serait pas un problème si Charley ne passait pas son temps à faire des rêves érotiques provoqués par une entité qui la suit depuis toujours… Or, il se pourrait que l’homme de ses rêves ne soit pas mort. Il pourrait même être tout à fait autre chose…

Mon avis
Je n’aurais pas prêté attention à cette série de romans sans l’enthousiasme de ma chère Miss Cornélia. Elle semblait si emballée que j’ai voulu essayer et bien m’en a pris ! Par bien des aspects et malgré un genre différent, les aventures de Charley Davidson me font penser à celles de Stephanie Plum, et ça tombe bien, puisque je suis en quête d’une alternative à cette série qui m’a tant fait rire et qui m’a captivée durant des années. L’héroïne a le même côté punchy, la même auto-dérision et elle évolue dans un milieu tout aussi barré, quoique différent. Alors évidemment, on n’atteint pas dans ce premier volume les sommets d’humour des Stephanie Plum, dont les réunions de famille ou les aventures avec Lula m’ont arraché nombre d’éclats de rire, mais il s’agit du premier volume, et tous les ingrédients sont présents pour que ça devienne aussi délirant… Une héroïne hors du commun (environnée de ces fantômes, dont certains ont un potentiel de délire intéressant), une famille prometteuse, un flic agaçant mais séduisant… Oui, tout est là, il faudra que je lise le volume suivant pour voir si j’ai trouvé une digne remplaçante à Stephanie Plum.
Côté intrigue, certes, il y a du surnaturel, mais somme toute, mis au service d’un récit policier, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’avoue que j’avais quelques craintes, sachant que les Anglo-saxons classent la série en « paranormal romance »… Mais j’ai vite été rassurée. L’intrigue se tient, on est accrochés rapidement et jusqu’au bout du roman. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, et j’ai même apprécié que l’auteur refuse certaines facilités (le sort de la femme battue « sauvée » par Charley).
De toute évidence, le roman cible un public féminin, mais sans mièvrerie, on n’est pas dans du girly nunuche, du moins à mon sens. Je ne vais pas vous dire que c’est une œuvre féministe (qui le prétend ? personne), mais ce n’est pas non plus un roman qui me hérisse le poil sur la question, loin de là, et je crois que je suis assez chatouilleuse en la matière depuis quelques temps. Non, Charley Davidson me plaît.
Sans aucun doute, je lirai la suite des aventures de Charley, dès que j’en aurai terminé avec certaines lectures obligatoires… (boulot boulot)

Pour qui ?
Des poulettes pas bêbêtes.

Le mot de la fin
Merci Miss Cornelia !


Darynda Jones, Première tombe sur la droite (First Grave on the Right), Milady, 2012. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Pernot. Publication originale ; 2011.

vendredi 11 avril 2014

Les éditeurs français


Je suis peu présente sur le blog en ce moment, non que je délaisse la lecture, mais le travail m'empêche de trouver du temps et de l'énergie pour rédiger des billets et aller sur vos blogs... Cela ira peut-être mieux dans quelques semaines. 

Ce matin, j'avais envie de râler : un nouveau Janet Evanovich sort, un recueil de deux nouvelles (ou novellas). Joie, suivie d'une stupeur sans nom : l'édition numérique est plus chère que l'édition papier. On aimerait bien savoir pourquoi, tout de même. 
Je n'ai même pas envie de discuter du prix des livres numériques en France, cela ne me gêne pas plus que cela. Je trouve les livres chers, en général (papier ou numériques); mais j'en achète beaucoup quand même, j'ai la chance de pouvoir me le permettre. En revanche, qu'on ose proposer une nouveauté (donc un livre dont on dispose en fichier numérique, pas un livre qu'on doit retravailler complètement pour préparer une édition numérique) à un prix plus élevé que le format papier dès sa sortie, je trouve que c'est de l'abus pur et simple. J'espère au moins que l'édition numérique est soignée, et non truffée de fautes comme c'est trop souvent le cas avec les éditions numériques françaises. 

Accessoirement, je considère que c'est de l'incitation au piratage. Oui, je pèse mes mots. Que les éditeurs ne jouent pas les vierges effarouchées devant les pratiques illégales quand eux-mêmes traitent les lecteurs de livres numériques avec un tel mépris*. D'ailleurs, sans vouloir sous-estimer l'ampleur du piratage, je voudrais que les éditeurs m'expliquent une chose : ils ne cessent de freiner devant le numérique en arguant du fait que c'est un tout petit marché, que ça ne vaut pas les investissements nécessaires. OK. Et dans le même temps, ils poussent les hauts cris devant l'ampleur du piratage. Lecteurs = pirates mais jamais acheteurs? Ben voyons... 

Pour ma part, je ne lirai pas ce livre. Je n'achète plus beaucoup de livres papier, le moins possible. Et je ne paierai pas plus cher l'édition numérique. 

A l'heure où les études confirment toutes l'érosion de la lecture, les choix des éditeurs français n'en finissent pas de me sidérer. Les libraires se bougent, les bibliothécaires aussi. Heureusement qu'ils sont là, mais eux sont au contact de lecteurs, pour de vrai. Ceci explique sans doute cela. 

* et les lecteurs tout court : où est passée la baisse de la TVA? Sûrement pas dans l'escarcelle des lecteurs, au nom desquels les éditeurs s'offusquaient tant de la précédente hausse. 

lundi 31 mars 2014

Un bilan pour mars


Voici un mois de mars enthousiasmant, dont j’ai envie de retenir les lectures les plus fortes et les plus passionnantes. Je serais bien en peine de dégager LA lecture du mois… Il y a eu le retour de Wessel Ebersohn, La tuerie d’octobre est un roman puissant auquel je repense… Il y a un nouveau Craig Johnson, Molosses, et celui-là aussi, j’y repense, avec un grand bonheur. Et enfin je ne vais pas bouder mon plaisir : La muraille de lave de Arnaldur Indridason a été un très bon moment de lecture, qui m’a fait renouer avec cet auteur que j’avais délaissé.

Hors polar, dans la fantaisie polareuse, il y a eu un savoureux Janet Evanovich, et puis une découverte, un roman de Darynda Jones, premier volume d’une série que je vais assurément poursuivre (billet à venir).  Côté dystopie et roman jeunesse, j’ai aimé Icônes de Margaret Stohl, mais j’ai aussi lu et adoré les tomes 2 et 3 de Hunger Games de Suzanne Collins.
A cela s’ajoutent des BD formidables et une seule déception (Tel Aviv Suspects)…
Un joli mois de mars, avec un essoufflement ces derniers jours, rien à voir avec ma lecture du moment (Brooklyn Follies de Paul Auster), un peu de fatigue et du mal à me concentrer…
Comme j’ai du mal à lire au même rythme que d’habitude, je regarde films et séries : True Detective m’a bluffée, comme vous le savez ; j’ai commencé House of Cards, pas certaine d’accrocher… J’ai vu Somewhere de Sofia Coppola et comme toujours (jusqu’ici), le charme opère sur moi ; Le Diable en robe bleue, qui a déjà quelques années, adapté d’un roman de Walter Mosley, une très agréable surprise ; Les Nerfs à vif de Martin Scorsese, un peu longuet pour moi et bien trop grand-guignolesque…


jeudi 27 mars 2014

Tel Aviv Suspects de Liad Shoham


Présentation (éditeur 10/18)
Dans un quartier sans histoire de Tel-Aviv, le viol d'une jeune fille met la police en émoi. Pas d'indices, pas de témoins, pas de suspects. Le père de la victime décide de mener sa propre enquête, jusqu'à identifier Ziv Névo comme le coupable. L'affaire serait sur le point d'être classée, sans les doutes du vieil inspecteur Élie Nahoum. Pourquoi Névo refuse-t-il de s'exprimer ? Qui veut-il protéger par son silence ? Le père aurait-il pu forcer sa fille à accuser un innocent ? Entre le policier et le suspect commence un duel sous haute tension, qui va attirer dans son ballet de faux-semblants un jeune avocat idéaliste, le bras droit d'un boss de la mafia et un reporter prêt à tout pour décrocher le scoop de sa vie. Quand un deuxième viol est commis, la quête de la vérité devient une affaire de vie ou de mort...

Mon avis
Je ne sais pourquoi, j’avais envie de dépaysement et de toucher à des rivages polareux inconnus (de moi). Je suis tombée par hasard sur ce polar israélien, je me suis dit banco. Je lis çà et là que l’auteur est THE auteur de polars en Israel, l’éditeur arbore fièrement un « chef d’œuvre » sur la couverture. Ouais, ben, on se calme.
Cela commençait assez bien, avec une intrigue et des personnages tout à fait représentatifs du roman noir. D’un côté, un flic plus tout jeune, qui va rapidement avoir des problèmes avec sa hiérarchie, un de ces enquêteurs malmenés comme en recèlent tant de romans noirs ; de l’autre, un type ordinaire, qui basculé du côté obscur de la force au gré d’événements malheureux, un de ces losers que la vie broie après lui avoir promis monts et merveilles. Bref, les deux grands types de personnages du roman noir.
Le tout se déroule sur fond d’institutions défaillantes, avec des relations troubles entre pègre, justice et police. La mécanique tragique se met en marche.
Pourtant, si je suis allée jusqu’au bout du roman sans peine, je n’ai pas aimé. D’abord, peut-être parce que je venais de lire Wessel Ebersohn, j’aurais aimé lire un roman noir un peu plus ancré dans la société israélienne. Sur ce point je veux bien admettre que mon point de vue est géo-centré : d’Israel je ne connais somme toute que la question israélo-palestinienne, et je peux comprendre qu’un auteur de polars ne considère pas que c’est l’unique sujet, d’autant qu’apparemment, son roman est bel et bien ancré dans un certain aspect de la société israélienne (justice, police, pègre). Ce n’est pas ce que j’attendais, ça ne signifie pas que le roman soit mauvais.
Ensuite et surtout, le roman se termine curieusement. Difficile d’en dire plus sans spoiler, mais franchement, la fin n’a rien d’une fin de roman noir. Dois-je considérer que c’st du thriller ? Pas tout à fait à mon sens (et c’est tant mieux) car l’auteur ne joue pas la carte du polar haletant, il prend le temps de déployer les choses et ne la joue pas « course contre la montre ». Mais pour faire simple, aucun des auteurs de romans noirs dont j’aime l’univers n’aurait opté pour cette fin-là, AU CONTRAIRE.
Bref, Tel-Aviv Suspects a été une lecture sympathique mais ce n’est pas ce que j’espérais, et je ne pense pas revenir vers cet auteur.

Liad Shoham, Tel Aviv Suspects (Misdar zihouï מסדר זיהוי), Les Escales, 2013. Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche. Publication originale : 2011. Disponible en poche chez 10/18.

lundi 24 mars 2014

True Detective Saison 1


True Detective est la série qui a fait parler d’elle ces dernières semaines et je ne vais pas disserter sans fin sur le buzz généré, ni sur les analyses qui fleurissent. Je l’ai abordée comme j’aborde un roman noir, mais à la télé, pas comme un phénomène médiatique. Et vous voulez que je vous dise ? Il est rare de voir, sur petit écran, du noir aussi serré, sans concession majeure à ce qui fait le sel du genre : sa noirceur absolue. Un petit miracle télévisuel, en somme.
Huit épisodes d’une heure et pas une minute de trop, une construction admirable, une mise en scène et une photographie éblouissantes, enfin des acteurs, du premier jusqu’au dernier, impeccables.
Côté scénario, pas de surprise pour les lecteurs de roman noir ou les spectateurs de films noirs. Je veux dire par là que l’habitué des codes du genre ne sera pas décontenancé, il n’y a que ceux qui ne connaissent du polar que des productions beaucoup plus grand public (je dis cela sans mépris aucun pour les grosses machines à polar du petit écran, je les aime aussi) pour s’extasier devant l’originalité de l’histoire et de son traitement. On retrouve dans True Detective nombre de codes et de figures du noir : le duo de flics mal assortis, la hiérarchie mi-aveugle mi-corrompue, un tissu social dégradé dans une Louisiane dévastée par les ouragans. Je m’étonne de voir nombre d’internautes s’extasier ou s’agacer devant le côté « philosophe » de Rust, les plus enthousiastes s’émerveillant de ce discours sur le monde et l’homme comme ils vont, tandis que les détracteurs pestent contre le coté verbeux que cela donne à quelques passages. Rust est l’un de ces enquêteurs (privé ou flic, on s’en moque) pour qui chaque enquête vaut pour confirmation de la noirceur du monde, de la corruption des hommes, de l’hubris de cette « viande sensible » que nous sommes, des animaux devenus trop conscients d’eux-mêmes et persuaidés d’être quelqu’un, alors que somme toute, poussière nous étions, poussière nous redeviendrons. Ce côté philosophe n’est pas si rare dans le noir… Simplement, parce que nous sommes à l’écran, il faut donner à entendre ce que le roman mettrait dans la tête du héros ou du narrateur ; donc Rust parle, à son équipier, le plus souvent abasourdi par tant de cynisme et de pessimisme. Les deux équipiers sont d’ailleurs dans la lignée des héros hardboiled, faillibles, faibles, touchants, repoussants, tout cela à la fois ou tour à tour. Je les ai adorés, l’un comme l’autre. Ils sont portés par deux superbes comédiens. Je sais que tout le monde loue Matthew McConaughey, et il est vrai que son interprétation est somptueuse, mais je trouve que ce n’est pas rendre justice à Woody Harrelson : si Rust, joué par McConaughey, est un peu monolithique (en témoigne la voix un brin monocorde du comédien dans le genre caverneux, enfin, je trouve, à la longue), Marty me semble plus complexe à jouer, plus mouvant, et Harrelson parvient à le rendre tour à tour haïssable et… tout simplement humain, donc faillible et touchant.
Quand j’ai entendu l’argument développé dans le premier épisode, j’étais méfiante, les histoires de meurtres rituels sont vus et revus dans ce que je déteste le plus – les thrillers à couverture en relief un peu brillante , vous savez – et ce n’est pas ma tasse de thé. Mais à partir de cela, True Detective construit un scénario purement noir, enraciné dans une Louisiane pétrie de croyances.
Bref, rien de neuf pour le lecteur de roman noir, mais c’est du très grand noir, l’égal d’un roman de Lehane (au meilleur de sa forme), voire d’un Ellroy, ou un mélange des deux. Marty pourrait aller chez Lehane, mais Rust, nan... direct chez Ellroy. Ou chez Jack O'Connell. C'est peu dire que je fais là un compliment. C’est rare à la télévision et donc remarquable. J’en redemande.
En revanche, en termes d’écriture télévisuelle, c’est sans doute atypique. Contrairement aux séries policières à succès, pas de clôture par épisodes, mais une construction complexe, qui entremêle six épisodes durant les niveaux temporels, étirant l’histoire sur plus de dix ans, sans que l’on se perde jamais. Et une logique narrative continue, un cycle plutôt qu’une série d’histoires, certains parlent d’ailleurs d’un long métrage en huit heures.
Il y a aussi la grande exigence de la mise en scène : tout le monde parle du plan-séquence de l’épisode 4, à juste titre, ceci dit l’ensemble de la série se distingue par sa qualité visuelle et sa mise en scène maîtrisée et efficace.
Mais si la série, dont on annonce déjà une saison 2, doit se distinguer des autres, c’est sans aucun doute par son approche de la sérialité : pour une fois, elle ne sera pas fondée sur le retour des personnages, si j’en crois ce que je lis, et cela est perturbant (je finis toujours par m’attacher aux héros, même les plus barzingues et les plus sombres) autant qu’excitant. Comment faire une saison 2 après celle-ci ? Et avec qui, nom d’une pipe ? 
Bref, je ne saurais trop vous conseiller de regarder True Detective, si vous aimez le roman noir et les films noirs, cette série est pour vous ! Et je vous envie d’avoir encore à la découvrir…

True Detective (saison 1), créée par Nic Pizzolatto, produite par Anonymous Content, Parliment of Owls, Passenger, Neon Black, diffusée pa HBO (USA, 2014). Huit épisodes de 60 minutes réalisés par Cary Fukunaga. Diffusée en France sur OCS City. Disponible en DVD en juin 2014.