lundi 17 mars 2014

Une Plum sous le sapin de Janet Evanovich


Présentation (éditeur)
Un beau matin, Stephanie Plum découvre un homme dans sa cuisine : il est apparu là, comme par magie. Il est costaud, beau gosse, un peu sauvage et répond au prénom de Diesel. Il est venu aider Stephanie à remettre la main sur le fugitif qu'elle recherche, un certain Pierre Nauël, un petit vieux qui refuse de se présenter devant le juge et s'est mis en tête de fabriquer des jouets pour les petits enfants, avec l'aide de vrais lutins. Noël approche, la course aux cadeaux est lancée : Stephanie et Diesel vont devoir affronter des hordes de nains en furie, les foudres d'un type méchamment survolté et tous les marchands de sapin de Trenton…

Mon avis
Vous l’avez compris, j’aime Janet Evanovich : ses romans me font rire, me divertissent, je ne m’en lasse pas. En France, Fleuve Noir a cessé de publier la série des Stephanie Plum voici quelques années (une histoire de gros sous, apparemment), mais devrait reprendre la publication des romans inédits en 2015, après la réédition en Pocket, avec nouveaux titres à l’appui, des premiers volumes. En attendant, Pocket décide de nous donner un os à ronger avec Une Plum sous le sapin suivie de Recherche Valentin désespérement, deux grandes nouvelles (des novellas) qui ressemblent fort à ces épisodes spéciaux que nous offrent parfois les séries télévisées. Les deux récits ont été originellement publiés à quelques années d’intervalle : 2002 et 2007. On y retrouve ce qui fait la saveur de la série : la folle famille de Stéphanie, la délirante Lula, ces scènes loufoques et ces dialogues hilarants. Mais la tonalité en est un peu différente : en introduisant le personnage de Diesel, elle insuffle un brin de surnaturel, jouant avec les codes superhéroïques pour les tourner en dérision. Les « indescriptibles » ont des pouvoirs surnaturels, mais comment dire… un peu spéciaux (du style donner de l’urticaire). Si Morelli et Ranger font des apparitions, elles sont brèves, car ils sont éclipsés par le craquant Diesel. Ces récits s’insèrent parfaitement dans la série (on y retrouve les personnages habituels, avec leur situation au moment de la parution), mais sont tout de même des parenthèses fantaisistes.
Au final, Janet Evanovich a parfaitement rempli sa mission : me redonner du peps alors que je venais de renoncer à une lecture trop éprouvante, me donner l’air stupide en me faisant éclater de rire toutes les trois pages, me laisser un sourire béat aux lèvres sitôt le livre refermé. Parfait !

Janet Evanovich, Une Plum sous le sapin (Visions of Sugar Plums) suivie de Recherche Valentin désespérement (Plum Lovin’), Pocket, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Axelle Demoulin et Nicolas Ancion. Publication originale : 2002 et 2007.



samedi 15 mars 2014

La muraille de lave de Arnaldur Indridason


Présentation
La « muraille de lave » est une falaise de basalte noir très dangereuse, qui cause de nombreux accidents. C'est également le nom donné au siège social d’une banque aux pratiques spéculatives tout aussi dangereuses... Alors que le commissaire Erlendur est toujours absent, Sigurdur Oli enquête sur un chantage qui se transforme en meurtre et qui va l'amener à la muraille de lave.

Mon avis
Je ne sais pourquoi, j’avais délaissé Indridason, alors que c’est un auteur que j’apprécie beaucoup. La première fois que j’ai lu un de ses romans, j'ai pensé à Mankell (à cause du personnage principal), mais j’ai vite préféré Indridason. Les intrigues de Mankell me semblaient trop souvent tirées par les cheveux (j’ai peu aimé La Muraille invisible) et les parutions désordonnées en France m’horripilaient (tantôt le père de Wallander était mort, tantôt il ne l’était pas…). Et puis Indridason étire moins les choses, ses romans sont courts, secs, et j’aime ça. Enfin, contrairement à beaucoup de lecteurs, j’ai aimé qu’il éclipse son héros pour se concentrer sur d’autres membres de l’équipe ; d’abord cela évite la lassitude, ensuite cela épargne au lecteur l’héroïsation outrancière du personnage de l’enquêteur. Bref, alors que sort Le duel, je me suis dit que j’avais bien du retard sur la série, et j’ai attaqué et dévoré La muraille de lave. Cette fois, il adopte le point de vue du peu sympathique Sigurdur Oli, dénué d’empathie, parfois limite idéologiquement. Et c’est une excellente idée ! Il est un tantinet borné, c’est un tâcheron mais son côté laborieux en fait un assez bon enquêteur. Pas d’intuitions fulgurantes chez lui, oh que non, mais un acharnement qui finit par payer. De plus, on découvre l’histoire personnelle et familiale de ce type ordinaire, ce qui le rend touchant.
Pendant un long moment, on se dit que l’intrigue est policière mais qu’il n’y a pas de dimension sociale, et pourtant, il n’en est rien. Indridason introduit tout en finesse un constat sans concession sur l’Islande et son fol élan capitaliste et spéculatif. Il a écrit ce roman juste après le déclenchement de la crise islandaise et nous montre des spéculateurs qui jouent avec le feu dans un mélange de cynisme et de crétinerie aveugle effarant. Plus on avance dans le roman, plus la charge est forte.
Et il y a l’art de trousser les intrigues, parfaitement maîtrisé par Indridason ; tout se complique, mais finalement le crime est banalement simple, humainement ordinaire, parce qu’il n’y a pas besoin d’imaginer une résolution abracadabrantesque.
C’est donc un roman noir sans temps mort, parfaitement construit, au propos acéré sur le monde comme il va (mal).

Arnaldur Indridason, La muraille de lave (Svörtuloft), Métailié Noir, 2012. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Publication originale : 2009. Disponible en Points Policier.


mercredi 12 mars 2014

La tuerie d'octobre de Wessel Ebersohn


Présentation (éditeur)
Un mystérieux assassin supprime les uns après les autres des blancs qui avaient perpétré des années auparavant un massacre contre des militants anti-apartheid. Après plus de 15 ans d’absence, le 4e volume des enquêtes de Yudel Gordon, psychiatre rattaché aux services de l’autorité policère sud-africaine.

Mon avis
J’ai lu Wessel Ebersohn il y a quelques années déjà et ses romans sont parmi les plus noirs et les plus désespérés qui soient, mais ils dégagent aussi une beauté extraordinaire. L’auteur sud-africain écrivait dans un contexte particulier, l’apartheid, et le moins que l’on puisse dire est que ses romans lui ont attiré des ennuis… Quelques quinze ans après Le cercle fermé, il ramène à la vie Yudel Gordon pour nous offrir La tuerie d’octobre, et j’avoue que j’avais un peu peur en ouvrant le roman. Mes craintes se sont rapidement envolées…
Bien entendu, le contexte a changé, mais la nation arc-en-ciel n’est pas sortie indemne de ces siècles d’infâmie, et surtout, n’est pas aussi lisse que voudraient nous le faire croire les brochures touristiques. Bref, il y a matière, ô combien, à faire du roman noir aujourd’hui en Afrique du Sud. Loin de toute vision manichéenne, Wessel Ebersohn montre un pays qui a évolué, évidemment : il y a d’ailleurs un brin de légèreté et d’humour dans ce roman, ce dont je n’ai pas souvenir dans les précédents. Le couple Yudel-Rosa est le support rêvé de cet humour savoureux. Les codes du polar ont évolué, eux aussi, et j’ai trouvé dans ce roman, un roman noir avant tout, quelques allures de thriller ; il y a ce compte à rebours (la date fatidique du 22 octobre), les cachettes (l’une, un leurre, puis l’autre), la traque, la très forte tension de la fin.
Pour le reste, on retrouve ce qui fait la force de Wessel Ebersohn : un regard sans concession et sans cynisme sur un pays qui ne se débarrasse pas facilement de ses vieux démons et une capacité hors pair à faire exister des personnages. Il n’y a pas les bons et les méchants chez Ebersohn, mais des êtres habités par leur passé, des dominants bien décidés à garder leurs privilèges (économiques), des aspirants au pouvoir pas toujours bien intentionnés, qui oublient en tout cas l’intérêt collectif au profit de leurs appétits individuels, et des dirigeants (à tous niveaux) corrompus. Et même du temps de l’apartheid, ceux qui étaient dans le bon camp n’étaient pas toujours de doux agneaux : d’authentiques criminels ont aidé à la lutte, pas toujours pour les meilleures raisons du monde. Rien n’est simple dans cette nation traumatisée de toutes parts, tout est à construire encore.
J’ai eu un immense plaisir à retrouver Yudel Gordon, personnage atypique et complexe, mais à côté des personnages déjà croisés dans les précédents romans, de nouveaux ont d’emblée une force peu commune, aux premiers rangs desquels Abigail, entre ambition et trauma. C’est un très beau personnage.
Que dire encore ? Wessel Ebersohn est un immense auteur de romans noirs, trop méconnu. Lisez La tuerie d’octobre, mais lisez aussi Un coin perdu pour mourir, La nuit divisée et Le cercle fermé (ce dernier semble indisponible mais on en trouve des exemplaires d’occasion, en attendant une réimpression) : ils comptent parmi les meilleurs romans noirs, toutes époques et ères culturelles confondues.



Wessel Ebersohn, La tuerie d’octobre (October Killings), Rivages Noir, 2014. Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Fabienne Duvigneau. Publication originale : 2011.

lundi 10 mars 2014

Molosses de Craig Johnson


Présentation
Alors que la neige et un vent glacé sévissent sur le comté d’Absaroka, Walt Longmire vient à la rescousse d’un vieil homme traîné sur la neige et le verglas, attaché à un pick-up par une corde, puis il doit retrouver le propriétaire d’un pouce égaré dans une glacière…

Mon avis
Chaque année j’attends avec impatience le nouveau Craig Johnson, dont j’apprécie les romans depuis la parution en France de Little Bird. Après le passage par Philadelphie, j’ai apprécié de retrouver Walt Longmire dans son comté, entouré de Vic, de Santiago, de Lucian et bien entendu, de Henry Standing Bear. Molosses prend son temps : pas de cadavre dans les premières pages, mais une mésaventure assez drôle qui pose les personnages du volume, avec le vieux Geo, personnage inattendu et savoureux, flanqué d’un petit-fils affligeant et de la compagne de ce dernier, Gina, pas plus brillante. Petit à petit, Craig Jonhson pose les jalons de la tragédie et de l’intrigue criminelle, tout en explorant la part d’humanité de chacun des personnages. Là où un romancier enclin à la facilité aurait fait d’Ozzie un odieux investisseur, Craig Johnson en révèle immédiatement la complexité de fils enchaîné aux rêves de son père. S’il est bien sûr quelques authentiques ordures dans Molosses, il y a avant tout des hommes et des femmes pris au piège de leurs affects, de leurs erreurs, et c’est avec un regard plein de compréhension et d’empathie que les considère le shérif Longmire. Santiago joue un rôle particulier dans ce volume : le jeune adjoint du shérif va mal et souhaite quitter la police pour revenir au monde carcéral, parce que là, au moins, on sait qui sont les coupables.
Enfin, il y a bien sûr le talent de Craig Johnson pour évoquer la nature du Wyoming, ici complètement hostile : il neige, il vente, et les éléments déchaînent leur puissance contre les hommes dans un long et rude hiver qui semble ne jamais vouloir finir. Je l’avoue, il y avait quelque chose de savoureux dans le fait de lire ces pages emplies de blizzard quand, par ici, le soleil dardait ses rayons avec vigueur…
Voilà sans doute ma série préférée en ce moment, parmi les parutions (je ne parle pas de ce que je découvre a posteriori), et je suis déjà triste de devoir attendre un an pour avoir un nouveau volume entre les mains. Triste et pleinement satisfaite car Molosses a tenu toutes ses promesses et m’a fait passer un délicieux dimanche.

Craig Johnson, Molosses (Junkyard Dogs), Gallmeister, 2014. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides. Publication originale : 2010.

Le ciel aujourd'hui. Oui, il n'y a rien à voir (sauf une pointe d'épicéa en bas) et c'est ça qui est bien.