lundi 11 novembre 2013

Mudwoman de Joyce Carol Oates


Présentation
Mudwoman s’ouvre sur un chapitre saisissant, qui prend place dans les années 1960, dans un coin perdu des Etats-Unis : la tentative d’infanticide commise par la mère de Mudgirl, laissée pour morte, à demi-noyée. A l’orée des années 2000, nous retrouvons la fillette, devenue une adulte brillante, au sommet de sa carrière, présidente d’une université de l’Ivy League. Le roman alternera les chapitres consacrés au passé et ceux dédiés au présent de M.R. Neukirchen. Les uns éclairent les autres, bien entendu.

Mon avis
Mudwoman n’est pas un roman immédiatement aimable. Du moins m’a-t-il fallu un peu de temps pour y entrer pleinement. C’est que l’évocation de la prime enfance de Mudgirl, tout comme le quotidien de Mudwoman à la tête de l’université, ont quelque chose d’aride. Je me suis accrochée, parce que l’écriture de Joyce Carol Oates a d’emblée une force peu commune. Bien m’en a pris. Peu à peu, je me suis laissée emporter, envoûter, jusqu’à avoir hâte de retourner à ma lecture, jusqu’à avoir du mal à m’en extirper.
J’ai aimé suivre la trajectoire hors norme de la fillette puis de l’adolescente, ramenée à la vie de manière étonnante par un simple d’esprit, protégée par le Roi des corbeaux. Il y a du conte dans cette vie extirpée des ténèbres, ténèbres où vit sa propre mère, illuminée mystique et infanticide.
De ce passé, M.R. Neukirchen a presque tout oublié, elle n’est plus Jenina-Jewell, ni Mudgirl, elle est Meredith Ruth, hissée vers la lumière par des parents adoptifs aimants, quakers, par une éducation d’excellence. Jusqu’au jour où, en déplacement pour prononcer un discours dans le cadre de ses fonctions, elle sort de la route : métaphoriquement, en disparaissant pendant plusieurs heures, littéralement, en sortant de la route avec sa voiture de location, ramenée au tréfonds de l’Amérique. Tout dérape alors dans la vie de la présidente, et cela n’en donne que plus de force à la peinture sans concession de ces universités prestigieuses, de leurs règles de gouvernance, du machisme, du conservatisme qui les animent et auxquels se heurte Meredith. La femme accomplie va peu à peu retourner à Mudwoman.
Pourquoi ce titre ? Nulle trace de superhéros, mais tout de même un jeu avec certains codes des récits super-héroïques, dans la trajectoire de l’héroïne, dans les titres aux allures de comic-books.

Pour qui ?
Pour ceux qui aiment les récits de vie hors norme.

Le mot de la fin
Envoûtant.


Joyce Carol Oates, Mudwoman (Mudwoman), Philippe Rey, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban. Publication originale : 2012.

vendredi 8 novembre 2013

La garçonnière d'Hélène Grémillon


Présentation
Argentine, fin des années 1980. Un psy est accusé du meurtre de sa femme, Lisandra. Eva-Maria, l’une de ses patientes, durement éprouvée durant les années de dictature, va enquêter : elle ne croit pas à la culpabilité de son thérapeuthe.

Mon avis
Alors déjà, je ne risque pas le spoiler, parce que j’ai déjà oublié le dénouement de ce roman. Oui, je sais, c’est consternant, surtout si on admet que cette lecture s’est achevée il y a quinze jours environ. Voilà ce qui arrive quand on poursuit par une lecture autrement saisissante (Mudwoman de Joyce Carol Oates). Mais revenons à La garçonnière. Je n’avais jamais lu cette auteure, je sais pourtant qu’Hélène Grémillon a eu un beau succès avec Le confident. Un passage à La grande librairie et un prêt m’ont amenée à lire La garçonnière, dont le sujet et le côté polar me plaisaient. De fait, ce fut une lecture assez plaisante, pas totalement captivante mais jamais lassante. Hélène Grémillon a une jolie plume et le roman est bien construit. Néanmoins, j’ai été déconcertée par l’ambivalence de ce récit, qui oscille entre la chronique d’un amour empoisonné par la jalousie et l’analyse des conséquences de la dictature argentine, des années après. Le roman réussit l’un et l’autre, ou plutôt devrais-je dire l’un à côté de l’autre, sans jamais – à mes yeux – parvenir à vraiment concilier les deux, sinon par un dénouement (ça y est, ça m’est revenu !) auquel j’ai eu du mal à adhérer. Je n’ai pas été convaincue par les personnages, un peu caricaturaux à mes yeux. Restent de très belles pages sur la jalousie, sur les meurtrissures d’un pays. Enfin, je lis ou entends çà et là que La garçonnière est un page turner redoutable, qu’on ne peut plus lâcher : certes, je n’ai pas été tentée de l’abandonner, mais de là à dire que j’étais captivée, il y a un énorme pas…

Pour qui ?
Pour ceux qui ont aimé Le confident ?

Le mot de la fin
Sympathique mais dispensable.


Hélène Grémillon, La garçonnière, Flammarion, 2013.

mardi 5 novembre 2013

Jeune fille en Dior d'Annie Goetzinger


Présentation
Une toute jeune chroniqueuse de mode, la première collection de Christian Dior en 1947. Le New Look est né…

Mon avis
On retrouve ici la grande dessinatrice qu’est Annie Goetzinger. Chaque page est un enchantement pour le regard. Certes, le sujet porte aisément à la beauté, les robes créées par Christian Dior entre 1947 et 1957 sont de pures merveilles. N’empêche, le trait d’Annie Goetzinger est saisissant, à la fois précis et aérien. On perçoit la légèreté des robes, des matières, et chaque planche suscite l’admiration.
Il y a cependant un bémol : un scénario un peu léger, inconsistant, prétexte à une hagiographie du grand créateur. Non que je pense qu’une levée des jupons (pardon pardon) soit indispensable, mais j’aurais aimé que le contexte social soit plus souligné. Il est certes évoqué, dans cette scène éloquente où la jeune journaliste et ses modèles nimbés de luxe se font houspiller par les ménagères scandalisées. Mais il n’est qu’effleuré, alors que le New Look, c’était aussi cela : un succès de scandale, une audace folle, utiliser des dizaines de mètres de tissu pour tailler une jupe, une robe, en pleine période de rationnement, dans une France qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre Mondiale.
Allez, je suis embêtante : Jeune fille en Dior est avant tout un ravissement graphique, à savourer comme tel. Et c’est déjà bien.

Pour qui ?
Pour les amateurs du trait d’Annie Goetzinger (voir la série épatante scénarisée par Pierre Christin, Agence Hardy) mais aussi pour les amoureux de haute couture.

Le mot de la fin
Dior, j’adore ! (mouais…)


Annie Goetzinger, Jeune fille en Dior, Dargaud, 2013. Avec une préface d’Anna Gavalda (que je n’ai pas lue : je boude).

dimanche 3 novembre 2013

Un bilan pour octobre


Décidément, les mois se suivent et se ressemblent… Peu de lectures, entre difficultés persistantes et manque de temps. Les lectures ont été inégalement plaisantes : une énorme déception avec Billie d’Anna Gavalda, une relecture agréable mais laborieuse avec La mystérieuse affaire de Styles d’Agatha Christie ; un roman sympathique mais dont le souvenir s’estompe déjà, La garçonnière d’Hélène Grémillon ; une bande dessinée superbe mais sans propos vraiment intéressant, Jeune fille en Dior d’Annie Goetzinger ; le bonheur de retrouver Jean-Philippe Toussaint avec Nue ; enfin, un roman somptueux qui a mis un peu de temps à m’emporter, mais que je ne pouvais finalement plus lâcher et qui m’a bouleversée, Mudwoman de Joyce Carol Oates… 

J’ai des chroniques en retard : un peu de paresse, beaucoup de fatigue et près de dix jours sans ordinateur expliquent cette absence.
Tandis que les jours raccourcissent, que la pluie tombe, j’aimerais passer mes journées à lire, un thé ou un cappuccino à portée de la main, mais évidemment, ce n’est pas possible… C'est bien contrariant, quand tant de bons (et de moins bons) livres m'attendent. 
Allez, c'est parti pour novembre! 





dimanche 20 octobre 2013

La mystérieuse affaire de Styles d'Agatha Christie


Présentation
Emily Inglethorp est riche et mariée à un homme beaucoup plus jeune qu’elle. Aussi, lorsqu’elle meurt empoisonnée, les soupçons se portent sur le jeune époux, Alfred Inglethorp. Le colonel Hastings, en visite à Styles Court, mène l’enquête avec le brillant Hercule Poirot, car la vérité pourrait bien être plus complexe.

Mon avis
Je pense avoir battu mon record de lenteur : je ne saurais même pas dire quand j’ai commencé ce roman. Agatha Christie n’y est pour rien, je dois plutôt blâmer mes difficultés de lecture persistantes, mon immense fatigue et le manque de temps. Pourtant, je suis heureuse d’avoir relu La mystérieuse affaire de Styles, qui introduit Hercule Poirot (et je promets de ne pas rédiger un billet dont la longueur serait proportionnelle à la lenteur de ma lecture).
Je n’avais pas le moindre souvenir de ce roman, lu en 6ème ou en 5ème. On trouve ici les ingrédients habituels du roman d’énigme: Hastings en est le narrateur, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est nettement moins malin que Poirot. Il a cependant le côté « conducteur de lumière » évoqué par Holmes à propos de Watson : ses échanges avec le détective belge éclairent parfois ce dernier, sans qu’il sache bien pourquoi… Le détective amateur, qui est plutôt un ex-professionnel exilé, a sous le regard de Hastings un côté un peu ridicule, loufoque, mais la suffisance dont il peut faire preuve n’apparaît pas vraiment dans cette première enquête. Il est surtout belge, continental, non-britannique, ce qui le rend étrange et amusant aux yeux de nos personnages so british.
L’enquête est typique elle aussi, dans cette demeure bourgeoise un peu figée, et l’on a à la fin la fameuse confrontation pendant laquelle Poirot réunit tous les protagonistes pour révéler le nom du coupable et la force de son intelligence. Je me suis bien entendu laissé mener par le bout du nez… Enfin, j’ai savouré mon petit retour aux origines de Poirot, j’ai pu mesurer à quel point il enquête selon une méthode rigoureuse, fondée sur l’observation des traces, des indices, sur la formulation d’hypothèses qu’il met ensuite à l’épreuve des faits. Pas de quoi me faire délaisser mon cher Sherlock, mais c’était plaisant.
Bref, même si mon plaisir de lecture a pu être gâché par mon extrême lenteur, j’ai apprécié de (re)lire La mystérieuse affaire de Styles

Pour qui ?
Pour les amateurs de Cluedo.

Le mot de la fin
Ouf !

Agatha Christie, La mystérieuse affaire de Styles (The Mysterious Affair at Styles), Le Masque, 2012. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Thierry Arson. Publication originale (GB) : 1920.