dimanche 22 septembre 2013

Bilan août (et demi!)

Source Paul Foley


La lecture reste une chose compliquée trois semaines après mon opération, en dépit du grossissement des caractères que permet la liseuse. Néanmoins, tandis que je récupère un peu de vision de l'oeil opéré, je m'astreins à lire quelques pages, ainsi qu'à rédiger un peu tous les jours, quelques mails, quelques billets que je mettrai peu à peu en ligne, et ces quelques lignes (mon exercice du jour, donc).
Curieux exercice que de faire le bilan d'août le 22 septembre, et mes lectures me semblent lointaines...
Je me souviens néanmoins avoir passé un temps certain à la relecture de Jane Eyre et avoir évoqué ma semi-déception, puisque l'émotion n'était plus vraiment là. Il y eut un abandon (le Hugh Laurie), un roman jeunesse sympathique mais sans plus (Paule du Bouchet).
Le mois a été sauvé par Le bon père de Noah Hawley, formidable roman noir.

EDIT (25 septembre): j'oubliais, j'ai également relu Dix petits nègres d'Agatha Christie, lu alors que j'étais en sixième (je ne m'infligerais pas le décompte des années écoulées depuis). Ce fut une relecture très plaisante, mais j'avais complètement oublié à quel point le roman est morbide et un brin effrayant. A l'époque, cette lecture (faite alors dans la collection 1000 soleils!) fut la première étape d'une manie : lire tout Agatha Christie, du moins tout ce qui était disponible aux éditions du Masque. Je me demande ce que sont devenus ces volumes, probablement dévorés par les rongeurs dans le grenier familial... 

Et avant l'opération, deux romans de la rentrée, saisissants et très différents, dont j'aimerais rédiger les billets même si leur lecture me semble appartenir au passé :
Canada de Richard Ford : j'aime cet auteur américain depuis que j'ai lu Indépendance, et j'ai beaucoup apprécié Canada, sa lenteur, son univers, sa construction.

Esprit d'hiver de Laura Kasischke : la fin m'a moyennement surprise, je sentais venir un truc horrible, je n'avais pas tout saisi mais je ne m'étais pas beaucoup trompée... Peu importe, l'essentiel est ailleurs, dans l'écriture onirique, l'univers angoissant, le regard porté sur l'adolescence, sur ce que c'est que de devenir adulte, mère...

Et pour vous, alors, cette rentrée littéraire, ça donne quoi?

jeudi 19 septembre 2013

The Versatile Blogger Award


Alors me revoilà, brièvement, car trois semaines après l’opération, lire et écrire est toujours difficile. Cependant, je brave le traitement de texte (en affichant à 200%, je m’en sors !) parce que Deuzenn m’a fait la joie de me décerner un Versatile Blogger Award, ce qui m’a énormément touchée. Je vais donc suivre les recommandations :
1. Rédiger un billet dédié : avec joie, je dois dire…
2. Remercier la personne qui vous a distingué(e) : merci mille fois, Deuzenn, de cette attention qui tombait à pic, dans des jours un peu difficiles…
3. Evoquer 7 petites choses vous concernant (ça vient, juste en dessous)
4. Nommer quinze bloggeurs que vous appréciez : comme Deuzenn, je crois que je me limiterai à 10, certains ayant déjà été distingués.
5. Les prévenir par un petit message…

Sept choses me concernant ? En forme d’envies, de souhaits, d’impatiences liées aux circonstances.
1) Lire est décidément un plaisir fondamental dans mon existence, en être privée en ce moment me le fait mesurer… J’ai donc hâte de lire, en petits caractères, en grands, des BD, des romans, des journaux !
2) Vous lire régulièrement et échanger avec vous est un réel enrichissement, je me réjouis d’avoir commencé à blogguer voilà un peu plus d’un an. En ce moment, je parcours vos blogs, mais le fait est que ce n’est pas évident, par conséquent je ne m’attarde pas.
3) Me promener dans les rues, flâner le nez en l’air, voilà une chose que je me promets de faire, que j’en aie le temps ou pas.
4) Boire un café, ou peut-être même un capuccino, bien au chaud dans un café sympathique et bruyant juste ce qu’il faut. Regarder les gens autour de moi, pendant un long moment, savourer l’agitation.
5) Retrouver le plaisir de faire les courses. Oui, je sais, voilà un souhait bizarre mais que voulez-vous, au bout de quelques semaines, même une sortie au supermarché me semble délicieuse.
6) Faire des projets de voyages, en rêvant à ces destinations qui me font envie : la Suède, l’Italie, le Portugal, l’Allemagne, entre autres (et pour rester dans les limites de l’Europe). Nourrir mes envies de lectures (voir point 1) tirées des littératures des pays en question.
7) Avoir le bonheur d’aller à Toulouse Polars du Sud édition 2013, car pour le moment, rien n’est certain. Y oublier ce mois de septembre, pour de bon, c’est tout ce que je souhaite.

Dix blogs sans lesquels mon quotidien ne serait pas le même (j’espère ne pas désigner trop de blogs déjà distingués, mes parcours de vos blogs étant moins systématiques ces dernières semaines) :



samedi 31 août 2013

Blog en pause forcée

Je ne pourrai m'occuper de ce blog pendant quelques temps. Je viens de subir une intervention chirurgicale en urgence (décollement de rétine), et si je parviens à taper ces quelques mots trois jours après, cela m'est tout de même difficile. Et ne parlons pas de la lecture...
Je dois prendre mon mal en patience. Je reviens dès que je peux, promis, avec un billet sur Canada de Richard Ford et Esprit d'hiver de Laura Kasischke, deux romans de la rentrée lus avant ce malheureux incident. 

samedi 24 août 2013

La couleur de la peau de Ramon Diaz Eterovic


Présentation
Alberto Coiro est l’un de ces nombreux jeunes Péruviens venus à Santiago du Chili chercher du travail et une vie meilleur. Lorsqu’il disparaît, son frère charge Heredia, le privé, de le retrouver. Commence pour le mélancolique privé une quête qui le mène dans l’univers des sans-abris, des salles de jeux clandestines, des trafiquants.

Mon avis
Pas si facile de rédiger une chronique des semaines après la lecture d’un roman… J’étais tentée par la série de cet auteur chilien, avec le privé Heredia et son chat Simenon. Il est certain que j’en lirai d’autres. Une fois de plus, c’est un roman noir comme je les aime : pas d’action trépidante ici, mais la quête d’un homme parti à la recherche d’un immigré péruvien, des déambulations mélancoliques dans une grande ville, des bars désuets où l’on fait des rencontres improbables, les cogitations d’un privé sans illusions, ses discussions avec son chat – car son chat parle, oui, et alors ?
N’allez pas croire cependant qu’il ne se passe rien : il y a bel et bien une enquête, qui aboutira, et qui comporte, comme dans tout bon roman noir, son lot de constat sur l’état du monde. L’ostracisme dont sont victimes les Péruviens dans cette société chilienne, l’exploitation des plus pauvres, l’immigration clandestine, tout cela est évoqué avec finesse, sans pesanteur didactique.
Je vous recommande vivement ce roman en attendant d’en lire d’autres avec le même personnage : une bonne dose de mélancolie chilienne, ça ne peut pas faire de mal.


Pour qui ?
Pour les amateurs de roman noir mélancolique.

Le mot de la fin
Lancinant.

Ramon Diaz-Eterovic, La couleur de la peau (El color de la piel), Métailié/Noir, 2008. Traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg. Publication originale : 2003. Lu en e-book.


mercredi 21 août 2013

Je vous écrirai de Paule du Bouchet


Présentation (éditeur)
Depuis toujours, Malia se sent comme une étrangère dans sa propre famille. Couvée par l'amour excessif d'une mère qui sait à peine lire et écrire, la jeune fille étouffe. Alors quand son amie Gisèle lui propose d'emménager avec elle à Paris, ce jour de septembre 1955, Malia accepte. Mais elle promet d'écrire à sa mère tous les jours. Alors que la jeune femme se construit, entre la Sorbonne, le théâtre, sa rencontre avec un metteur en scène... ses parents peu à peu s'effondrent, laissant échapper de lourds secrets..

Mon avis
J’ai abordé ce roman sur la foi d’un billet lu ici. J’ignorais que l’intrigue prenait place dans les années 1950, ce qui a été une agréable surprise. Je suis un peu moins enthousiaste qu'Un autre endroit, mais la lecture a été plaisante.
Ce qui m’a gênée tient à la fois à un point de contenu et au style. J’ai trouvé l’intrigue un peu prévisible. Sans faire de révélation indue à ceux qui voudraient découvrir le roman, j’avais compris depuis belle lurette qui était le papa (est-ce assez énigmatique, comme remarque ?), et si je n’avais pas bien compris ce qu’il en était de la mère, je soupçonnais un truc du genre… Du coup, l’effet de surprise est tombé un peu à plat. Au début, j’ai également été gênée par le style de la narration à la troisième personne et par sa volonté de restituer la parlure rurale et populaire des parents de Malia. J’en saisis l’intérêt mais cela m’a semblé un peu artificiel. La gêne s’est estompée au fil des pages toutefois.
Ceci étant dit, j’ai appécié la forme semi-épistolaire, j’aime les romans épistolaires et j’apprécie toujours l’habileté des romanciers à la manier, en trouvant l’équilibre entre l’apport d’informations nécessaires au lecteur et l’implicite lié au fait que les rédacteurs connaissent leur interlocuteur. Je vous écrirai est plutôt bien fichu de ce point de vue.
J’ai trouvé touchante la jeune Malia, dans sa fraîcheur, son envie de connaissance, sa curiosité du monde, sa naïveté même. S’élancer dans la vie signifie pour elle s’extirper de son milieu, cela ne va pas sans heurts, sans sentiments douloureux (la honte, par exemple).
J’ai donc suivi ses premiers élans (estudiantins, militants, sentimentaux, affectifs) avec un vrai plaisir. Il est vrai qu’on se demande à qui s’adresse réellement ce court roman. Destiné aux adolescents, il me trouble sur un point : il manie sans toujours vraiment les expliciter (et tant mieux, ce serait lourd) les références à des moments de l’Histoire : révolution russe et diaspora des Russes blancs, Seconde guerre mondiale, guerre d’Algérie… Cela fait beaucoup et je ne suis pas certaine que les adolescents soient tous familiers de ce qui est plus qu’un contexte ici.
Ce n’est donc pas un coup de cœur, mais une lecture très agréable.

Pour qui ?
Pour de grands adolescents (ayant quelques lueurs sur l’Histoire du XXème siècle) et les adultes.

Le mot de la fin
Rafraîchissant.


Paule du Bouchet, Je vous écrirai, Gallimard/Scripto, 2013.

lundi 19 août 2013

Le bon père de Noah Hawley


Présentation (quatrième de couverture)
Le Dr Paul Allen, rhumatologue réputé, mène une paisible existence dans le Connecticut avec sa deuxième femme et leurs jumeaux. Un beau soir, il apprend par la télévision que Jay Seagram, le candidat démocrate à l’élection présidentielle et l’espoir de tout un peuple, vient d’être abattu au cours d’un meeting à Los Angeles. La police a immédiatement arrêté l’assassin. Et cet assassin n’est autre que Daniel, son fils aîné, né d’un premier mariage, dont il était sans nouvelles depuis longtemps. Paul Allen ne veut pas croire à sa culpabilité et se sent dès lors investi d’une mission : rétablir la vérité et sauver Daniel, l’enfant un peu égaré, à la fois doux et étrange, qu’il n’a sans doute pas assez aimé. Commence alors pour lui un long périple où, de fausses pistes en désillusions, il devra reconstituer les derniers mois de la vie de Daniel et affronter son passé…

Mon avis
Ah ! le voilà le livre que j’attendais en ce mois d’août, le livre capable de me captiver et de me chambouler. Etrangement, la Série Noire a accolé la mention thriller à ce qui est, selon moi, un pur roman noir. S’il se passe des choses extraordinaires pendant les premières pages, il n’y a guère de traits du thriller et ceux qui affectionnent les romans trépidants en seront pour leurs frais. D’ailleurs, si je considère que Le bon père est un bijou de roman noir, je pense aussi qu’il pourrait être publié dans une collection générale sans que personne ne bronche.
Les parents qui liront ce roman seront touchés d’une manière particulière par le questionnement de cet homme qui, face à la dérive criminelle de son fils, s’interroge : est-il responsable ? qu’a-t-il fait ou que n’a-t-il pas fait ? où a-t-il échoué ? peut-il encore sauver son fils ? et de quoi ? Pourtant, je crois qu’il n’est nul besoin d’être père ou mère pour se sentir frappé au cœur par ce questionnement qui est aussi une interrogation sur le sens que l’on donne – ou non – à son existence, sur les choix que l’on fait et qui n’engagent pas que nous. J’ai été bouleversée par ce personnage, tout comme j’ai été bouleversée par son fils, qui se caractérise par une sorte d’absence, de retrait à soi-même et au monde. J’aime beaucoup la façon dont le romancier nous livre alternativement son narrateur, le père, et le personnage du fils. On apprend à les connaître, et cependant que sait-on du fils à la fin, en dehors des faits ? Pas grand-chose, et c’est là toute la beauté tragique du roman de Noah Hawley : il n’y a que des questions, douloureuses, poignantes, et un sentiment d’impuissance. Il est trop tard, trop tard pour tout.
La mention d’autres affaires comparables (mais pas similaires) donne également toute sa dimension au roman : au delà de l’histoire d’un homme et d’une famille, Le bon père nous interroge sur un pays, les Etats-Unis d’Amérique, un pays dont les fils prennent parfois les armes pour assassiner un sénateur, un prétendant à la présidence ou tout simplement des anonymes. Quelle est la signification de ces gestes criminels ? Est-elle politique ? Ou traduit-elle les névroses familiales d’un pays qui finit par avoir peur de ses enfants ? Là non plus, il n’y a pas de réponse.
La construction du roman est très maîtrisée et contribue à sa force : récit du père, trajectoire du fils, mentions d’affaires similaires, des années 1960 à aujourd’hui, tout s’entremêle mais rien ne s’éclaire vraiment. Le début est prodigieux, happe le lecteur ; mais le final – qui n’a rien de spectaculaire, de fracassant – est éblouissant, magnifique, terrible, tragique, bouleversant. Je ressors très secouée de ce roman, mais je veux bien être remuée comme ça plus souvent. Courez chez votre libraire, dans votre bibliothèque, lisez Le bon père, c’est superbe.

Pour qui ?
Pour ceux qui aiment les romans bouleversants, qui posent des questions sans réponse.

Le mot de la fin
Du noir comme je l’aime.

Merci à Jean-Marc Laherrère: c'est grâce à son billet que j'ai eu envie de lire ce roman. 


Noah Hawley, Le bon père (The Good Father), Gallimard/Série Noire, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude. Publication originale : 2012.