mardi 16 juillet 2013

Sans coeur (Le Protectorat de l'ombrelle 4) de Gail Carriger


Je ne serai pas longue, que dire que je n’aie déjà dit ? Le plaisir de la lecture du Protectorat de l’ombrelle ne réside pas tant dans les intrigues, encore qu’elles recèlent leur lot de rebondissements en tout genre, que dans les interactions entre les personnages. Gail Carriger a cette capacité à réutiliser les mêmes protagonistes tout en renouvelant les relations qui les lient. Ici, on découvre sous un nouveau jour la reine de la ruche, on voit les époux Maccon déménager, et le côté steampunk est toujours aussi fou avec la machine tueuse de Mme Lefoux… Il y a même des porcs-épics zombies des plus surprenants.
J’hésite un peu à commencer tout de suite la lecture du cinquième et dernier volume de la série, je fais durer le plaisir…

Gail Carriger, Sans coeur - Le Protectorat de l'ombrelle 4 (Heartless - The Parasol Protectorate), Orbit, 2012. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. Publication originale: Little, Brown & Company Inc., 2011.  


vendredi 12 juillet 2013

Norlande de Jérôme Leroy


Présentation
Ce roman prend la forme d’une longue lettre adressée par une jeune fille à son amie française. La jeune narratrice est la rescapée d’un massacre commis sur une petite île de la Norlande, copie (presque) conforme de la tragédie d’Utoya, survenue en juillet 2011 en Norvège.

Mon avis
J’ai enfin lu Norlande, après avoir acheté par erreur La grande môme, il y a quelques semaines. Ceci dit, c’était une très bonne chose, d’abord parce que j’ai aimé La grande môme, ensuite parce Norlande fait quelques allusions à ce roman (il n’est cependant pas nécessaire de l’avoir lu pour aborder Norlande).
Norlande possède les mêmes qualités : écriture, construction, force des personnages et du propos. Je l’ai lu d’une traite, car Jérôme Leroy s’y entend pour distiller de la tension et ménager quelques surprises alors même que l’issue est connue.
Bien sûr, il travaille avec un matériau très fort, mais là encore (même remarque que pour Romain Slocombe), un mauvais romancier aurait tôt fait de jouer sur la corde sensible à grand renfort de pathos dégoulinant. Rien de tel ici. La puissance didactique du propos s’allie à une juste proportion d’émotion.
Si je devais émettre une seule réserve, ce serait sur le caractère exagérément idyllique de la Norlande ante-massacre. Je comprends bien que c’est le propos d’une adolescente que nous avons là et donc sa vision d’un pays, je conçois également qu’il aurait peut-être été difficile d’aller vers ce degré de complexité dans un roman noir jeunesse, mais aussi protégée que soit la Norlande, je ne peux croire que les partis extrêmistes s’épanouissent quand tout va merveilleusement bien et sans qu’il y ait aucun terreau propice à la haine. Certains éléments évoquent cela (les bouleversements sociaux, la cybersurveillance des jeunes militants), mais trop légèrement à mon goût. Ce n’est toutefois qu’une toute petite réserve.
Norlande est un très bon roman noir jeunesse.

Pour qui ?
Pour des ados qui ont envie d’une littérature qui parle du monde qui les entoure.

Le mot de la fin
A découvrir.


Jérôme Leroy, Norlande, Syros/Rat Noir, 2013.

jeudi 11 juillet 2013

Le Protectorat de l'ombrelle (tomes 2 et 3) de Gail Carriger


Présentation
Alexia est désormais mariée à Lord Maccon. Au fil de ces deux tomes, elle va avoir affaire à des fantômes exorcisés ou à exorciser, des soldats qui ont investi son parc, des vampires qui ont juré de la tuer, des Templiers mutiques, et quelques autres créatures étonnantes.




Mon avis
Que dire et par quoi commencer? Peut-être parce qu’on pourrait objecter à la lecture de Gail Carriger et de son Protectorat de l’ombrelle: c’est une lecture légère, plutôt une lecture de fille sans doute, de la bit-lit qui n’évite pas tout à fait certaines facilités dans l’intrigue, parfois un poil prévisible.
C’est dit et maintenant je peux passer à l’essentiel pour moi : l’immense plaisir que j’ai à lire cette série! J’ai retrouvé avec une joie immense Alexia Tarabotti, héroïne quelque peu atypique, pas très jolie, un peu trop enveloppée, au comportement parfois inconvenant pour une lady. Le plaisir tient aussi à tous les autres personnages, qu’ils soient ou non récurrents : de lord Maccon à lord Akeldama en passant par Ivy, tous sont attachants, hilarants, indispensables. Il y a donc ces personnages, les dialogues surprenants, les situations ébourrifantes.
Mais il y a aussi l’univers déployé par Gail Carriger, bourré d’idées et de fantaisie. On est là dans de la bit-lit mâtinée de steampunk, j’aime beaucoup l’utilisation des machines, des automates en tous genres (les coccinelles tueuses !). Je ne suis pas assez compétente pour dire si c’est vraiment original, mais ce que je sais, c’est que c’est moins sérieux que le steampunk que je connaissais (lectures lointaines) et beaucoup plus amusant ET intéressant que la bit-lit que j’ai lue (dernier roman en date : Vampire et célibataire, sympathique mais moins intéressant). Que se passe-t-il dans ces deux tomes ? Je ne veux pas vous gâcher le plaisir de la découverte : Alexia et son mari s’aiment et se disputent (Alexia va même être bannie), lord Akeldama va perdre son drone adoré, lord Maccon va retrouver son clan d’origine et ça ne va pas aller tout seul, on fera un petit tour en dirigeable, on croisera une Française modiste habillée en homme et des Templiers pas super rigolos, et j’en passe et des meilleures.
Que voulez-vous ? Il y a des plaisirs simples dont il est difficile de se passer, Le Protectorat de l’ombrelle m’offre sa légèreté sans me donner l’impression d’être écervelée, et ça, c’est précieux. Je ne remercierai jamais assez mon amie C. de m’avoir fait découvrir cette série.

Pour qui ?
Pour les amateurs de bit-lit sympathique et originale, pour ceux qui aiment les romans victoriens atypiques.

Le mot de la fin
Mordant.

Gail Carriger, Sans forme (Le protectorat de l’ombrelle 2), Orbit, 2011. Titre original : Changeless (The Parasol Protectorate 2), 2010. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. Disponible en Livre de Poche (2013).

Gail Carriger, Sans honte (Le protectorat de l’ombrelle 3), Orbit, 2012. Titre original : Blameless (The Parasol Protectorate 3), 2010. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis.

mercredi 10 juillet 2013

How To Read a Book

Dénichée sur EbookFriendly, cette jolie vidéo m'a fait sourire (elle m'a fait penser par certains aspects à un sketch de Dany Boon, sur un roman Harlequin). Mais cela arrivera peut-être : ne plus savoir comment lire un livre papier... Après tout, j'ai vu des enfants se demander comment on pouvait composer un numéro sur un vieux téléphone à cadran.
Espérons cependant qu'en format physique ou numérique, le plaisir de lire subsistera.
Les deux supports co-existent harmonieusement chez la lectrice que je suis : les livres sont beaux, mais le confort est telle avec une liseuse... Difficile de départager et cela n'a pas d'importance, ce qui compte pour moi, c'est ce que je lis, pas la manière dont je le lis.

Hilary Commer a réalisé cette vidéo dans le cadre de ses études (Abilene Christian University).
Enjoy!




mardi 9 juillet 2013

Otaku Blue (2. Obsessions) de Marazano et Kerfriden


Présentation
Asami poursuit sa thèse sur les otaku et elle va enfin rencontrer le Buntaro, sorte de leader de la communauté des otaku, insaisissable et charismatique. Pendant ce temps, la police poursuit son enquête sur les meurtres et mutilations de prostituées.

Mon avis
J’avais beaucoup aimé le tome 1 de ce dyptique, sensible au dessin de Kerfriden, séduite par l’univers posé par Marazano. Le Japon me fascine et j’avais plaisir, au-delà de l’intrigue « thriller », à voir ces vignettes du Japon contemporain. Je me suis donc précipitée sur le deuxième tome à sa parution. Ma déception est grande… Rien à dire sur le dessin, toujours superbe même si certains lui reprochent un certain classicisme. En revanche, l’intrigue m’a semblé d’une platitude consternante, archi-prévisible, et le dénouement qui se veut spectaculaire a été vu cent millions de fois… Disons que dans le premier tome, la peinture de ce milieu des otakus suscitait mon intérêt, dans ce deuxième tome le côté thriller l’emporte et c’est à mes yeux sans intérêt.
Mieux vaut lire du manga, en somme.

Pour qui ?
Pour des lecteurs peu familiers des codes du thriller, peut-être. Et encore…

Le mot de la fin
Décevant.

Marzano (scénario) et Kerfriden (dessin), Otaku blue (2. Obsessions), Dargaud, 2013. 

dimanche 7 juillet 2013

Clandestin de Philip Caputo


Présentation (éditeur)
Gil Castle, homme d'affaires new-yorkais, ne se remet pas de la disparition brutale de sa femme. Après une longue dépression, il décide de tout abandonner pour s'installer seul avec son chien en Arizona, dans une petite bicoque perdue au milieu des terres familiales, près du ranch de son cousin. Là, à quelques encablures de la frontière mexicaine, il commence peu à peu une nouvelle vie, s'enivrant le jour de la beauté des paysages, lisant Sénèque la nuit. Mais, en recueillant un immigré clandestin, rescapé d'un deal de drogue ayant mal tourné, il va faire connaissance avec la face obscure de la frontière, celle qui, depuis des générations, pèse sur sa famille. Et avec l'apparition d'Yvonne Menendez, figure haute en couleur d'un cartel mexicain, le passé et le présent ne vont pas tarder à converger vers un final étourdissant.

Mon avis
Et voilà pour le premier pavé de l’été (challenge lancé par Brize!), dévoré dans les trois premiers jours de juillet ! J’avais repéré Clandestin à sa sortie mais son caractère de pavé (à lire et surtout à RANGER) m’avait découragée ; cependant, quand j’ai vu le volume en poche, allez comprendre, j’ai eu une envie irrépressible de le lire. Le roman m’a rapidement emportée, j’ai aimé cette alternance de récits, l’un se situant dans l’Amérique post-onze septembre, avec un homme d’âge mûr dévasté par la perte de son épouse (à bord de l’avion jeté contre une tour), l’autre nous ramenant dans ce territoire que se disputent USA et Mexique, avec des personnages dont on comprend assez vite qu’ils sont les aïeuls de notre contemporain, nommé Gil Castle.
La construction est impeccable, elle introduit un rythme romanesque très séduisant pour le lecteur ; Philip Caputo s’y entend pour brosser des personnages, qu’il s’agisse des Américains pris au piège de l’histoire de leur famille (et de leur pays, j’y reviendrai) ou des Mexicains, pauvres ouvriers et paysans désireux de trouver en Amérique un salaire plus décent, ou bien trafiquants en tout genre, trafiquants d’hommes (les passeurs) et de drogue. Yvonne Menendez, une espèce de veuve noire ultra-violente et sanguinaire, est particulièrement réussie, tout comme l’est notre famille de ranchers et de vaqueros. Je me suis rapidement attachée à ces personnages, j’ai eu ce sentiment si particulier que nous procurent les grands romans, celui de connaître ces hommes et ces femmes. Je vibrais pour eux, avec eux, et j’ai terminé le roman tard dans la nuit, incapable de lâcher le livre : il y a de nombreuses péripéties dans Clandestin, mais la tension finale est incroyable, captivante.
Je ne suis pas une spécialiste de la littérature américaine mais il y a chez Philip Caputo (journaliste ayant reçu le prestigieux prix Pulitzer pour l’une de ses enquêtes) de cette tradition des écrivains reporters de la grande époque, celle d’Hemingway, même si leurs styles sont différents. Il y a cette même façon d’empoigner le réel, avec force documentation, d’y imprimer sa vision tout en gardant un souffle romanesque remarquable.  Philip Caputo nous propose sa vision de l’Histoire des Etats-Unis ainsi qu’une sorte de thèse, qui lui est directement liée. Il nous parle d’un pays fondé dans la violence (pas un scoop, me direz-vous), dont les citoyens sont toujours, à un moment ou à un autre, rattrapé par la nécessité de prendre parti. Le personnage de Gil fuit New York non pour fuir sa douleur mais pour fuir le monde et sa violence, pour fuir l’Histoire ; c’est pourtant le monde qui le rattrape en la personne de ce clandestin trouvé près de sa maisonnette. Il est obligé de prendre parti et de prendre part au monde. Il n’est qu’un parmi des millions mais il fait aussi l’Histoire de son pays, cette Histoire tissée de violence et de courage que représente son aïeul Ben. Gil ne peut échapper au monde, il ne peut échapper au passé familial (comme les Etats-Unis), il doit expier, d’une certaine façon, les fautes commises. Philip Caputo va plus loin, toujours en faisant de la destinée individuelle des personnages le reflet de l’Histoire des Etats-Unis. La veuve noire à la tête du cartel mexicain est animée par l’appât du gain mais aussi et surtout par une vendetta personnelle : l’aïeul Ben Erskine a tué l’un des siens jadis, elle veut donc se venger sur la famille de Gil, sur Blaine, descendant direct de Ben, qui a avec lui bien des points communs, à commencer par ce drôle de sourire, sa violence sourde aussi. La guerre entre narco-trafiquants mexicains et Américains est aussi une guerre entre des peuples, la guerre que mène le Mexique aux Etats-Unis qui l’ont spolié d’une partie de sa terre. Les guerres du passé se poursuivent donc, d’une autre manière, tout aussi violente. La richesse du roman est de nous offrir cette vision par les deux points de vue, sans manichéisme.
Avant d’écrire une chronique aussi longue que le roman, j’ajouterai un mot sur la longueur, justement : je ne vois pas ce que Philip Caputo aurait pu enlever, et si je suis bien consciente qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle, je n’ai pas senti de ralentissement, de longueur. J’ai dévoré les presque 800 pages en trois jours : il ne faut donc pas se laisser intimider par le pavé !

Pour qui ?
Pour les amateurs de romans-fleuves.

Le mot de la fin
Epique. 
(j'ai hésité avec : Un pavé saignant. Hum)

Philip Caputo, Clandestin (Crossers), Le Cherche-Midi, 2012. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau. Disponible en Pocket (2013) : 763 pages.  Publication originale : Alfred A. Knopf, 2009.