vendredi 8 février 2013

Le beau voyage de Springer et Zidrou



Présentation
Léa est une présentatrice de BD qui semble assez libérée. Alors qu’elle fait l’amour avec un amant (de passage), son téléphone sonne, lui apprenant la mort de son père. Les souvenirs affluent…

Mon avis
Je lis peu de bandes dessinées ces derniers mois et j’ai attrapé Le beau voyage sur la PAL de mon compagnon. J’étais séduite par le fait que ce soit un one-shot (marre des séries interminables et qui vous laissent sur votre faim des années durant) et par la couverture. Je n’ai pas été déçue : le récit est fort, il sonne juste à toutes les pages, à toutes les répliques. Le début un peu cru, où la jeune femme est en révolte, cède très vite la place à une histoire bouleversante. Le scénario plante les personnages en quelques cases, avant de leur donner plus de complexité. J’ai été émue par Léa, par Léo, par son père, et même par sa fuyante mère, sans oublier les personnages « secondaires » - mais essentiels – que sont Léa (l’autre !) ou la tante, des forces de vie qui contrebalancent ces existences marquées du sceau de la tragédie.
Cette sombre et belle histoire n’est pas que tragédie, d’ailleurs, et le final est magnifique. L’ensemble est porté par le trait délicat, volontairement relâché, de Springer. Il souligne les émotions des personnages, tout en restant très sobre. Par le travail sur les cadrages, les couleurs, la lumière, il fait aussi exister les décors, en particulier la maison et la piscine, les chargeant des humeurs des personnages.
Il n’y a rien de spectaculaire dans cet album, rien de trépidant, juste les émotions les plus fortes, magnifiquement captées par le dessin et le scénario.

Pour qui ?
Pour tous ceux qui aiment les bandes dessinées de Rabaté, de Grégory Mardon, de Davodeau, et j’en oublie.

Le mot de la fin
Bouleversant.

Springer et Zidrou, Le beau voyage, Dargaud/Long Courrier, 2013.

mercredi 6 février 2013

Spiral de Paul Halter



Présentation (éditeur)
Quentin reçoit des lettres inquiétantes de Mélanie, sa petite amie. L’adolescente séjourne en Bretagne chez un oncle excentrique qui vit dans un manoir isolé. La tour principale est bâtie autour d’un escalier en spirale qui semble hanté. Alentour des jeunes femmes ont été retrouvées mortes, étranglées. Mélanie serait-elle menacée ? Quand la jeune fille ne lui donne plus aucun signe de vie, Quentin se précipite en Bretagne où il est vite entraîné dans une spirale infernale…

Mon avis
Au vu du titre de la collection et de la façon dont l’éditeur présente le titre, je m’attendais à un thriller. Pour tout vous dire, je voulais essayer Rageot Thriller, mais mon choix ne s’était pas porté sur ce roman-là. Celui que je voulais n’étant pas disponible chez mon libraire, pas plus qu’en format numérique, j’ai opté pour Spiral, en e-book. Je ne connais pas l’œuvre pour adultes de Paul Halter*, mais si je m’étais renseignée, je suppose que j’aurais soupçonné que ce n’était pas un thriller (ce qui n’est pas pour me déplaire). En effet, même si la quatrième de couverture laisse supposer de belles frousses, Spiral travaille avec les codes du récit d’énigme, proposant même quelques clins d’œil aux classiques du genre, au meurtre en chambre close. Par conséquent, quand l’intrigue prend des allures de thriller, ce n’est qu’un leurre… Certes, il y a quelques scènes qui pourraient s’en approcher, notamment l’affrontement final avec le tueur, mais ce n’est pas la dominante. Ce décalage générique m’a plu.
En revanche, je ne sais pas si les adolescents (cibles de Rageot Thriller) peuvent aimer cet univers de récit d’énigme, et je dois dire que je n’ai pas été convaincue par les jeunes personnages de Paul Halter, qui me semblent à la fois très enfantins et trop adultes, je ne sais pas, en tout cas qui ne ressemblent pas à des ados… Ce ne serait pas très grave s’il n’y avait quelques défauts d’écriture : le récit de la jeune fille n’est guère crédible, non dans les faits relatés ou dans le principe, mais même en admettant qu’elle soit très littéraire, il n’a rien d’un récit épistolaire. A un plus petit niveau, quelques passés simples dans les dialogues sont incongrus.
Au final, une lecture qui n’était pas déplaisante mais je vais tout de même retourner au polar pour adultes pendant un petit moment, si personne n’y voit d’inconvénient.

Pour qui ?
Pour les amateurs de mystères…

Le mot de la fin
Bof (soit un cran de moins que le “bof bof”, quand même, notez-le).

* Paul Halter est considéré comme un grand du récit d'énigme, le digne héritier de John Dickson Carr, ce qui n'est pas rien.

Paul Halter, Spiral, Rageot/Thriller, 2012.

dimanche 3 février 2013

Dark Eyes de William Richter



Présentation
Wally a grandi dans les beaux quartiers de New York mais elle est aujourd’hui en rupture familiale. Cette adolescente d’origine russe, qui a été adoptée par un couple d’Américains, ne parvient plus à communiquer avec sa mère et préfère vivre dans la rue. En quête de ses origines, elle déchaîne rapidement des évènements qu’elle ne maîtrise pas et se retrouve en danger.

Ce que j’en ai pensé
En voyant le livre, j’étais partagée : une référence au personnage de Stieg Larsson, Lisbeth Salander, un argument accrocheur (« Pour sauver sa peau, elle doit tuer son père ») ; oui mais… du papier gaufré, un thriller s’annonçant comme un « page turner »…
Au final, mon impression reste partagée : je pense que le roman peut plaire à des ados, il leur propose un groupe de personnages attachants, une intrigue relativement complexe menée sur un rythme haletant. Néanmoins, je n’ai guère pris de plaisir à lire ce roman. Disons-le tout net : Wally a beau être une héroïne, elle n’a rien à voir avec Lisbeth Salander, et même dans son style, elle ne m’a pas semblé très crédible. L’intrigue ne m’a pas passionnée non plus, et certains éléments sont invraisemblables. Mais admettons que je fasse la fine bouche… Somme toute, il y a bien trop de procédés que je n’aime pas : rebondissements incessants, justification a posteriori d’évènements tirée par les cheveux, goût immodéré des renversements de situations… Bref, ce qui fait le sel du thriller pour certains et qui me laisse de marbre face au genre.

Pour qui ?
Pour les ados qui aiment le thriller.

Le mot de la fin
Bof bof.

William Richter, Dark Eyes (Dark Eyes), Albin Michel/Wizz, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Raphaële Eschenbrenner. Publication originale : Penguin Young Readers Group, 2012.

jeudi 31 janvier 2013

Retour au noir : un bilan pour janvier



Woolworth Building at night, New York City (source)*

Le bilan de ce mois sera court… car mes lectures ont été peu nombreuses.
Je passe sur la déception du Francis Dannemark, je ne m’attarde pas sur mes lectures jeunesse, peu marquantes (je vous parlerai sans tarder du Dark Eyes de William Richter).

L’année avait démarré avec Fantômes de Maïté Bernard, donc sous les auspices du roman noir. De fait, ce sont les polars lus ce mois-ci qui resteront.
Se détachent nettement : La tristesse du samouraï de Victor Del Àrbol et Chiennes de vies. Chroniques du sud de l’Indiana de Frank Bill.



Les deux illustrent des facettes assez différentes du polar, roman contre nouvelles, Histoire contre chroniques, mais c’est la même force tragique, le même constat désespéré sur le monde comme il va. 





J’ai dévoré les deux, et c’était un bonheur incroyable que d’entrer dans ces univers et de se laisser porter par ces écritures très puissantes.


J’ai l’impression de revenir vers le noir, après une année 2012 qui m’avait quelque peu détournée de ce genre que j’aime tant. 2013 est très prometteuse en la matière**, tant mieux s’il faut compter avec le noir cette année !

* Oui, je sais, il n'est pas question une minute de New York dans les romans noirs lus en janvier, mais que voulez-vous, quand je pense "roman noir", des vues nocturnes de métropoles surgissent...
** On en est aux annonces suivantes : un Dennis Lehane, un Pascal Dessaint, un Arnaldur Indridason, un George Pelecanos, un Craig Johnson, et probablement, un peu plus tard, un Antoine Chainas… Et sûrement quelques belles découvertes et autres surprises !

MAJ après le commentaire de Jean-Marc Laherrère: pour en savoir plus sur les sorties à venir, allez , et aussi

mardi 29 janvier 2013

Chiennes de vies. Chroniques du sud de l'Indiana par Frank Bill



Présentation (extrait de la quatrième de couverture)
Bienvenue dans l'Amérique profonde d'aujourd'hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d'armes et aux combats de boxe à mains nues. Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture - et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.


Mon avis
Attention ! Livre coup de poing… Dix-sept nouvelles écrites à l’os, qui vous sonnent comme rarement.
Le titre français est à mon sens moins bon que le titre original, retranscrit par le sous-titre. Ce sont plus que des « chiennes de vie », ce sont des vies dévastées par la violence, dans ces contrées rurales et rudes de l’Amérique. J’ai immédiatement pensé à Chris Offutt et à ses nouvelles magnifiques et tout aussi dures, mais aussi à Daniel Woodrell, dont j’ai tant aimé Un hiver de glace. Sans jamais donner dans l’émotion, sans jamais chercher à hérisser son lecteur (sous l’effet de la peur par exemple), ces nouvelles sont terribles et bouleversantes à la fois. Certains hommes sont pires que des bêtes, parce que leur animalité est soutenue par la conscience de leur asservissement et de leur misère (financière et intellectuelle). Abrutis par l’alcool ou la dope, esquintés par le travail, la guerre ou tout simplement la pauvreté, ils laissent se déchaîner leurs pulsions les plus destructrices. Frank Bill ne cherche d’ailleurs pas à leur donner des excuses : il montre, il raconte, rien de plus. Quant aux femmes, elles sont à peu près tout ce que ces hommes peuvent dominer, elles sont les seules sur qui ils peuvent exercer leur violence, et ils ne s’en privent pas. Pour autant, Frank Bill ne les victimise pas, je me souviendrai longtemps de Josephine et d’Audry, mais aussi d’Elizabeth et d’Ina.
Ces hommes et ces femmes sont, au-delà de la violence dont ils se rendent responsables, les laissés pour compte de l’Amérique. Quant les usines sont délocalisées au Mexique et que les fermes ne permettent plus de vivre, la voie est libre pour le trafic d’armes et de drogue, pour la prostitution.
J’ai dévoré les nouvelles, j’ai été particulièrement convaincue par la construction du recueil, avec ces retours de personnages, ces échos perceptibles de récit en récit (pas systématiquement), ce qui permet de changer de perspective, de point de vue. Les quatre premières nouvelles m’ont particulièrement bouleversée, ce qui ne signifie pas que le reste soit moins fort.
Si je me fie à la dédicace, qui parle de « coup d’essai », et aux remerciements, il semble bien que ce soit la première œuvre d’un auteur venant d’un milieu ouvrier. J’espère que nous aurons l’occasion de découvrir bientôt d’autres œuvres de Frank Bill. Un petit tour sur son blog permet d’apprendre qu’en mars, sort aux Etats-Unis un roman nommé Donny-Brook. A suivre, donc…


Pour qui ?
Pour les amateurs de nouvelles noires, ou de nouvelles tout court (Offutt, Carver). Pour ceux qui aiment le noir, tout simplement.

Le mot de la fin
Un coup de poing.

L’avis de Jean-Marc Laherrère est ici.

Frank Bill, Chiennes de vie. Chroniques du sud de l’Indiana (Crimes in Southern Indiana), Gallimard/Série Noire, 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet. Publication originale : Farrar, Straus & Giroux, 2011.